« Je veux démolir la police pour construire un nouveau système »

Donna Hayes a vu mourir son petit-fils, tué par un policier. Pour rendre hommage aux victimes de violences policières, elle a lancé, en juin, une caravane pacifique de voitures défilant dans Portland. Mais ce cortège n’échappe pas aux tensions.

Photo : Alexis Buisson

Me voici à Portland, Oregon, dans le petit appartement de Donna Hayes. Cette Afro-Américaine qui ne fait pas ses 61 ans est l’une des voix qui portent le combat contre le racisme systémique et les violences policières dans cette ville du Nord-Ouest américain, théâtre de manifestations violentes depuis la mort de George Floyd en mai.

En février 2017, le petit-fils de Donna Hayes, Quanice, surnommé « Moose », a été tué de trois balles par un officier blanc qui le pensait armé et impliqué dans un braquage. Il avait 17 ans. « J’ai tellement pleuré ici », dit-elle, en montrant le sofa de la petite pièce remplie de plantes, où se promène son chat Duchess. « Mais quand ma fille et moi avons terminé notre deuil, nous nous sommes parlé : j’ai promis de me consacrer au combat pour la justice. »

En réalité, cette lutte est une affaire de famille. En plus de sa fille, qui s’occupe de superviser le procès en cours contre la Ville, la mère de Donna est également impliquée. Ce jour-là, cette dernière s’occupait, dans une pièce voisine, de retirer le ruban adhésif de pancartes utilisées lors d’une manifestation récente. Donna a aussi été rejointe par sa meilleure amie blanche, Jill Nicholson, avec laquelle elle a lancé, en juin, une caravane bihebdomadaire de voitures défilant dans la ville en hommage aux victimes de violences policières. 

Donna Hayes, née à Chicago, est venue habiter à Portland il y a 22 ans avec son petit ami de l’époque. Très vite, cette femme à la fois taquine et posée a été plongée dans le paradoxe de la ville. Considérée comme l’un des bastions du progressisme bourgeois bohème aux États-Unis, Portland est aussi la grande ville américaine la plus blanche du pays (les Noirs représentent 6 % de sa population). Et Portland se trouve dans un État (l’Oregon) où les Noirs ont été exclus et les mariages mixtes (biracial) prohibés jusqu’au XXe siècle.

Quand Donna a appris que son petit-fils faisait partie de la liste des victimes noires de la police de Portland, son monde a été renversé. « J’ai 24 petits-enfants. Il était le plus attentionné envers moi. Il savait ce que j’aimais, en particulier les chansons d’amour », dit-elle. Elle n’appellerait jamais la police, même si on la payait pour le faire, dit-elle. « Je veux la démolir pour construire un nouveau système. Elle a été conçue comme une patrouille d’esclaves : elle protège la propriété et fait en sorte que les gens restent à leur place. »

À la différence de certaines manifestations nocturnes, infiltrées par des éléments radicaux, les caravanes de Donna Hayes et Jill Nicholson sont restées pacifiques, à l’image de l’écrasante majorité des rassemblements quotidiens à Portland. Malgré tout, le cortège n’échappe pas aux tensions. Récemment, un homme a brandi son arme à feu devant la mère de Donna Hayes. « L’accueil n’est pas bon dans les quartiers blancs pauvres, précise Jill. Ces Blancs se rendent compte qu’ils deviennent une minorité et ils n’ont personne pour les sauver. » Même pas Donald Trump, qui n’hésite pas à utiliser les échauffourées de Portland pour dépeindre ce que deviendrait l’Amérique sous Joe Biden. En juillet, il a envoyé la police fédérale sur place pour montrer qu’il était le leader de « l’ordre public » (law and order). Un geste qui a envenimé la situation. Dans une région où les groupes suprémacistes blancs armés et les groupes antifascistes radicaux ont une présence ancienne, c’est une stratégie explosive.

« Nous devons et nous pouvons nous débarrasser de Trump. Il est en train de mettre le feu à nos villes, affirme Donna. Il faut se battre. »

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N’Y-a-t’Il Pas suffisamment de problèmes de racisme au Canada, qu’il nous faut prendre sur nous ce qui se passe au É.U. Nous venons de voir la réaction de la communauté noir d’Ottawa , concernant la non culpabilité d’un officier de police. La déclaration de la porte-parole: il n’y a pas de justice pour les Noirs. Ce qui laisse sous-entendre que pour plaire à cette communauté, il aurait fallu déclarer le policier coupable…Le cas du prof. De l’université d’Ottawa est d’une absurdité incroyable, non seulement la prof. A -t-elle été menacé physiquement, mais suite à la lettre des autres profs. La soutenant, (ils étaient tous francophone, la cause est devenu du racisme anti franco. Pensez-vous que tous ses évènements aident à la compréhension…

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Et elle veut remplacer la police par quoi ??? Remplacer l’armée par quoi ? Remplacer les autorités par quoi ? Remplacer les parents par quoi ? Par la pègre, la mafia, le crime organisé en général ?
J’aimerais qu’elle me dise comment elle compte arrêter les voleurs, les criminels, les imbéciles de la route, les criminels à cravate, les abuseurs, les batteurs de femmes, les pédophiles, les violeurs.
S’il y a autant de merde que ça en Occident aujourd’hui, c’est justement à cause de ça : plus aucune autorité, plus de colonne vertébrale chez les dirigeants, trop de pensée magique gaucharde, trop de licornes roses, de petits lapins fragiles.
Je sympathise avec elle pour la perte de son petit-fils, c’est vraiment déplorable. Mais de là à tout détruire sous prétexte de refaire n’importe quoi d’autre. Non merci.
J’ai perdu un fils par noyade, mais je ne me battrai pas pour faire clôturer tous les lacs et rivières sous prétexte qu’ils m’ont enlevé un fils.

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