A-t-on « trop » appris de la victoire de Trump ?

À l’aube des présidentielles de 2020, un nouveau risque se dessine : celui de « surapprendre » la leçon d’il y a trois ans et de se montrer trop généreux envers les chances de Trump de gagner à nouveau.

Photo : Associated Press

L’onde de choc causée par la victoire stupéfiante de Donald Trump en 2016 se fait encore ressentir aujourd’hui. Analystes, commentateurs et sondeurs, autant ici qu’aux États-Unis, s’étaient trompés de façon si spectaculaire que l’on peut comprendre la crainte de ne pas répéter la même erreur à l’aube de l’élection de 2020.

Or, le risque opposé existe également : celui de « surapprendre » notre leçon d’il y a trois ans et d’ainsi se montrer trop généreux envers les chances de Trump de gagner à nouveau.

La réalité est qu’à un peu plus d’un an du scrutin, le président sortant est loin de se trouver dans une position forte.

D’abord et avant tout, une majorité d’Américains désapprouvent son travail. Comme discuté dans un billet précédent, les campagnes présidentielles dans lesquelles figure un président sortant agissent typiquement comme des référendums sur le bilan de ce dernier. À ce compte, Donald Trump fait piètre figure. S’il est vrai que son taux d’approbation s’est maintenu, de façon extraordinairement stable, entre 40 et 45 % depuis le début de son mandat, son taux de désapprobation, lui, a bougé : il a augmenté. Alors qu’il était, au tout début de sa présidence, autour de 45 % — un pourcentage déjà élevé pour ce qui devrait normalement constituer la phase « lune de miel » — il avoisine aujourd’hui 55 %.

C’est important : une partie de l’électorat semblait, initialement au moins, ouverte à laisser une chance au coureur. Près de trois ans plus tard, le verdict semble avoir été rendu… et il n’est pas particulièrement positif. Dans le dernier sondage NBC/Wall Street Journal, le pourcentage d’électeurs disant fortement désapprouver le travail effectué par le président est plus élevé que le total des électeurs disant fortement ou quelque peu approuver son travail.

Autrement dit, le jugement d’une pluralité d’Américains n’est pas simplement négatif ; il semble être de plus en plus ancré. Dans un tel contexte, la meilleure arme dont puisse jouir Trump, c’est que les démocrates se dotent d’un candidat jugé comme une alternative carrément inacceptable par l’électorat. Évidemment, ce n’est pas impossible pour un parti ayant jugé bon la dernière fois de dérouler le tapis rouge pour une femme qui faisait l’objet d’une enquête criminelle du FBI.

Maintenant, il est vrai que Donald Trump se trouve dans une position semblable à certains de ses prédécesseurs au même stade de leur présidence et ayant ultimement été réélu. Ronald Reagan et Barack Obama avaient en effet des taux d’approbation comparables à celui de Trump à la fin de l’été précédant l’année de leur réélection.

Or, voici le hic : ces taux n’étaient pas les mêmes une fois le jour du scrutin arrivé, un an plus tard — ils avaient augmenté. En fait, il y a assez fort à parier, particulièrement dans le cas d’Obama, qu’il aurait été défait si le vote avait été tenu un an plus tôt. Les sondages menés à l’époque appuient cette hypothèse : à l’été 2011, on donnait à un candidat républicain « générique » une avance de huit points face à Obama. Dans la foulée de la crise sur le relèvement du plafond de la dette, plusieurs coups de sonde montraient Obama clairement vulnérable face à des rivaux hypothétiques, même certains des plus marginaux.

La situation politique a évolué suffisamment au cours de l’année suivante, en 2012, pour remettre Obama sur les rails, comme cela avait été le cas pour Reagan en 1984. Le même sort attend-il Trump en 2020 ? Peut-être. Cela dit, l’opinion publique semble plus cristallisée à son égard qu’à celui de ses prédécesseurs.

L’électrochoc de 2016 nous a appris à faire preuve d’un niveau de prudence plus élevé — voilà qui est sain. Trump, comme tout candidat, ne sera pas réélu ou défait tant que les votes ne seront pas comptés.

Cela ne devrait pas nous empêcher pour autant de constater que bien qu’il ait remporté un premier mandat contre toutes attentes, le président devrait actuellement être considéré comme (légèrement) négligé pour en obtenir un second.

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Les sondages n’étaient pas loin de la réalité lors de l’élection de Trump car Mme Clinton a reçu la majorité des votes (je crois avec autour de 3 millions de votes de plus que Trump) mais c’est le système électoral des ÉU qui a fait basculer la majorité en faveur de Trump. Ce système des grands électeurs favorise les zones rurales, généralement plus conservatrices, alors que Mme Clinton était forte dans les villes. Les sondeurs étaient près de la réalité sauf qu’ils n’ont pas tenu compte du déséquilibre provoqué par la loi électorale des ÉU.

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