Donald Trump ne s’aide pas

Au rythme où l’imprévisible président américain enfile les bourdes pendant la crise, la meilleure stratégie de Joe Biden pourrait bien être de rester peinard dans son sous-sol !

Crédit : L'actualité

La vie n’est pas sans son lot d’ironies. Pour Donald Trump, la plus grande est peut-être, comme on le soulignait déjà au début mars, que la crise menaçant le plus sa présidence est également une des rares dont il n’est à la base aucunement responsable.

Ainsi, après l’Ukraine et la Russie, après l’enquête Mueller et le processus de destitution, après les tempêtes sexuelles concernant Stormy Daniels et Karen McDougal et après les innombrables tweets, c’est un virus qui tourmente la présidence Trump sans relâche depuis maintenant deux mois.

Un virus, doit-on le rappeler, provenant du pays avec lequel le président a déclenché un conflit commercial majeur, et avec lequel il semblait sur le point de signer, avant l’éclosion de la crise, un accord historique. L’ironie, encore, est difficile à manquer.

J’écrivais il y a deux mois que les deux plus grands risques politiques liés au coronavirus pour Trump étaient que l’on puisse lui reprocher d’avoir minimisé la crise, puis que cette dernière vienne couler le principal argument en faveur de sa réélection : la force de l’économie américaine.

Deux mois plus tard, ces deux points sont sans doute encore plus vrais. Le camp démocrate a déjà commencé à lancer des publicités extrêmement habiles juxtaposant plusieurs des propos désinvoltes de Trump pendant l’hiver (notamment celui comme quoi le virus allait disparaître « comme un miracle »). Puis, l’économie américaine, si elle continue sur la voie actuelle, se dirige carrément vers une dépression.

Est-ce donc à dire que le sort en est jeté pour Trump, quoi qu’il fasse à ce stade-ci ? Non. Car avec les problèmes cauchemardesques accompagnant cette crise sans précédent pour les décideurs, à commencer par le président des États-Unis, viennent également des occasions favorables. La plus évidente, surtout pour un président sortant, est de se voir offrir une tribune extraordinaire qu’aucun candidat adverse ne peut espérer posséder.

Obama en 2012, Cuomo en 2020

À titre d’exemple, le dernier président à avoir obtenu un deuxième mandat, Barack Obama, tirait de l’arrière face à son adversaire républicain Mitt Romney à deux semaines du scrutin en 2012. Puis l’ouragan Sandy s’est abattu sur la côte est américaine. Pendant plusieurs jours, les projecteurs se sont braqués sur Obama, qui s’est montré en contrôle de la situation. Romney, impuissant, a été relégué aux oubliettes assez longtemps pour que sa faible avance fonde comme neige au soleil… et qu’il s’incline le jour du vote. Selon les sondages menés aux urnes, ce sont près des deux tiers des électeurs qui ont indiqué que la réponse d’Obama à l’ouragan avait joué dans leur choix ; plus de 60 % d’entre eux lui ont donné leur appui.

Huit ans plus tard, on observe plusieurs élus qui se font un énorme capital politique dans le contexte de leur gestion de la COVID-19, le gouverneur de l’État de New York Andrew Cuomo en étant sans doute l’exemple le plus évident (l’ironie étant encore là difficile à manquer, considérant les problèmes sans parallèle connus par New York depuis le début de la crise).

Trump dans un monde à part

Or, ce n’est pas le cas de Donald Trump — bien au contraire. Après avoir brièvement vu son taux d’approbation monter et une majorité d’Américains approuver sa gestion de la pandémie, le président est en perte de vitesse. 

De façon plus inquiétante pour son équipe, aujourd’hui, il tire manifestement de l’arrière non seulement à l’échelle nationale face au candidat du Parti démocrate, Joe Biden, mais également dans plusieurs États clés dont il aura besoin en novembre pour espérer remporter un deuxième mandat, incluant l’Arizona, la Floride et le Wisconsin.

Il est franchement difficile de ne pas établir de lien entre les difficultés politiques connues par le président et son comportement personnel. Évidemment, le point de presse catastrophique de jeudi dernier, dans lequel le président des États-Unis a suggéré d’étudier l’injection de désinfectants comme remède au coronavirus, a vite fait le tour du monde.

D’ailleurs, ces points de presse étaient depuis un bon moment devenus plus nuisibles qu’autre chose pour Trump, ce dernier s’en servant, souvent pendant plus de deux heures, pour pontifier, attaquer d’autres élus et procéder à des règlements de compte quotidiens avec les membres les plus hostiles des médias présents dans la pièce.  

La cacophonie et l’incohérence ayant marqué les premières années de la présidence Trump se voient également amplifiées à l’ère de la COVID-19. Ainsi, après avoir annoncé qu’il laisserait aux gouverneurs des États le soin de déterminer leur approche quant au déconfinement — une décision pour laquelle ces derniers étaient reconnaissants — le président a décoché cette fameuse série de tweets dans lesquels il semblait appeler à une insurrection citoyenne contre les gouverneurs refusant de déconfiner assez rapidement. Puis, il a publiquement condamné le déconfinement annoncé par le gouverneur de la Géorgie — un des plus importants de son parti — qui allait selon lui trop loin. Le tout s’est produit en moins d’une semaine.

Si le public cherche, en temps de crise, une image de stabilité, le président, lui, projette tout sauf cette image. Cela est d’autant plus remarquable que son vice-président, qu’il a nommé responsable de l’effort de lutte au coronavirus de la Maison-Blanche, s’est montré solide, et ce, dans des conditions extrêmement difficiles.

