Biden va-t-il réunifier les États-Unis ?

Voici les facteurs qui permettent au nouveau président des États-Unis d’afficher un certain optimisme.

Photo : Drew Angerer / Getty Images

Un président républicain qui s’en va après une fin de mandat catastrophique, avec un taux d’approbation historiquement bas, dans la foulée de la pire crise économique depuis la Grande Dépression. 

Une majorité démocrate au Congrès, menée par Nancy Pelosi, qui caresse d’énormes ambitions législatives.

Et un nouveau président élu sur la promesse d’une rupture avec les dernières années et de la réunification d’un pays qui semble divisé — si divisé. 

Nous sommes, bien sûr, en janvier 2009 — et Barack Obama prête serment pour devenir le 44e président des États-Unis. 

Flanqué de son vice-président, Joe Biden, Obama peinera, pendant les huit années suivantes, à panser les plaies de la nation. En 2017, il quittera un pays encore plus polarisé que lorsqu’il en a pris les rênes. Après quatre années subséquentes sous Donald Trump, se demander si les États-Unis se sont ressoudés ou davantage fracturés relève pratiquement de la bêtise tellement la réponse semble évidente. 

Et pourtant, Joe Biden s’amène à son tour à la présidence après avoir répété sans arrêt, pendant près de deux ans, que sa priorité absolue serait d’unifier l’Amérique. 

Même si la route sera semée d’embûches et que le pays continuera sa dérive vers le tribalisme et le factionnalisme, au moins trois facteurs majeurs permettent au nouveau président d’afficher un certain optimisme le jour de son assermentation : 

1. La barre est basse. Les États-Unis viennent de traverser trois présidences ultra-clivantes où le modus operandi était continuellement de mettre l’accent foncièrement sur la base électorale du président. George W. Bush, Barack Obama et Donald Trump ont beau avoir connu des sorts électoraux différents — les deux premiers ont été réélus, le troisième, battu —, ils ont cette distinction remarquable en commun : ils ont tous les trois perdu le vote des électeurs indépendants (ceux affiliés à aucun des deux partis). 

Autrement dit, s’ils ont été en mesure de se maintenir au pouvoir — et « presque » en mesure de s’y maintenir, dans le cas de Trump —, c’était en galvanisant les partisans de leur propre formation. Cela avait évidemment l’effet simultané d’électriser en opposition les électeurs du camp adverse. 

Le simple fait d’oser défier une partie importante de la base de son parti — ne serait-ce qu’en minimisant l’accent mis sur certains des enjeux les plus controversés qui peuvent animer cette dernière — risque de contribuer à faire baisser la température. Surtout dans un contexte où la dernière présidence pouvant être qualifiée de réellement centriste sur l’échiquier politique américain — celle de Bill Clinton — semble présentement si lointaine, Joe Biden pourrait vite se distinguer de ses prédécesseurs immédiats. 

2. Le pays a des priorités particulières. Les crises sanitaire et économique qui secouent actuellement le pays ne devraient pas être, à la base, des enjeux particulièrement partisans. Démocrates comme républicains souhaitent mettre la pandémie derrière eux et relancer leurs vies (et, avec ces dernières, l’économie). Si la nouvelle administration est en mesure ne serait-ce que d’optimiser le processus de vaccination, elle aura une réalisation majeure et rassembleuse à son actif. 

En réalité, le simple fait de redonner aux Américains une présidence un peu plus « normale » et un climat politique un peu plus serein, tout en contribuant à tourner la page sur la COVID–19, constituerait un objectif politique sensé pour Biden. Cela lui vaudrait de nombreux appuis de tous les horizons. Il n’aurait pas besoin de réinventer le monde — ou la société américaine — pour ce faire.

