États-Unis : masque ou passeport vaccinal?

Si la vaccination est la meilleure protection contre la COVID-19, faut-il imposer le masque ou la preuve vaccinale ? New York vient de donner sa réponse. D’autres devraient lui emboîter le pas bientôt.

Getty Images / Doug Armand

L’auteur est chercheur postdoctoral à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine.

Coup de théâtre chez nos voisins du Sud le 27 juillet dernier : en recommandant à nouveau le port du masque dans les espaces intérieurs, même pour les Américains vaccinés, la directrice des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Rochelle Walensky, a créé la confusion générale. Soulignons d’une part qu’il s’agit d’une volte-face : quelques semaines plus tôt, les CDC avaient émis des recommandations très claires selon lesquelles les personnes « pleinement vaccinées » pouvaient, et ce, peu importe les circonstances, délaisser leur masque pour de bon. L’arrivée du variant Delta, qui se transmet à la vitesse grand V dans de nombreuses collectivités, a toutefois changé la donne. 

D’autre part, le raisonnement à la base de ce changement peut laisser songeur. Comme les autorités continuent à vanter l’extraordinaire efficacité des vaccins, qui protègent presque à 100 % contre les complications liées à la COVID–19, porter le masque ne semble servir qu’à… protéger les personnes non vaccinées.

Or, en contexte américain, le problème de la non-vaccination en est un de demande, et non d’offre. Depuis des mois, le pays se noie pratiquement dans les millions de doses de vaccins non utilisées. À ce stade-ci, de façon très majoritaire, les Américains qui ne sont toujours pas vaccinés ne le sont pas parce qu’ils ne veulent pas l’être.

Ce que les autorités fédérales en santé demandent donc est de réimposer des contraintes aux personnes vaccinées pour protéger les récalcitrants… d’eux-mêmes.

Politiquement, ce n’est tout simplement pas défendable.

On l’a vu dès les premiers jours quand, l’un après l’autre, les comtés, y compris des bastions démocrates, ont choisi d’ignorer, sinon de carrément répudier la nouvelle recommandation. Un exemple frappant est survenu en plein cœur du pays lorsque, quelques heures après l’annonce des recommandations des CDC, le conseil municipal de Saint Louis, où Joe Biden a récolté plus de 60 % des voix en 2020, a voté pour bloquer l’imposition du port du masque. Le gouverneur de la Pennsylvanie, pourtant partisan de la ligne dure face à la COVID-19, a également annoncé ne pas avoir l’intention de réimposer le masque. Et on parle ici de comtés contrôlés par les démocrates : dans la plupart de ceux contrôlés par les républicains, le masque a été totalement écarté il y a plusieurs mois, notamment au Texas, où l’État interdit même explicitement aux municipalités de l’imposer. 

Une écrasante majorité d’États américains ont ainsi délaissé pour de bon l’obligation de porter le masque et, surtout, les décrets de confinement, et ce, malgré une hausse importante du nombre de cas recensés et d’hospitalisations. 

Cela ne revient toutefois pas à dire que les restrictions sanitaires sont entièrement chose du passé au pays de l’Oncle Sam. En fait, une toute nouvelle mesure est appelée à gagner en présence et en influence : le passeport vaccinal.

L’obligation la plus sensée

L’idée d’un passeport vaccinal est assurément controversée. Les récentes images de milliers de manifestants marchant dans plusieurs villes d’Europe contre une telle obligation laissent deviner ce qui se passerait, au minimum, dans bon nombre d’endroits aux États-Unis si certains États adoptaient cette approche. Le Texas a d’emblée banni le concept d’un passeport vaccinal. Et l’administration Biden l’a elle-même, très rapidement après être entrée en fonction, formellement écarté.

Mais chez des organisations déterminées à se doter de mesures contre la COVID–19 — comme les entreprises, les universités ou les municipalités —, c’est un concept appelé, sans faire de mauvais jeu de mots, à se propager.

L’illustration la plus frappante est venue de la plus importante ville du pays, New York. À peine 24 heures après avoir officiellement déclaré qu’elle n’obligerait plus le port du masque, elle est devenue la première ville majeure à annoncer l’imposition d’une preuve vaccinale obligatoire, dès le 13 septembre prochain, pour fréquenter des lieux comme les restaurants ou les salles de spectacle.

La mesure soulève des questions non seulement politiques, mais aussi constitutionnelles. Certaines protections, notamment sur des bases religieuses, permettent de refuser de se faire injecter un produit médical. La Ville a justement paré à de possibles contestations judiciaires en offrant une voie différente aux gens refusant la vaccination : ils pourront se soumettre à un dépistage hebdomadaire. Et, dans une décision largement médiatisée, un juge fédéral nommé par nul autre que Donald Trump a reconnu qu’une université a le droit d’obliger son personnel et ses étudiants à se faire vacciner. 

Au bout du compte, la preuve vaccinale est une réponse logique à la question élémentaire posée par plusieurs depuis la semaine dernière : si le vaccin est l’outil quasi infaillible pour se protéger des complications liées à la COVID–19 et que l’on souhaite vraiment prescrire une obligation gouvernementale, pourquoi ne pas obliger le vaccin plutôt que le masque ?

New York vient d’y répondre. Elle était la première. Mais il y a fort à parier qu’elle ne sera pas la dernière.

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