Deux très grands tests pour Biden

Deux scrutins pour des postes de gouverneur la semaine prochaine pourraient donner le ton aux élections du Congrès de 2022… et fournir des indices sur la probabilité d’une nouvelle victoire de Donald Trump en 2024.

Evan Vucci / AP Photo / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

L’auteur est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine.

À la suite de la guerre de Sécession, la Virginie, où était située la capitale sudiste, a instauré une tradition : élire son gouverneur l’année suivant une élection présidentielle — en l’occurrence, celle qui avait conduit en 1868 l’ex-général d’Abraham Lincoln, Ulysses Grant, à la Maison-Blanche. 

Tous les quatre ans, pendant près d’un siècle, la Virginie a ainsi été le seul État de l’Union à tenir un scrutin de la sorte. Cet État névralgique voisin de la capitale nationale, Washington DC, a donc pu fournir une sorte de référendum informel sur les nouvelles orientations prises par le gouvernement national.

Puis, après la Seconde Guerre mondiale, un deuxième État a adopté la coutume : le New Jersey a modifié sa Constitution en 1947 et a commencé à imiter la Virginie en 1949. 

Ainsi, depuis un peu plus de 70 ans, ces deux États de la côte Est revêtent un intérêt particulier pour les analystes politiques, offrant un test sans pareil exactement un an après le scrutin présidentiel et un an avant les élections de mi-mandat. 

Les préoccupations locales dominent toutefois habituellement lors de ces scrutins. Les gouverneurs d’État sont, après tout, l’équivalent des premiers ministres provinciaux au Canada. Par exemple, en 2013, la gestion, appréciée par la population, de la catastrophe provoquée par l’ouragan Sandy l’année précédente avait largement contribué à la réélection du gouverneur Chris Christie. 

Mais dans le climat politique tendu actuel, ces élections locales prennent une dimension nationale. Les votes du 2 novembre prochain en Virginie et au New Jersey seront donc scrutés de près par ceux et celles qui veulent jauger l’effet électoral de l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche… et du départ de Donald Trump.

Victoire ou marge de victoire ? 

Pendant des décennies, on pouvait compter sur la Virginie pour contrebalancer le parti au pouvoir à Washington. Ainsi, tous les quatre ans, l’État élisait un gouverneur du camp adverse à celui du président : le républicain George Allen après la première année de la présidence Clinton en 1993 ; le démocrate Mark Warner après la première année de la présidence Bush en 2001, etc. 

Puis, quelque chose s’est produit : en 2013, un an après la réélection de Barack Obama, un démocrate, la Virginie a choisi comme gouverneur Terry McAuliffe… lui aussi démocrate. 

L’État étant devenu de plus en plus favorable au Parti démocrate — qui n’y a pas perdu un seul scrutin, tous postes confondus, au cours de la dernière décennie —, nombreux étaient ceux dans cette formation qui espéraient une répétition de l’histoire en 2021, avec le président Biden au pouvoir à Washington et McAuliffe tentant à nouveau de se faire élire gouverneur. 

Or, la tâche s’annonce plus ardue que prévu : McAuliffe se trouve au coude-à-coude avec son adversaire républicain Glenn Youngkin — la plus récente agrégation de sondages donne au candidat démocrate moins de deux points d’avance. 

Une victoire de McAuliffe sera présentée comme une validation des orientations prises par les démocrates à Washington ; une victoire de Youngkin, au contraire, comme une répudiation des politiques du président Biden.

La donnée qu’il faudra tenir à l’œil sera la marge. La Virginie est effectivement devenue au cours de la dernière décennie pratiquement acquise aux démocrates, notamment en raison de la transformation foudroyante de la banlieue autour de Washington, dans le nord de l’État. Malgré, donc, l’effet historique de « balancier » et la présence actuelle d’un des leurs à la Maison-Blanche, les démocrates devraient y remporter le poste de gouverneur. 

En matière de barème électoral, il s’agit vraiment d’abord d’un test d’ampleur : à quel point la marge de victoire accordée aux démocrates depuis 10 ans, généralement de l’ordre d’au moins cinq points, tiendra-t-elle… ou non.

C’est une lecture semblable que l’on devrait adopter au New Jersey, où les démocrates partent avec une longueur d’avance encore plus considérable.

Contrairement à ce qui se passe en Virginie, peu croient réellement aux chances des républicains de l’emporter au New Jersey. Or, comme en Virginie, le point saillant est l’ampleur de la majorité pour les démocrates. Et une victoire démocrate par une faible marge devrait également y être vue dans les faits, en prévision des élections de mi-mandat de 2022, comme une défaite… ou tout au moins comme un sérieux avertissement.      

Dans les deux États, les sondages actuels montrent la même dynamique : la plus grande vulnérabilité pour les démocrates depuis 2013-2014, lors du deuxième mandat de Barack Obama. 

Or, que s’est-il produit à l’époque ? La pire défaite au Congrès depuis 1928 pour le Parti démocrate lors des élections de mi-mandat de 2014. 

Et la table était mise pour la victoire présidentielle d’un certain Donald Trump au scrutin suivant.

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