3. Biden est un dealmaker. Une des ironies sous-appréciées de l’élection de 2020 est que le président qui a lancé sa jeune carrière politique sur son image de dealmaker s’est fait battre par un politicien dont la carrière s’est justement largement construite sur le dealmaking. Comme le souligne le défunt journaliste Richard Ben Cramer dans son ouvrage What It Takes, un classique du genre, sur la campagne de 1988 — lors de laquelle Biden est devenu candidat présidentiel pour la première fois —, le sénateur du Delaware avait déjà une propension naturelle à tenter de négocier et de trouver des terrains d’entente. Cramer écrit : « lorsqu’il commence à parler d’un deal possible sur tel ou tel sujet […] il part au galop […] et parle de cet accord envisagé jusqu’à ce que brille dans nos yeux la lumière sacrée […] comme si on était devant le Taj Mahal ».

Quelque 25 ans plus tard, alors qu’il était devenu vice-président, un autre journaliste légendaire, Bob Woodward, relatait dans The Price of Politics, l’un des livres les plus révélateurs sur la présidence Obama, que si Biden avait été aux commandes, les luttes dysfonctionnelles sur les questions budgétaires entre la Maison-Blanche et le Congrès auraient eu de bien meilleures chances de se régler différemment. 

Dans la mesure où l’approche et le style personnels du président ont une influence appréciable, il est peut-être vrai que Biden est le type idéal pour ce moment précis. 

Bien sûr, une chronique aussi — sinon plus — longue pourrait être rédigée sur les raisons justifiant un plus grand scepticisme. 

Et cette chronique viendra peut-être. Mais pas le premier jour de cette nouvelle présidence. 

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Gouverner au centre semble effectivement une des clefs de la réussite, il faut remonter à Bill Clinton pratiquement pour retrouver ce type de gouvernance, une époque devenue assez lointaine comme le rappelle Rafael Jacob, que je trouvais autrement plus « cool » que maintenant.

Que s’est-il passé pour que les choses aient changé si radicalement ?

Ce qui plaide en la faveur de Joe Biden, c’est cette volonté probablement partagée de montrer ou démontrer que les institutions : les chambres, le département de la justice, les corps policiers, etc. que tous sont capables de les faire marcher. Et… Joe Biden n’a pas ce caractère polarisant de son prédécesseur.

Cela peut paraître un peu simpliste mais on dirait que tout le monde a envie de faire un petit bout du chemin pour Joe. La cérémonie d’investiture d’hier semble « un peu » donner ce ton. Les juges de la Cour suprême présents offrirent l’image de personnes qu’ils ne lui sont pas hostiles, Mike Pence nous apparaissait sous un jour tellement sympathique que l’envie était de lui dire au revoir à regret, les ténors du Sénat cherchèrent à lui rendre la tâche un peu plus facile, mêmes les soldats lourdement armés en charge de la sécurité paraissaient plutôt bons enfants et prêts à partager les prières, les silences et les recueillements de Joe. Une parfaite poétesse est née (Amanda Gorman) et jamais (ou très rarement) on entendit un hymne national chanté qui soit plus électrisant, gracieuseté de Lady Gaga.

Aucun incident majeur non seulement à Washington, mais à grandeur du pays ne semble avoir été rapporté. Les manifestants de chaque camp se sont exprimés paisiblement et quelquefois côte à côte.

C’est un peu comme si ce message de « l’unité » était passé et qu’il allait de soi.

D’une certaine manière pour reprendre à mon compte les arguments de monsieur Jacob, nous avons tous un deal à accomplir au cours de ces quatre prochaines années. Puisse se deal nous permettre d’avancer tous autant que nous sommes vers une plus grande unité. C’est en tout cas ce sentiment qui devrait dans l’instant présent encore nous habiter.

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L’ Amérique est un pays malade depuis des decennies , il y a beaucoup trop de morts et violence cest hallucinant ……si un jour un gouvernement arrive a regler se probleme darmes a feu a lencontre de leur premier amendement ca commencerai a aller mieux , pas normal quil y a 5 fois plus darmes a feu en circulation que de population….. Imaginez vous une minute si des citoyens normaux se promènerai sur sainte-catherine habiller en para militaires avec des grosses carabines ,,,,AUCUN BON SENS

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