Ebola : la fièvre s’étendra-t-elle au-delà de l’Afrique ?

Tim Jagatic, un médecin canadien actuellement en Sierra Leone, raconte son combat contre la pire flambée d’Ebola de l’histoire. 

Peu de virus inspirent la terreur autant que le virus Ebola. Ses victimes souffrent d’une fièvre intense, de vomissements et d’hémorragies internes – le sang coule parfois de leurs yeux et de leur nez –, puis elles meurent si rien n’est fait pour les sauver.

L’épidémie actuelle, qui aurait éclos au sein d’un groupe de chasseurs de chauve-souris guinéens, en février, a déjà tué 660 personnes parmi les 1 093 qui ont été infectées à ce jour et elle s’étend maintenant à trois pays d’Afrique de l’Ouest : la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone. Un cas signalé au Nigeria fait craindre qu’elle ne s’aggrave encore.

Le Dr Tim Jagatic, un omnipraticien originaire de l’Ontario, se trouve actuellement à Kailahun, en Sierra Leone, pour combattre cette flambée — la pire de l’histoire — avec Médecins sans frontières. Il raconte.

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Le Dr Tim Jagatic – Photo : Sandra Smiley / Médecins sans frontières

Vous étiez en Guinée en mars, au début de l’épidémie. La situation est-elle différente maintenant ?

Lors de ce séjour de trois semaines, un épidémiologiste m’a dit : «Ce n’est que la pointe de l’iceberg». Il avait raison. La maladie se répand facilement maintenant qu’elle a atteint des villes plus populeuses, et certaines pratiques culturelles favorisent sa dissémination.

Quelles sont ces pratiques ?

La transmission du virus survient principalement au moment des rites funéraires. Quand quelqu’un meurt, les amis et la famille viennent de partout pour toucher et embrasser la dépouille. Or, un cadavre infecté par Ebola est très dangereux, puisque la maladie se transmet par les fluides corporels.

Les proches qui se relaient au chevet d’un malade s’exposent eux aussi au virus.

Comment réagissez-vous à ces pratiques et aux croyances erronées des gens ?

Il faut comprendre l’origine de ces croyances. Au début de l’éclosion, après la mort d’un villageois en Guinée, des travailleurs de la santé sont débarqués vêtus comme des astronautes et ont tout aspergé de désinfectant. Puis d’autres personnes sont mortes. Les habitants du village ont cru que c’étaient les travailleurs humanitaires qui répandaient la maladie avec leur vaporisateur. Il faut donc prendre le temps d’expliquer que c’est un virus, si petit qu’il est invisible, qui cause la maladie.

Pour les populations locales, c’est difficile à comprendre. Ce qu’elles savent, c’est que quelque chose de mauvais appelé Ebola tue des gens qu’elles aiment, et elles ne savent pas comment l’arrêter.

Quel est le traitement contre cette maladie ?

Il n’existe pas de traitement spécifique. Nous isolons les patients et nous leur offrons une thérapie de soutien (solutés, Tylenol, antibiotiques contre les co-infections) dans l’espoir que le système immunitaire vienne lui-même à bout de la maladie.

L’épidémie risque-t-elle de s’étendre au-delà de l’Afrique de l’Ouest ?

Je ne crois pas, car toute la planète est actuellement sur un pied d’alerte. En Occident, le virus serait rapidement stoppé grâce à l’efficacité de nos systèmes de santé. Contrairement au virus de la grippe, le virus Ebola n’est pas transmissible par l’air. Il faut être exposé à des fluides corporels pour être infecté.

Que vous manque-t-il pour combattre efficacement l’épidémie en Afrique ?

Il faudrait être deux fois plus nombreux. Nous devons enfiler un imposant équipement de protection chaque fois que nous entrons dans une unité d’isolement, ce qui augmente le temps d’intervention.

Comme nous avons très chaud à l’intérieur des combinaisons, la déshydratation et le stress physiologique finissent par nous rendre nous-mêmes plus vulnérables.

Avez-vous peur ? Et vos proches, ont-ils peur pour vous ?

Lorsque je porte l’équipement de protection, je sais que je ne suis pas exposé au virus. Et nous suivons un protocole très strict de décontamination lorsque nous l’enlevons.

Cela n’enchante pas mes proches que je sois ici, mais ils comprennent pourquoi j’y suis. J’ai les connaissances pour aider à mettre fin à cette épidémie. Alors je fais tout ce que je peux pour y arriver.

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(La version originale de cet article, que vous pouvez trouver ici, a été publiée dans Maclean’s. Traduction et adaptation : Catherine Dubé)

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Bravo à tous les médecins qui prennent des risques calculés mais réels. Vous représentez ce que symbolise le serment d’Hypocrate envers les gens souffrants!

Il y aura toujours de généreux savants sur cette planète. Continuez, on vous supporte….et les savants, il faudra trouver un antiiotique.
God bless you.

@Viviane Lafleur:
La fièvre Ebola est due à un virus, les antibiotiques ne servent à rien contre, ils ne sont utiles que contre une infection bactérienne.
Ce qu’il faudrait ce serait un antiviral efficace ou un vaccin.