La course à l’investiture démocrate expliquée

Comment le candidat présidentiel démocrate est-il choisi ? Quels seront les premiers États à voter ? Quel est le rôle des délégués ? Explications de Rafael Jacob. 

Photo : Patrick Semansky / AP / La Presse canadienne

Alors que les primaires démocrates, visant à sélectionner un porte-étendard pour affronter Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2020, débutent dans maintenant moins de deux semaines, le réflexe pour plusieurs est de juger de l’état de la course en regardant les résultats des sondages menés à l’échelle nationale. Cela cache deux éléments cruciaux à garder en tête pour évaluer qui remportera l’investiture du Parti démocrate.

1. Ce n’est pas un scrutin national

Les différents États (et territoires) américains votent à tour de rôle, de février à juin. Cela implique que certains États peuvent espérer avoir un impact disproportionné : ceux qui votent tôt. En effet, rares sont les candidats pouvant maintenir une campagne viable après s’être écrasés dans les premiers États. Ces derniers jouent ainsi historiquement un rôle d’entonnoir, réduisant rapidement le nombre de candidats.

Ce sont quatre États qui ont cette chance cette année : l’Iowa, qui vote le 3 février ; le New Hampshire, le 11 ; le Nevada, le 22 ; et la Caroline du Sud, le 29.

Le tout premier, l’Iowa, revêt une importance particulière dans le contexte actuel. En effet, si l’ex-vice-président Joe Biden, meneur de la course, devait le remporter, il risquerait de devenir très difficile à arrêter. Comme Al Gore en 2000 ou John Kerry en 2004, une victoire en Iowa pourrait le mettre presque automatiquement dans une position de candidat inévitable.

Si, au contraire, le sénateur du Vermont Bernie Sanders, actuellement deuxième, devait coiffer Biden en Iowa, la dynamique pourrait s’inverser. Sanders, déjà favori au New Hampshire (où il avait facilement battu Hillary Clinton dans les primaires démocrates en 2016), serait alors placé pour gagner les deux premiers États. Il pourrait alors, de façon très réaliste, espérer également gagner le troisième, le Nevada, où il menace actuellement Biden. Il semble notamment connaître une certaine percée auprès des électeurs hispaniques, particulièrement nombreux dans cet État du sud-ouest.

Dans un tel scénario, la sénatrice Elizabeth Warren, qui se dispute avec Sanders le bloc d’électeurs les plus à gauche du parti, risquerait d’être poussée hors de la course, aidant vraisemblablement Sanders. La pression deviendrait également énorme sur Biden qui, une fois les quatre premiers États passés, aurait par surcroît à composer avec l’ex-maire de New York Michael Bloomberg, qui concentre actuellement tous ses efforts, à coups de dizaines de millions de dollars en publicité électorale, sur les plus gros États votant en mars.

Bref, l’Iowa a beau être un petit État rural dont la démographie reflète mal la composition nationale de l’électorat démocrate, il pourrait avoir un poids particulièrement prononcé.

2. Ce n’est non pas une course au vote populaire, mais aux délégués

Pour remporter l’investiture présidentielle d’un parti politique aux États-Unis, un candidat doit obtenir la majorité des délégués votant lors de la convention du parti tenue à l’été suivant les primaires. Les délégués présents à la convention sont liés aux différents candidats en fonction des résultats qu’obtiennent ces derniers lors des primaires. Autrement dit, un candidat remportant un certain pourcentage du vote dans un État remportera le même pourcentage des délégués attribués à cet État lors de la convention, à une exception près : tout candidat, dans tout État, doit atteindre le seuil minimal de 15 % des voix pour être éligible à obtenir des délégués.

Les implications sont majeures : plusieurs candidats sont actuellement coincés entre 5 et 15 % d’appuis. Si ce scénario devait se concrétiser dans les différents États votant, aucun de ces candidats ne recevrait le moindre délégué. Combien de candidats seront en mesure d’atteindre ce seuil minimal ? S’il y en a seulement deux — Biden et Sanders, par exemple —, il serait plus facile pour un candidat d’espérer accéder à la majorité des délégués à l’approche de la convention. Si, au contraire, trois ou quatre candidats se partagent la tarte, on pourrait avoir droit à une affaire prolongée, contentieuse… et difficile à prédire.

Les paris sont ouverts.

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