Midterms : les sondeurs se tromperont-ils encore ?
États-Unis

Midterms : les sondeurs se tromperont-ils encore ?

Après la controverse de la présidentielle de 2016, les sondeurs ont modifié leur approche pour les élections de mi-mandat de mardi. Mais ils demeurent plus prudents qu’il y a deux ans.

Sur la page de FiveThirtyEight, du célèbre agrégateur de sondages Nate Silver, les pronostics semblent sans appel. Les démocrates auraient 84 % des chances de reprendre la Chambre des représentants aux républicains. Ils doivent cependant oublier le Sénat.

Mais dans leur discours, les sondeurs sont autrement plus prudents. Tous se rappellent l’élection présidentielle de 2016, où le New York Times accordait 89 % des chances à Hillary Clinton de remporter la Maison-Blanche.

On connaît la suite. Quelques mois après avoir failli à prédire le résultat du référendum sur le Brexit, les sondeurs vivaient le lendemain de veille le plus difficile de leur histoire. Une crainte qui se répète cette année, comme l’illustre à merveille cette parodie de l’émission Saturday Night Live :

Qu’a-t-on appris depuis 2016 ? Soyons d’abord indulgents, les sondeurs n’avaient pas tout faux. À l’échelle nationale, ils étaient même très fiables : Hillary Clinton a bel et bien obtenu près de trois millions de votes de plus que Donald Trump.

C’est dans la répartition par État que les prévisions se sont gâchées, alors que Donald Trump a raflé les États les plus susceptibles de lui assurer la victoire au collège électoral.

Les sondages par État, a-t-on compris dans les semaines qui ont suivi, étaient insuffisants ou mal menés. Les sondages téléphoniques (qui coûtent plus cher) ont donné des résultats assez bons, ceux robotisés ou menés en ligne, beaucoup moins.

De plus, des maisons de sondages ont reporté la tendance nationale sur des États où une autre situation se déroulait. En substance, les sondeurs ont pondéré leurs résultats en fonction de facteurs comme le sexe ou la couleur de la peau, mais jamais en fonction du niveau d’instruction des personnes interrogées.

Cette pondération consiste à ajuster les résultats de l’échantillon en fonction de la démographie de l’échantillon de l’État sondé. Or, l’un des aspects les plus intéressants de la présidentielle de 2016, c’est l’attrait de Trump auprès des électeurs moins scolarisés, et celui de Clinton pour les plus scolarisés.

Ces derniers n’ont pas voté en masse, alors qu’à l’inverse les électeurs moins scolarisés, qui boudent habituellement les urnes, s’y sont présentés dans une proportion inhabituellement élevée. Avec des échantillons peu représentatifs, les résultats de l’élection ont nécessairement différé de ceux des sondages.

Pour pallier cet écart, les sondeurs incluent maintenant le niveau d’éducation des sondés dans leur pondération. Certains font aussi une nette distinction entre les électeurs enregistrés sur les listes électorales, plus susceptibles de voter, et l’opinion publique en général.

Le journaliste Nate Cohn, qui couvre les élections et les sondages pour le New York Times, estime également que la communication des sondages a mené à une mauvaise interprétation en 2016. Pour simplifier, les analystes ont pris les probabilités comme un fait avéré.

« S’il y a 15 % de risques qu’un ouragan frappe demain, nous serons en alerte ouragan, dit-il dans le balado The Daily. Mais nous n’avons pas lancé l’alerte Trump. »

Le quotidien a depuis modifié son approche. Habituellement, un sondage est mené, les résultats sont compilés, et un grand texte rend compte de ceux-ci. Plus maintenant. Le New York Times fait maintenant du « sondage en direct », en intégrant le résultat après chacun des appels. C’est un « processus plutôt qu’un verdict », qui est transparent sur le nombre de personnes appelées, les rares qui ont répondu aux questions, et ceux qui n’ont pas daigné le faire.

Ainsi, une trentaine de courses serrées à la Chambre — dites « toss-up » (à pile ou face) — rendent les résultats de mardi incertains. Nate Cohn croit que la Chambre pourrait basculer d’un côté comme de l’autre.

Pour sa part, Nate Silver le martèle : les sondages sont fiables. Et les démocrates sont en position d’arracher 23 sièges aux républicains pour reprendre la mainmise de la Chambre.

Chose certaine, les sondages servent toujours autant de baromètres aux partis pendant cette campagne. Donald Trump a repris la recette de 2016, en plus agressif. Son discours met en garde contre la caravane de migrants qui marchent vers la frontière américaine, en jouant sur la peur d’éléments criminels dans le groupe.

Il a aussi évoqué la fin de la citoyenneté automatique pour les enfants nés en sol américain (pourtant garantie par la Constitution) ainsi que la suppression de la reconnaissance des personnes transgenres par son administration. Bref, il actionne les pistons de sa base électorale pour faire mur contre une vague démocrate.

À l’opposé, les questions de l’accès à la santé et des droits des femmes sont au cœur des arguments de plusieurs candidats démocrates, là aussi à la lumière de sondages.

Alors, les sondeurs se réveilleront-ils avec le sourire ou la gueule de bois mercredi ?