Drapeau rouge, travaillistes en délire et Hezbollah : place à la «Corbynmania»

Le Royaume-Uni a désormais son Donald Trump, un politicien inattendu et polémiste qui enflamme la sphère médiatique. 

Jeremy Corbyn (Photo : Flickr / Chris Beckett)
Jeremy Corbyn (Photo : Flickr / Chris Beckett)

Le Royaume-Uni a désormais son Donald Trump, un politicien inattendu et polémiste qui enflamme la sphère médiatique. Mais à l’opposé de l’exubérant milliardaire républicain, Jeremy Corbyn se revendique fervent défenseur de l’extrême gauche. Candidat favori à la chefferie du parti travailliste — 53% d’intentions de vote dans les derniers sondages —, il pourrait être élu ce 12 septembre.

La popularité de cet outsider âgé de 66 ans inquiète les têtes pensantes du clan travailliste. L’ancien premier ministre, Tony Blair, dit craindre «l’anéantissement du parti» si Jeremy Corbyn accédait à sa tête. Depuis le 13 août, près de 600 000 sympathisants du Labour ont voté pour élire leur nouveau chef. Il succédera à Ed Miliband, démissionnaire en mai dernier après sa défaite contre le camp conservateur du désormais premier ministre, David Cameron.

Favorable à la nationalisation de l’industrie et au désarmement nucléaire, celui que ses adversaires surnomment le vieux bolchévique promet d’apporter des alternatives radicales à l’austérité imposée par l’actuel gouvernement de droite. Une réputation réactionnaire alimentée par ses régulières interventions controversées, comme lorsqu’il a déclaré vouloir recevoir «ses amis du Hezbollah» au Parlement britannique, où il représente sa circonscription depuis 1983.

 

Ce que la presse dit de lui

«Il est végétarien, ne boit pas d’alcool, cultive son propre jardin et se déplace à vélo. Allergique aux cravates, celui-ci reconnait même avoir divorcé de la deuxième de ses trois épouses parce qu’elle voulait envoyer leurs enfants dans une école privée.» (Huffington Post)

«Dénué de charisme, mais fort de sa simplicité et de revendications claires qui font totalement défaut à ses concurrents, le sexagénaire Corbyn mobilise la jeunesse éreintée par la politique d’austérité du gouvernement Cameron.» (Le Monde)

«En dehors de la politique, la seule distraction de ce végétarien pur et dur à l’allure bohème est la confection de confitures. Mais il n’a rien de l’écolo d’Épinal tel qu’on l’imagine généralement». (Le Point)

«Si vous voulez condamner le Labour à des années de traversée du désert, inscrivez-vous sur le site du parti travailliste pour la modique somme de trois livres afin de voter pour le « camarade Corbyn« (Daily Telegraph)

«Du haut de ses 66 ans, le représentant d’Islington-Nord au Parlement depuis 1983 dégage une certaine sagesse avec ses cheveux blancs, sa voix posée et son éternelle barbiche, qui lui a valu de décrocher à cinq reprises le prix de la barbe parlementaire.» (Libération)

«Le favori à la tête du Labour britannique vit comme un indigent, porte des chaussettes dans ses sandales et veut nationaliser tout ce qui bouge.» (The Globe and Mail)

 

Les autres candidats à la chefferie travailliste sont Andy Burnham, Yvette Cooper et Liz Kendall, des quadragénaires de centre-gauche totalement dépassés par la «Corbynmania». Si Corbyn suscite une large adhésion populaire, seulement 5 % des députés de son parti le soutiennent. Le reste du Labour, réparti autour des autres candidats, le trouve trop dissident du virage néolibéral amorcé au parti à la fin des années 1990. En cas d’élection ce samedi, Corbyn devra donc se préparer à de nombreux affronts au sein de son propre parti.