Lorsque Mike Pence prend la parole, le ton posé, c’est la tension qui descend d’un cran ; lorsque les autres experts de la Maison-Blanche s’expriment, à commencer par le Dr Anthony Fauci et la Dre Deborah Birx — membres de la cellule de crise de la Maison-Blanche sur le coronavirus —, c’est généralement la même chose. Trump serait bien servi de leur laisser plus de place — si seulement il pouvait accepter de ne pas être constamment le centre d’attention.

Cela comporte des implications plus larges pour la campagne présidentielle de 2020. On disait souvent en 2016, compte tenu de l’impopularité historique de Donald Trump et de son adversaire Hillary Clinton, que le candidat qui faisait meilleure figure dans la course était celui dont les médias parlaient le moins.

En continuant comme il le fait, Donald Trump fait certainement tout pour continuer d’être au centre de l’attention médiatique. Et s’il continue ainsi, il pourrait permettre à Joe Biden d’espérer le battre même en restant confiné dans son sous-sol jusqu’au 3 novembre prochain.

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Vous qualifiez d’hostiles des journalistes qui ne font que leur travail ? Est-ce le confort de votre tour d’ivoire universitaire qui vous amène à confondre -rigueur- et hostilité ? Quand cesserez-vous d’analyser l’actuel occupant de la Maison Blanche sur le plan de la personnalité (maladive) plutôt que des conséquences de sa gestion sur le bien être de ses concitoyens. Rien n’est gratuit et contrairement à ce que vous croyez, peu de choses sont improvisées dans son cas dont le brevet exclusif sur la molécule remdisevir qu’il a accordé à la pharmaceutique Gilead pour la fabrication d’un vaccin anti-covid alors qu’un des ses ex-haut-dirigeant fait partie de son équipe. Dévevant. Je souhaite que R-C trouve un analyste plus pertinent pour les prochaines présidentielles.

Il est intéressant de noter que le nom de la pharmaceutique choisie par Trump, Gilead, est le nom de la nouvelle république évangélique qui succède aux ÉU dans la majorité des états après une guerre civile menée par la droite américaine tel que raconté dans le livre de Margaret Atwood, The Handmaids Tale (la Servante écarlate).

Vous mettez le doigt en passant sur une chose qui semble se dessiner à l’horizon, une insurrection. Vous abordez le cas des tweets du président Trump qui encourage les manifestants anti-confinement, lourdement armés, à continuer à protester. Il a déjà ces votes acquis pour lui, donc il ne peut rechercher de nouveaux appuis. Alors, que cherche-t-il à faire en les encourageant à s’insurger contre les gouverneurs démocrates ? Cherche-t-il un moyen d’annuler l’élection de novembre et de la « reporter » après la crise de la pandémie ?

Le nom de Gilead est la version anglaise du prénom d’origine hébraïque : Galaad. Prénom employé dans plusieurs textes romanesques, notamment dans la légende Arthurienne. Galaad est le fils de Lancelot.

Effectivement, comme le précise NPierre dans ses commentaires, référence au roman de Margaret Atwood, le nom de Gilead est un peu troublant…. Mais pas tant que ça….

Le nom de « Gilead Sciences » est plus spécifiquement une référence à la genèse (Ancien testament) avec le « Baume de Galaad » (Livre de Jérémy chapitre 8 versets 22), baume qui était censé guérir toutes les douleurs.

À noter que Galaad n’est pas l’inventeur du baume (dont le principe doit être attribué à l’Éternel), Galaad était caravanier, c’est donc lui et sa caravane qui a transporté ce baume divin destiné au peuple d’Israël alors réduit à l’esclavage par le méchant Pharaon.

Au reste, il est encore trop tôt pour considérer qui sera vainqueur de la prochaine élection et comment. Dans le contexte sanitaire actuel, il est peu probable par exemple que nous assisterons à de grands rassemblements, comme c’est d’usage le cas dans les campagnes américaines.

En sorte qu’une partie non négligeable de cette campagne pourrait se faire sur les réseaux sociaux. Bien que Joe Biden ait actuellement le vent en poupe, il n’a pas encore l’investiture officielle, un coup de théâtre est encore possible. Comme je le mentionnais dans mes commentaires sur la récente chronique de Philippe J. Fournier, l’une des variables à considérer sera le taux de participation.

Rien ne permet d’indiquer que les Américains se déplacent en très grand nombre lors de cette élection. Qui sortirait vainqueur par un taux de participation plus faible ? Barack Obama doit ses élections au fait que plus de personnes s’étaient déplacées pour voter (notamment la communauté Afro-américaine) lorsque selon moi l’ouragan Sandy n’était pas la cause mais un aléa.

En dépit de tout ce que vous mentionnez dans cet article, la base électorale de DTrump est demeurée parfaitement stable à 45% d’intentions de vote depuis 4 ans. Ce fait a été reconfirmé dimanche dernier (26 avril) lors de l’émission Meet the Press à NBC qui suit de très près l’actualité politique américaine.
Rien de ce qu’il peut dire ou faire ne peut entamer ce socle. La Covid n’y change rien. Il suffirait d’une campagne démocrate non convaincante ou de problèmes de comptage de votes pour qu’il passe à nouveau en novembre prochain. Il a encore bien des raisons d’être optimistes.

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