Donald Trump a gagné, les marchés tremblent

Donald Trump a été élu à la tête de la plus grande puissance économique mondiale. Attendez-vous à de la volatilité dans les marchés.

(Photo : Russell Boyce/Reuters)
(Photo: Russell Boyce/Reuters)

Les Américains ont contaminé le monde entier il y a huit ans avec leur crise financière. Ils ont maintenant mis l’économie mondiale en péril en élisant Donald Trump à la présidence.

Les marchés financiers, tout comme les sondeurs, misaient sur une victoire de Hillary Clinton, comme en fait foi la forte montée des indices boursiers dans les jours qui ont précédé le vote.

La victoire-surprise de Donald Trump lui ouvre les portes de la Maison-Blanche, et plonge les marchés financiers dans une déroute qui pourrait durer quelques jours, voire quelques semaines. Ce scénario rappelle celui qui a suivi la victoire des partisans du Brexit, le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne, au printemps 2016.

Tous les signaux laissent présager une grande volatilité des marchés à court terme. L’indice Dow Jones a chuté de 4 % en préouverture dans la nuit de mercredi, avant de rebondir dans la journée et de terminer en hausse de 1,3 %.

Par ailleurs, le prix de l’or, éternelle valeur refuge, a bondi de 50 dollars américains au cours de la nuit.

Le dollar canadien sera aussi secoué. Nombre des politiques économiques de Trump — renégocier les accords de libre-échange, imposer des tarifs douaniers colossaux sur les importations — permettent d’avancer que les États-Unis seront moins ouverts aux échanges commerciaux, du moins pas dans les mêmes termes qu’avant. Cela n’augure rien de bon pour le Canada, dont les États-Unis sont le principal partenaire commercial. Plus de 670 milliards de dollars de biens et de services ont été échangés l’an dernier entre les deux pays.

Que fera la Fed?

Ce n’est là que le début. Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, investisseurs et gens d’affaires de partout devront se faire à l’idée qu’un magnat de l’immobilier pompeux, ancienne vedette de téléréalité, qui éprouve un mépris manifeste pour les faits même avérés jouera désormais un rôle crucial à la tête d’une économie de 18 000 milliards de dollars, la plus imposante et la plus importante du monde.

La première victime de cette victoire-surprise de Donald Trump sera la Réserve fédérale, qui ne pourra rompre avec la politique de bas taux d’intérêt qu’elle doit suivre depuis 2009. La Fed espérait hausser les taux en décembre grâce à la remontée, certes lente et fragile, de l’économie américaine. L’incertitude liée à l’arrivée de Trump risque fort de freiner cet élan. Autre incertitude: l’avenir de Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale, elle dont Trump a abondamment critiqué les politiques monétaires durant la course à la présidence… et dont le mandat vient à échéance au début de 2018.

Si Donald Trump décide de ne pas renouveler le mandat de Janet Yellen (qui pourrait bien démissionner avant), il battrait en brèche la sacro-sainte indépendance de la banque centrale, essentielle à la stabilité économique du pays.

À plus long terme, de nombreux observateurs prévoient que les politiques de Trump, si elles se concrétisent, pourraient nuire à l’économie des États-Unis et à celles des pays avec lesquels ils brassent des affaires — y compris le Canada. «Sa menace de déchirer les traités déjà signés et d’imposer des tarifs douaniers — même s’il y a des limites à ce qui peut être fait — viendrait perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales, compromettre le marché intégré du commerce international, à la base de décennies de croissance mondiale et de prospérité», a mis en garde Stephen Rogers, stratège en investissement du Groupe Investors, avant le vote.

Au cours de la campagne électorale, la rhétorique protectionniste de Trump était sans limites. Il a régulièrement pesté contre l’accord transpacifique regroupant 12 pays, mené par l’administration Obama et signé par le Canada. Il a promis de déchirer l’Accord de libre-échange nord-américain, ou ALENA, qu’il a qualifié de «désastre».

Trump croit pouvoir créer des emplois aux États-Unis en renégociant des accords commerciaux et en frappant de droits de douane élevés les importations venant de la Chine ou du Mexique. Le contraire risque fort de se produire, selon plusieurs. «Une fermeture des frontières serait nuisible aux consommateurs, aux entreprises importatrices, aux exportateurs ainsi qu’à l’économie dans son ensemble par le biais d’une productivité plus faible», ont écrit les économistes François Dupuis et Francis Généreux, des Études économiques Desjardins, dans un rapport du 4 novembre.

Les autres politiques économiques de Trump, en apparence du moins, sont tout aussi troublantes. Quoique sa promesse de baisser les impôts, au bénéfice des hauts salariés surtout, pourrait hausser le PIB à court terme, elle menace aussi de creuser un trou de 6 200 milliards de dollars dans les revenus de l’État au cours de la prochaine décennie. La dette risque d’augmenter. Cela pourrait induire une hausse des taux d’intérêt qui freinerait les dépenses des entreprises et des consommateurs.

Même la promesse emblématique de Trump d’ériger un mur gigantesque le long de la frontière mexicaine pourrait avoir des conséquences économiques si les politiques créent un vide dans l’offre de main-d’œuvre américaine.

Le Tax Policy Center estime que les politiques du président désigné Trump pourraient mener à une baisse de 3 % à 4 % du PIB au cours des deux prochaines décennies.

Et le Canada?

Avec la victoire de Donald Trump, les efforts du premier ministre Justin Trudeau pour raviver l’économie canadienne pourraient tomber à plat. Les positions de Trump sur des enjeux comme le pipeline Keystone XL augurent bien pour l’industrie pétrolière et gazière, mais les ventes accrues de pétrole ne pourraient compenser les reculs des autres échanges commerciaux. Et si Trump met vraiment fin à l’ALENA, il y a une possibilité bien réelle que le Canada soit plongé à nouveau en récession.

Rien de cela n’est fixé une fois pour toutes, évidemment. «On ne peut simplement pas savoir combien (ou, plus probablement, combien peu) des propositions d’un candidat verront vaguement la lumière du jour, a écrit l’économiste Doug Porter dans une note récente. Ainsi, il est extrêmement hasardeux de sauter aux conclusions hâtives sur les répercussions qu’aura l’élection sur l’économie.» Selon Porter, les seules certitudes d’une présidence Trump sont la glissade du peso mexicain et la mise au rencart d’une augmentation du taux directeur de la Fed quand viendra décembre.

Trump est, sans aucun doute, un des candidats les moins conventionnels et prévisibles à jamais remporter la Maison-Blanche. Mais même s’il y a plusieurs voyants rouges qui clignotent concernant l’économie aux États-Unis, au Canada et au-delà, les investisseurs peuvent se réconforter par le fait que nous surestimons souvent la réelle capacité des politiciens à influencer l’économie. «Pour paraphraser Richard Nixon, l’économie américaine n’est rien de plus que 150 millions d’Américains qui se lèvent et vont travailler chaque jour», dit Doug Porter. Il faut de sérieux changements de la part des décideurs politiques pour faire bouger l’aiguille de cette puissante force sous-jacente.

(Cet article a été adapté de Maclean’s)

Les commentaires sont fermés.

Ben non les marché ne tremblent pas, au contraire avec la branche exécutive qui devient aussi «pro business» les marchés sont plustôt contents. Ils anticipent plus de croissance et donc plus d’inflation, ce qui fait monter les taux obligataires.

Jusqu’à présent tout ça est pas mal positif!

La seule chose inquétante sur Trump est la question du protectionnisme, mais parions que l’eau ira dans le vin là dessus.

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