Ce départ qui en dit long

Un des républicains les plus respectés et dont l’avenir politique était assuré pour longtemps préfère quitter son poste plutôt que de devoir composer avec les trumpistes.

Alex Brandon / AP / La Presse Canadienne

L’auteur est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine.

Les médias américains se sont enflammés au début du mois — et pour cause — avec les nouvelles allégations concernant le candidat républicain pour le Sénat en Géorgie, Herschel Walker. L’ex-vedette de football, déjà affligée d’une litanie de scandales — dont des accusations d’avoir braqué un pistolet sur la tempe de son ex-femme —, a dû se défendre d’avoir personnellement financé l’avortement d’une ancienne compagne alors qu’il fait actuellement campagne pour une interdiction totale de cette intervention médicale. Même dans les cas de viol et d’inceste.

Avec Walker, la Géorgie est l’épicentre de l’univers politique américain cet automne. Certes, cette course déterminera peut-être quel parti sera à la tête du Sénat.

Or, outre l’arrivée potentielle de Walker au Sénat, personne ne parle d’un départ fort probable, et significatif : celui du sénateur républicain Ben Sasse, du Nebraska. L’Université de la Floride a annoncé son intention de le nommer président de l’établissement. Bien que le processus de sélection ne soit pas encore finalisé, les astres s’alignent en ce sens.

Et si c’est le cas, les implications seront majeures.

Un siège acquis

Dans son œuvre classique sur le Congrès américain, le regretté politologue David Mayhew expliquait que l’objectif professionnel d’à peu près tout élu était le même : se faire réélire. Rares sont les membres qui abandonnent volontairement le Congrès, à moins que leur défaite à la prochaine élection soit assurée.

Encore plus rares sont ceux qui partent avant même la moitié de leur mandat… Et, qui plus est, sont assurés d’une réélection facile pour le reste de leur vie, ou presque. Tel est le cas de Sasse.

Sasse représente un État qui, depuis la Seconde Guerre mondiale, a voté une seule fois pour un démocrate à la présidence : Lyndon Johnson, il y a maintenant plus d’un demi-siècle.

Candidat pour la première fois en 2014, Ben Sasse avait été élu avec 64 % des voix. Faisant face à nouveau aux électeurs en 2020, il a vu son score s’amenuiser : il a été réélu avec… 63 % des voix. Près de 40 points le séparaient de son rival démocrate principal.

À 50 ans, son âge est de 15 ans sous la moyenne de ses collègues sénateurs. Autrement dit, si Ben Sasse souhaitait faire une longue carrière au Sénat, la voie lui était grande ouverte.

Bien des politiciens payeraient cher pour se trouver dans cette position — et ce, littéralement : certaines des courses les plus serrées pour le Sénat, comme en Géorgie, auront été le théâtre de dépenses d’une centaine de millions de dollars chacune.

Ben Sasse, dont le siège au Sénat des États-Unis ne serait pas en jeu avant 2026, préfère malgré tout le délaisser pour aller diriger une université. Pour quelles raisons ?

Une espèce en quasi-extinction

Le grand test des primaires républicaines de 2022 consistait à évaluer l’emprise qu’exerçait toujours Donald Trump sur le Parti républicain, près de deux ans après son départ de la Maison-Blanche.

La réponse est aujourd’hui claire : elle est puissante. Sur les 10 républicains ayant voté pour la mise en accusation de Trump à la Chambre des représentants à la suite de l’insurrection au Capitole, seulement 2 seront du prochain Congrès, après avoir eux-mêmes survécu de peine et de misère à des candidatures trumpistes lors de ces primaires.

Au Sénat, Ben Sasse faisait partie des sept républicains ayant voté pour la destitution de Trump. Avec son départ, il en resterait au maximum quatre dans le prochain Congrès.

Le 45e président accuse les élus du parti critiques à son égard d’être de « faux » républicains. L’ironie suprême, lorsqu’il est question de Sasse, est qu’on ne peut pas trouver plus républicain dans l’âme que le sénateur du Nebraska : selon la base de données FiveThirtyEight, il a voté pour les propositions de Donald Trump près de 90 % du temps. Et lorsqu’il dérogeait de cette ligne de conduite, c’était parce qu’il défendait une position… encore plus conservatrice que celle de Trump. Il s’opposait, par exemple, à une réforme du système de justice qui accordait un financement aux programmes de réhabilitation, ainsi qu’à la première ronde d’aide financière liée aux confinements en raison de la COVID–19 du printemps 2020.

Au final, le problème de Sasse aura été foncièrement le même que celui connu par Jeff Flake, Bob Corker et la poignée d’autres élus républicains haut placés à Washington ayant osé défier Trump de façon frontale.

Un homme osant penser par lui-même et agir par principe a moins sa place dans l’équipe. C’est une équipe au sein de laquelle Herschel Walker pourrait trouver sa place.

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Très drôle! Le parti démocrate gauchiste et wokiste! Au Canada et dans plusieurs autres pays, les Démocrates seraient au mieux de centre-gauche voire plutôt de centre-droit. On ne se voit pas aller…