La vie des républicains serait-elle plus belle sans Trump ?

Avec comme candidat l’actuel vice-président Mike Pence, finies les déclarations imprévues, incendiaires et indéfendables sur une base quotidienne ; finie l’avalanche incessante de controverses personnelles ; finis les conflits récurrents avec les élus du parti à Washington.

Photo : EPA / Chris Kleponis / POOL

Alors que l’enquête sur la destitution de Donald Trump continue de faire des vagues, l’éclaboussant presque quotidiennement, une question légitime se pose : serait-il préférable pour le Parti républicain que le président se fasse destituer, question de pouvoir présenter un autre candidat en vue de l’élection présidentielle de novembre 2020 ?

Après tout, les chances semblent aujourd’hui relativement bonnes de voir la Chambre des représentants, à majorité démocrate, voter en ce sens. De plus, présumant que la totalité des membres du caucus démocrate au Sénat votent également pour destituer Trump, il faudrait alors une vingtaine de sénateurs républicains — un peu plus du tiers de leur caucus — pour le démettre de ses fonctions.

En mettant de côté les considérations d’ordre moral, éthique ou même légal — on continue d’accumuler les signes selon lesquels le président aurait bel et bien voulu prendre en otage l’aide diplomatique et militaire des États-Unis à l’Ukraine afin d’obtenir une promesse d’aide politique en vue de sa campagne de réélection — et en regardant la chose de façon purement électorale : le Parti républicain serait-il mieux servi avec ou sans lui comme porte-étendard ?

Si la politique était une affaire statique, un pas décisif pourrait être fait en faveur d’un vote pour évincer Trump. Une fois destitué, il se verrait remplacé par le vice-président Mike Pence, à la fois comme président et, presque assurément, comme candidat présidentiel du parti en 2020.

On ne le dit pas assez, mais Pence est un bon politicien. Il est un tribun doué et tacticien discipliné qui avait non seulement eu le meilleur de son adversaire démocrate lors du débat vice-présidentiel en 2016, mais qui a été l’un des rares membres de l’entourage Trump à s’être passablement bien tiré d’affaire depuis l’élection dans un contexte où il a un rôle pratiquement impossible à jouer.

Avec comme candidat Mike Pence, finies les déclarations imprévues, incendiaires et indéfendables sur une base quotidienne ; finie l’avalanche incessante de controverses personnelles ; finis les conflits récurrents avec les élus du parti à Washington.

Pourquoi alors ne pas simplement soutenir la destitution de Trump et donner aux démocrates les vingt votes nécessaires au Sénat pour s’en débarrasser ? Parce que la politique est une affaire dynamique, où chaque action entraîne une réaction. Et celles de Trump sont imprévisibles.

Contrairement à 1974 où Richard Nixon avait préféré démissionner sans grand fracas public plutôt que d’avoir à subir l’humiliation de se faire destituer par le Congrès, personne ne s’attend à ce que Donald Trump parte docilement dans le contexte actuel. Le président américain ne possède à la base aucune réelle attache au Parti républicain, à ses élus ou à ses membres. Le risque de le voir agir comme une force destructrice pour le parti après sa destitution est donc incalculable.

Alors que son taux d’approbation auprès de l’électorat républicain demeure élevé — dépassant le cap des 80 % dans plusieurs des plus récents sondages menés à l’échelle nationale — avoir Trump miner ouvertement le Parti venant de le larguer risquerait de carrément venir éventrer ce dernier.

Bon nombre d’élus républicains à Washington n’aimant pas Trump, mais demeurant silencieux depuis le début de son mandat risqueraient de réagir comme des électrons libres, ravivant de vieilles fractures au sein du parti et en ouvrant de nouvelles.

L’impact se ferait alors non seulement ressentir sur le scrutin de 2020, mais potentiellement bien au-delà.

Depuis sa victoire, Donald Trump a une emprise sur le Parti républicain qui est à plusieurs égards toxique pour ce dernier. Mais ça tient, parce que le principal intéressé veut bien que ça tienne. Le Parti aurait-il pu se ranger derrière un meilleur leader ? Oui, en 2016. Jusqu’à preuve du contraire, il est désormais pris, au moins jusqu’en 2020, avec Trump. Pour le meilleur et pour le pire.

Autrement dit : les républicains seraient-ils mieux sans Trump ? Sans contredit, oui. Les républicains seraient-ils bien avisés d’évincer Trump ? Ça, c’est une autre histoire.

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2 commentaires
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Ça dépend aussi du contexte. On considère la question selon un contexte normal aux ÉU, c’est-à-dire la lutte entre 2 partis politiques. Or, la donne pourrait changer. Trump admire les dictateurs et il est le chef des armées. Si on veut l’évincer, va-t-il tenter de s’accrocher au pouvoir en déclenchant un coup d’état avec le soutien de sa base et de l’armée ? S’il calcule qu’il aurait une chance de succès, il n’est pas impossible qu’il prétende que la demande de destitution est une manœuvre des Démocrates pour l’évincer, un coup d’état, et que, vu qu’il est le président élu, il est en droit de demeurer au pouvoir. De là, les ÉU pourraient s’engager sur la pente glissante d’un conflit interne qui pourrait facilement dégénérer. Il y a assez de signaux qui montrent que ce scénario est loin d’être impossible et bien des Républicains et des Démocrates le savent…

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