« Il n’y a plus de terrain d’entente, juste de la colère »

Lassés des politiciens traditionnels, ils aiment Donald Trump pour son franc-parler et ses mesures économiques. Mais ils souffrent d’un climat politique tendu où le dialogue avec le camp opposé devient impossible.

Sherrie et Dave Settle (Photo : Yona Helaoua)

À Culpeper, petite ville de près de 20 000 habitants du nord de la Virginie, Donald Trump est très populaire. Dave Settle et sa femme Sherrie nous ont reçus début juillet dans une jolie maison à colonnes du centre-ville. C’est là que se trouve le siège du Parti républicain du comté. « Nous voyons beaucoup de gens qui ne s’étaient jamais intéressés à la politique pousser la porte de la permanence et demander comment ils peuvent se rendre utiles », expliquent ces bénévoles qui gèrent les finances de cette antenne locale.

Hillary Clinton a remporté la Virginie en 2016. Mais il reste de solides poches républicaines dans cet État. À Culpeper, l’enthousiasme est encore plus fort qu’il y a quatre ans, quand Donald Trump avait remporté 60 % des voix du coin, assurent Dave et Sherrie, mariés depuis 38 ans et parents de trois filles. « Je le sens bien pour Donald Tump », déclare Dave, un réparateur d’ascenseurs. La principale qualité du président, selon lui, est de ne pas être un politicien professionnel. « On a été très déçus au fil des ans par les mensonges et les promesses non tenues des politiciens. » Joe Biden, « corrompu » et abonné au « politiquement correct », fait partie de ce lot, selon lui.

« La plupart des choses qu’il a promises, il les a faites ou il a au moins essayé »

Dave, un type trapu au sourire timide, n’en veut pas au président pour ses tweets polémiques. « La plupart des choses qu’il a promises, il les a faites ou il a au moins essayé, justifie-t-il. J’aime la façon dont il s’exprime, c’est son côté homme d’affaires new-yorkais. » Pour ce sympathisant républicain, le principal point fort du milliardaire est justement l’économie. En tout cas, avant la pandémie. « En tant que col bleu, j’ai bénéficié de la politique du ruissellement économique », estime-t-il. La preuve : en quatre ans, sa situation économique s’est améliorée, et il a même été promu.

Si l’arrivée de ce président hors norme a été « une bouffée d’air frais » pour le couple, le climat politique pousse les partisans du milliardaire à une certaine discrétion. « Les gens évitent les autocollants Trump sur le pare-chocs arrière de leur voiture, car ils ont peur de se la faire rayer », explique Dave. Cette discrétion explique pourquoi lui-même n’a « aucune confiance » dans les sondages qui donnent son candidat perdant en novembre.

« L’Allemagne n’a pas détruit ses camps de concentration après la guerre. »

Depuis le début des manifestations Black Lives Matter, le couple sent la tension monter. « Vous allumez la télé et que voyez-vous ? Ça brûle de partout. » S’ils reconnaissent que le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd par la police est « odieux », ils refusent de mettre tous les policiers dans le même panier et s’indignent de voir les statues déboulonnées : « L’Allemagne n’a pas détruit ses camps de concentration après la guerre. »

À la veille d’une manifestation, il y a quelques mois, ils ont surpris des jeunes gens qui tentaient de taguer leur permanence républicaine. « Nous avons essayé de discuter, mais ils ont répondu par un doigt d’honneur. » Le couple a aussi été effrayé par une lettre de menaces anonyme l’accusant d’être « fasciste ». « Ils ont menacé ma famille et mes chevaux, se plaint Dave. Nous sommes pourtant des personnes gentilles, amicales, inclusives », plaide-t-il.

Syndiqué et républicain, Dave a toujours admis que son profil détonait parmi ses camarades majoritairement démocrates. Mais il fut un temps où il arrivait à discuter avec eux. C’est terminé. « Il n’y a plus de terrain d’entente, juste de la colère. » Comment faire pour que ces deux camps arrivent à se parler à nouveau ? « C’est la question à un million de dollars », dit-il en soupirant.

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