Élections de mi-mandat : avantage républicain jusqu’à la fin

Malgré quelques espoirs, nourris par la turpitude républicaine, les démocrates ne pourront réaliser l’exploit de contrer la nature des élections de mi-mandat.

MicroStockHub / Getty Images / montage : L’actualité

L’auteur est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine.

En mai dernier, je publiais un texte qui dressait le portrait du paysage électoral à six mois du scrutin de mi-mandat aux États-Unis.

Le texte se concluait de la sorte : « Six mois, cela peut représenter une éternité en politique. Il n’en demeure pas moins que le pronostic est implacable pour le moment : avantage républicain dans les deux chambres du Congrès. »

Ces six mois se sont écoulés, et ils ont été pour le moins mouvementés : jugement historique et controversé annulant la reconnaissance du droit à l’avortement par la Cour suprême ; audiences alarmantes du comité d’enquête sur l’insurrection au Capitole, suivies d’une perquisition tout aussi dramatique à la résidence privée d’un ancien (et possible futur) président ; controverses et scandales éclaboussant certains des candidats dans les courses les plus importantes au pays.

La fin de l’été a même été le théâtre d’une remontée frappante des démocrates dans les intentions de vote, qui a mené ces derniers à espérer faire certains gains en novembre, en dépit de la lourde tendance.

Or, malgré toutes ces distractions, à quelques jours du 8 novembre, le constat d’il y a six mois s’applique toujours : les républicains doivent être considérés comme favoris pour ravir la majorité — et ce, dans les deux chambres du Congrès. Les principaux facteurs à la base de cette projection n’ont pas changé depuis tout ce temps.

D’abord, le parti du président en poste au moment des élections de mi-mandat, qu’importe qu’il soit démocrate ou républicain, subit presque assurément une correction lors de ce scrutin législatif. Seuls des présidents jouissant d’une popularité alimentée par des événements exceptionnels, comme John F. Kennedy après la crise des missiles du Cuba ou George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, se sont évité cette humiliation.

Et justement, le président actuel, Joe Biden, n’est pas spécialement populaire. Selon la maison Gallup, qui mesure le taux d’approbation de tous les présidents américains depuis Harry Truman, Biden présente le taux le plus faible en un demi-siècle — même quelques poussières plus bas que celui de Donald Trump à pareil moment.

Et puis, la priorité numéro un de l’électorat américain demeure la même qu’il y a six mois, voire un an : l’économie ! Notamment, et surtout, l’inflation (de 8,2 % en septembre, contre 6,9 % au Canada) qui frappe les ménages américains. Cet enjeu fait particulièrement mal au parti au pouvoir, jugé comme responsable de la crise ou, au minimum, incapable de la juguler.

Le fait que les républicains aient proposé bien peu de solutions concrètes de leur côté — autre que favoriser une production accrue d’hydrocarbures aux États-Unis — ne change pas grand-chose dans un contexte où les électeurs évaluent d’abord et avant tout le bilan du parti contrôlant depuis deux ans la Maison-Blanche et les deux chambres du Congrès.

Les démocrates se sont convaincus entre eux que l’enjeu de l’avortement avait un pouvoir transcendant qui allait altérer de façon durable la trajectoire de la campagne, alors que les données factuelles et empiriques, quand on se donnait le moindrement la peine de les fouiller, ne laissaient pas présager un tel scénario. Même lorsque les démocrates ont reconnu leur remontée de la fin de l’été, l’argument selon lequel l’avortement en était responsable était douteux — comme je l’avais écrit ici début septembre.

Et on arrive avec ce titre en première page du New York Times à deux semaines du vote : « Changeant de sujet, les démocrates mettent l’économie en premier ». Trop peu, trop tard.

À la Chambre des représentants

Une surprise est toujours possible, mais l’issue semble scellée à la Chambre des représentants. Au mieux, les démocrates pourront sauver suffisamment de meubles le 8 novembre pour gagner une minorité imposante, qui leur permettrait alors d’espérer reprendre la majorité… en 2024.

Les républicains n’ont besoin que de cinq gains mardi pour obtenir le contrôle de la Chambre. Or, ils pourraient facilement en faire au moins 10, ce qui constituerait sans doute le meilleur scénario pour les démocrates.

Le réel suspense — et il y en aura un — réside davantage du côté du Sénat.

Au Sénat

Dans le texte de mai, je présentais la carte suivante mettant en relief les quatre sièges au Sénat actuellement détenus par les démocrates et les plus menacés en vue des élections de novembre.

Carte des sièges en jeu au Sénat en 2022 

Roses : détenus par les républicains ; bleu pâle : détenus par les démocrates ; bleu foncé : détenus par les démocrates les plus vulnérables

Je mentionnais également que sur l’ensemble des 21 sièges défendus par les républicains, seul celui en Pennsylvanie pouvait offrir une sérieuse possibilité de gain pour les démocrates.

Gardant en tête que le Sénat est présentement divisé à 50-50, avec la majorité tranchée par la vice-présidente démocrate, Kamala Harris, les républicains ont besoin de faire un seul gain net pour avoir la mainmise au Sénat.

Autrement dit, sur les cinq sièges qui feront l’objet d’une chaude lutte, les démocrates doivent en gagner au minimum quatre pour conserver leur majorité.

Cela sera certainement possible… mais difficile.  

ÉtatMarge de victoire du sénateur démocrate à la dernière électionMarge de victoire du président Biden (2020)Taux d’approbation du président Biden (oct./nov. 2022)Marge démocrate moyenne dans les sondages (nov. 2022)
Arizona2,3 %0,3 %37 %2,0 %
Géorgie2,0 %0,2 %42 %-0,5 %
Nevada2,6 %2,4 %42 %-1.9 %
New Hampshire0,2 %7,3 %45 %-0,3 %
Pennsylvanie-1,5 %1,2 %40 %-0,3 %

Le tableau ci-dessus brosse un portrait plutôt simple du défi qui attend les démocrates. Même dans un contexte électoral plus favorable, aucun de ces sièges, sauf un, n’avait été remporté par plus de trois points de pourcentage. À une exception près, dans aucun de ces États Joe Biden n’avait gagné à la présidentielle de 2020 par plus de trois points. Dans aucun de ces États son taux d’approbation ne dépasse aujourd’hui 45 % ; dans au moins deux d’entre eux, en fait, il ne dépasse pas 40 %. Et dans aucun de ces États les candidats démocrates n’ont en ce moment une avance confortable… D’autant plus que les sondeurs, lors des derniers cycles électoraux, ont sous-estimé le vote républicain, alors que le contexte actuel favorise ce camp.

Il y a une réelle incertitude. Comme je l’écrivais ici la semaine passée, il est possible que les sondeurs ne ratent pas leur coup cette fois-ci. Peut-être que les candidats démocrates parviendront à se distancier de leur président impopulaire. Et peut-être qu’avec des courses aussi serrées, les démocrates réussiront à arracher juste assez de voix ici et là pour sauver leur majorité.

Toutes ces choses sont entièrement possibles. Reste que la loi des probabilités est implacable : avantage républicain dans les deux chambres.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont modérés par l’équipe de L’actualité et approuvés seulement s’ils respectent les règles de la nétiquette en vigueur. Veuillez nous allouer du temps pour vérifier la validité de votre commentaire.