Élections américaines, espoirs canadiens

Les trois quarts des exportations canadiennes prennent la route du pays de l’Oncle Sam et les deux tiers des importations en viennent. Comment le prochain maître de la Maison-Blanche pourrait-il donner un coup de pouce à l’économie du Canada?

(Photo: iStockPhoto)
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Mettre le turbo sur le bois d’œuvre

Les poursuites pour dumping pourraient recommencer à pleuvoir sur cette industrie au Canada si une nouvelle entente n’est pas signée au plus vite.

Bien des immeubles aux États-Unis sont construits avec du bois d’œuvre provenant des forêts canadiennes. Le Canada y en a d’ailleurs exporté pour six milliards de dollars en 2015.

Depuis des années, les producteurs de bois d’œuvre américains accusent les exportateurs canadiens, qui s’approvisionnent en matières premières sur les terres publiques, de bénéficier de subventions déguisées. Le précédent accord, signé en 2006, prévoyait donc des taxes et des quotas sur le bois d’œuvre canadien pour compenser ce qui était perçu comme un avantage indu. L’entente prévoyait aussi qu’après l’échéance, en octobre 2015, les deux pays attendraient un an avant d’enclencher des recours. Certes, une nouvelle entente ramènera vraisemblablement des contraintes pour les Canadiens, mais sans accord, les Américains auront beau jeu de tenter de protéger leurs producteurs en poursuivant les Canadiens pour pratiques déloyales.

«S’il n’y a pas d’entente sur le bois d’œuvre, ça aura des conséquences majeures sur nos communautés», souligne Manon Cyr, mairesse de Chibougamau. Des centaines d’emplois de cette région dépendent des scieries et des transformateurs de bois. «Juste Chantiers Chibougamau, c’est 50 millions de retombées dans notre coin.»

Le Québec, qui a réformé en profondeur sa Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier (connue sous le nom de régime forestier) en 2013, espère convaincre les États-Unis que les terres publiques ne fournissent pas du bois au rabais aux entreprises. Et donc qu’il n’y a pas lieu d’imposer à celles-ci des taxes et des quotas.

Des deux côtés de la frontière, des négociateurs tentent d’arriver à une entente, mais les Américains se sont montrés peu pressés jusqu’ici.

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(Photo: iStockPhoto)
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Consommer le mariage transpacifique

Le Partenariat transpacifique (PTP), qui éliminera les tarifs et droits de douane pour créer un vaste marché de 800 millions de personnes, ne passe pas comme une lettre à la poste. Pas plus aux États-Unis qu’au Canada. Le retrait de la première puissance mondiale rendrait le PTP beaucoup moins ambitieux et risquerait même de le faire avorter. Il pourrait donc y avoir des changements à l’accord pour répondre aux contestations.

L’entente, qui touche 40 % de l’économie mondiale, a été signée le 4 février 2016 par les gouvernements de 12 pays (Australie, Brunei, Canada, Chili, États-Unis, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour et Viêt Nam). Les parlementaires de chaque pays ont jusqu’en février 2018 pour décider s’ils donnent force de loi au PTP.

Le nouveau locataire de la Maison-Blanche pourrait aussi faire un cadeau aux Canadiens en tardant à ficeler l’accord de libre-échange avec l’Union européenne. Le Canada profiterait ainsi plus longtemps de la longueur d’avance qu’il a sur ce point!

Depuis que le Canada a signé son propre accord avec l’Union européenne, en septembre 2014, les entreprises européennes ont encore plus de raisons d’y ouvrir des filiales. Elles peuvent faire des affaires encore plus facilement avec le Canada, tout en profitant des avantages de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pour percer le marché américain. Quand les Européens auront signé leur propre entente avec les États-Unis, ils risquent d’être moins intéressés par le Canada… Alors pas d’urgence, monsieur le président ou madame la présidente!

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(Photo: Citizen of the Planet/Alamy Stock Photo)
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Verdir les États-Unis

Les environnementalistes rêvent que les deux pays unis­sent leurs voix en matière d’environnement. Et la personne qui occupera le Bureau ovale aura le pouvoir de réaliser ce rêve. «Quand deux pays agissent dans le même sens, ça enlève des arguments aux entreprises qui voudraient résis­ter. Et plus on est un grand marché à adopter des règles, plus c’est simple d’amener les entreprises à s’y conformer», dit Sidney Ribaux, directeur général d’Équiterre.

Les conséquences pour l’économie canadienne seraient moins lourdes que si le Canada décidait d’imposer des règles plus strictes que celles des États-Unis. Les entreprises canadiennes seraient alors désavantagées sur le marché des exportations.

Un verdissement des États-Unis serait aussi suscep­ti­­ble de donner un nouveau souffle à la Bourse du car­bone. Le Québec et la Californie participent déjà à ce sys­tème de droits d’émis­sion de gaz à effet de serre. L’Ontario s’est engagé à y adhérer en 2017. Plus il y aura d’États américains qui s’y joindront, plus il sera facile pour les participants d’échanger leurs droits d’émission.

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(Photo: iStockPhoto)
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Promouvoir les énergies propres

Dans les Prairies canadiennes, on espère plutôt une renaissance du projet d’oléoduc Keystone XL, rejeté par le gouvernement Obama en 2015. Ce controversé pipeline acheminerait le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta à des raffineries du Texas et de l’Illinois.

Même si les républicains ont tendance à être plus favo­rables à ce genre de dossiers, les observateurs doutent que celui de Keystone puisse avoir suffisamment d’appuis pour renverser la vapeur, même en cas de victoire républicaine.

(Sources: Kip Beckman, économiste principal au Conference Board du Canada; John Dunn, coprésident de la section québécoise de la Chambre de commerce américaine au Canada; Benoit Durocher, économiste principal au Mouvement Desjardins; Carl Grenier, chargé de cours à l’Université Laval; Daniel Schwanen, vice-président à la recherche à l’Institut C.D. Howe.)

Les commentaires sont fermés.

Faut pas s’en faire car les échanges vont continuer peu importe qui sera le nouveau président. Quant au bois d’œuvre, cela a toujours été un problème et cela va continuer. Pourquoi pas laisser nos forêts se refaire une beauté pour les prochaines années tout en négociant d’autres destinations pour l’exportation du bois. Quant aux américains, ils devront faire tout un virage si les républicains sont majoritaire. En bout de ligne, notre économie va sûrement en s’offrir !!

« Les trois quarts des exportations canadiennes prennent la route du pays de l’Oncle Sam et les deux tiers des importations en viennent. »

J’espère que ceux qui crachent continuellement leur haine envers nos voisins Américains en prennent bonne note.