« Ceux qui ont la chance de se remettre de la COVID-19 ont des superpouvoirs »

Guérie de la COVID-19 en mars, la New-Yorkaise Diana Berrent a lancé une association qui encourage les « survivants » du virus à donner leur plasma, la clé, selon elle, pour endiguer la pandémie. 

Diana Berrent (crédit : L'actualité)

Diana Berrent se souviendra longtemps de ce vendredi 13 mars. Ce matin-là, la photographe de 45 ans qui réside dans la banlieue de New York se réveille avec une fièvre de 39,4 °C et des troubles respiratoires. Elle le sait : elle a attrapé la COVID-19, une intuition confirmée cinq jours plus tard quand elle parvient à passer un test de dépistage. « Dès les premiers symptômes, j’ai pris mon ordinateur, je me suis installée dans ma chambre et j’ai commencé mon confinement », raconte cette mère de deux enfants.

Au lieu de lui porter malheur, cette mauvaise surprise du « vendredi 13 » a donné un nouveau sens à sa vie.

Après avoir constaté l’existence de programmes de collecte de plasma, la partie liquide du sang qui contient les anticorps, elle se met en tête d’aider les malades en donnant le sien. Transfusé, le plasma pourrait permettre de traiter et d’immuniser les personnes vulnérables, croit-elle. Une information qu’elle vérifie… en posant la question à Anthony Fauci, l’expert principal chargé de la lutte contre la pandémie à la Maison-Blanche, dans un forum virtuel ! 

Très vite, Diana Berrent décide de monter une association de « survivants » de la COVID-19, Survivor Corps, pour encourager d’autres Américains guéris à devenir donneurs. En quelques semaines, elle réunit 41 000 membres dans tout le pays et le quotidien The Washington Post cite son action dans une liste d’initiatives innovantes pour lutter contre la pandémie. « La COVID-19 soulève beaucoup de questions. Nous pensons que les réponses à ces mystères se trouvent dans le plasma des patients guéris », dit-elle.

Au moment où elle crée le groupe Facebook, elle voit se multiplier les programmes de collecte de plasma qui s’adressent aux personnes guéries. « Mais cela se faisait en ordre dispersé. L’information n’arrivait pas toujours aux bonnes personnes. Avec Survivor Corps, nous pouvons diriger les personnes guéries vers ces programmes pour fournir aux hôpitaux tous les volontaires dont ils ont besoin. À la science de faire le reste ! », poursuit la quadragénaire.

La transfusion de plasma contre les maladies n’est pas une méthode nouvelle. Utilisée depuis le XIXe siècle, elle a fait ses preuves contre divers virus, de la fièvre jaune jusqu’à l’Ebola. Une étude réalisée en Chine a montré qu’elle pouvait être efficace contre le nouveau coronavirus, mais l’enquête s’appuyait sur un nombre restreint de cas (10). Cela n’a pas empêché plusieurs hôpitaux américains de lancer leurs propres opérations de collectes auprès des anciens malades pour explorer cette piste porteuse d’espoir. Ils ont reçu le soutien de la Croix-Rouge américaine, de l’Association américaine des banques de sang (AABB) et du gouvernement fédéral.

Ayant arpenté la planète avec ses enfants ou pour son travail de photographe, Diana Berrent se targuait d’avoir « un système immunitaire d’acier ». L’une des premières personnes infectées de sa région, elle est aussi devenue la première à donner son plasma au programme de collecte de NewYork-Presbyterian, un hôpital new-yorkais rattaché à l’Université Columbia. Elle assure que, à la différence des dons de sang, le temps de récupération des donneurs de plasma est court, le sang leur étant réinjecté après extraction du liquide jaunâtre. D’ailleurs, Diana Berrent fait de nouveaux dons toutes les semaines. « Ce n’est pas un don d’organes ! », dit-elle pour dédramatiser le geste. « Ceux qui ont la chance de se remettre de la COVID-19 ont des superpouvoirs. Ils ont une protection interne. Ils peuvent faire partie de la solution. N’importe qui sans connaissances scientifiques peut participer à la recherche d’un traitement, voire d’un vaccin. C’est très puissant et motivant. »

Malgré l’intérêt autour du don de plasma, des obstacles demeurent. Pour y participer, il faut avoir passé un test de dépistage de la COVID-19. Or, de nombreux malades n’ont pu en effectuer en raison d’un manque de trousses au début de la pandémie aux États-Unis. En outre, les tests destinés à évaluer le niveau d’immunité des personnes guéries ne sont pas toujours concluants. Et la recherche sur la manière dont les anticorps interagissent avec certains médicaments est encore embryonnaire.

Malgré les questions, les scientifiques espèrent que le plasma pourra, à terme, être administré aux membres du personnel soignant en première ligne face au virus de manière à les immuniser avant qu’ils ne soient exposés, ou aider à traiter des malades qui ne sont pas en situation critique. « Il y a encore du chemin à faire avant que l’on trouve un vaccin. Le don de plasma peut permettre de s’en approcher », estime Diana Berrent. 

Son groupe, qui continue de croître, agit aussi comme un lieu d’échange et de partage d’expériences susceptibles d’informer les politiques de santé et de faciliter l’identification de bonnes pratiques pour endiguer la pandémie. « J’ai monté cette opération toute seule avec mon ordinateur dans ma chambre. Si d’autres pays peuvent nous utiliser comme modèles pour mobiliser une armée de volontaires, cela peut aider à lutter contre la prochaine crise », estime l’Américaine. Une chose est sûre : elle aura du mal à retourner à la photographie après cet épisode. « Je préfère contribuer à sauver des vies. »

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