Le cafouillage démocrate

Le scrutin des primaires démocrates en Iowa laisse présager des divisions internes qui ne sont pas sur le point de s’estomper. 

L'ex-maire de South Bend, Indiana, Pete Buttigieg ; le sénateur du Vermont, Bernier Sanders. Photo : Associated Press / La Presse canadienne

La semaine qui se termine a carrément des airs de film d’horreur pour le Parti démocrate. Cherchant désespérément à battre Donald Trump, les démocrates ont actuellement lieu de s’inquiéter. Les signes de ce qui est à venir ne sont guère plus encourageants pour le parti, au-delà des agissements lourdement critiqués de Nancy Pelosi lors du discours sur l’état de l’Union, des nouveaux chiffres sur l’emploi positifs, de l’échec final du processus de destitution et, évidemment, du chaos sans précédent observé lors des caucus de l’Iowa. 

Le scrutin en Iowa — le tout premier rendez-vous électoral des primaires présidentielles — n’est pas seulement problématique à cause de l’image embarrassante qu’il donne au parti, visiblement incapable de dépouiller les votes adéquatement. Au contraire, il laisse présager des divisions internes qui ne sont pas sur le point de s’estomper. 

Ceux s’arrachant la victoire

L’ex-maire de la petite ville de South Bend, en Indiana, Pete Buttigieg, aurait terminé premier en Iowa au chapitre des délégués accumulés en vue de la convention du parti, alors que le sénateur du Vermont Bernie Sanders y aurait de son côté remporté le vote populaire. Buttigieg et Sanders se sont tous les deux, à tour de rôle, déclarés victorieux depuis lundi. Quoiqu’il advienne du décompte final — si jamais il y en a éventuellement un ! — il y a fort à parier qu’ils seront tous deux de la course pour les prochaines semaines au minimum. 

Celui menant… jusqu’à maintenant

L’ex-vice président Joe Biden, meneur depuis près d’un an de la course démocrate à l’échelle nationale et favori de l’establishment, s’est carrément cassé les dents — terminant quatrième, loin derrière. L’échec de Biden est potentiellement lourd de conséquences pour sa candidature : les premiers indicateurs dans les jours ayant suivi le vote en Iowa montrent qu’il est également en train de perdre des plumes au New Hampshire, le deuxième État à se prononcer, le 11 février. 

S’il devait se faire terrasser de façon similaire au New Hampshire, le torrent de couverture médiatique négative, de remises en question et de récriminations vis-à-vis sa campagne n’irait qu’en s’accentuant. Cela, en retour, ajouterait à ses difficultés, déjà évidentes depuis des mois et soulignées dans cette chronique, à amasser des fonds de campagne comparativement à ses rivaux. Après tout, qui veut ouvrir son chéquier pour un candidat en chute libre venant de se faire rosser lors des deux premiers rendez-vous électoraux ?

Celui attendant en coulisses

Or, la question financière deviendra particulièrement criante à l’approche du mois de mars, lors duquel c’est rien de moins que la moitié des États qui voteront, dont la Californie, le Texas, la Floride, l’Illinois, l’Ohio et le Michigan… des États très populeux, où faire campagne est particulièrement coûteux. Et qui commencera à ce moment à figurer sur les bulletins de vote des électeurs démocrates ? Un certain Michael Bloomberg, l’ex-maire multimilliardaire de New York, qui a délibérément ignoré les États votant en février, et qui a annoncé plus tôt cette semaine, après le fiasco en Iowa, qu’il prévoyait doubler ses dépenses en publicité électorales… déjà évaluées à plus de 200 millions de dollars. 

Depuis qu’il a annoncé sa candidature sur le tard, en novembre dernier, Bloomberg a appuyé la totalité de sa stratégie sur l’hypothèse que les premiers États à voter en février — l’Iowa, le New Hampshire, le Nevada et la Caroline du Sud — ne produiraient pas de meneur invincible et que l’establishment du parti, nerveux devant les difficultés que connaîtrait Biden, se chercherait alors une alternative. Bien qu’il soit encore tôt, force est de constater que le pari de Bloomberg, sans réel précédent dans l’histoire américaine, n’était pas entièrement fou. Cette semaine, deux élues démocrates de pointe — la gouverneure du Rhode Island (pour laquelle Biden avait personnellement fait campagne en 2018), ainsi qu’une des étoiles du parti au Congrès — sont sorties publiquement pour se ranger derrière la candidature de Bloomberg. 

Autrement dit, si les choses continuent sur la même voie, on pourrait se retrouver dans une situation où le parti continue à se fracturer pendant des semaines, voire des mois, entre plusieurs candidats s’accrochant tous à la course en s’adressant tous à leur noyau distinct de l’électorat démocrate. 

Le tout, bien sûr, au plus grand plaisir du président républicain…  

***

Prochains scrutins des primaires démocrates

  • New Hampshire : 11 février
  • Nevada : 22 février
  • Caroline du Sud : 29 février

Résultats en Iowa (avec 99 % des votes dépouillés)

Candidat Délégués Vote populaire
1. Pete Buttigieg 26,2 % <25 %
2. Bernie Sanders 26.1 % 26,6 %
3. Elizabeth Warren 18 % 20,2 %
4. Joe Biden 15.8 % 13,7 %
5. Amy Klobuchar 12,3 % 12,3 %
Les commentaires sont fermés.

Malgré d’extrêmes efforts d’intellection de ma part…. Je ne parviens pas à comprendre pleinement la stratégie des Démocrates pour reprendre la Maison Blanche et du reste le contrôle du Sénat lors de la prochaine élection générale.

Nous verrons bien dans les prochaines semaines quelles seront les chances de monsieur Bloomberg d’obtenir l’investiture. Je m’interroge pourtant sur ce que ferait « little Michael » contre le président sortant. Dans une lutte opposant finalement deux Républicains. Puisque Michael Bloomberg penchait jusqu’à l’arrivée de Donald Trump pour ce parti.

Faut-il donc voir dans sa candidature quelques choses de plus personnel ?

Michael Bloomberg soutenait financièrement et faisait mousser en d’autres temps la candidature de George W Bush. Qui selon moi n’a pas été une référence en matière de gouvernance bien pensée. Un président qui a largement contribué au climat d’insécurité qui perdure encore actuellement. Sacrifiant ses propres soldats et des populations civiles innocentes au nom des lobbys pétroliers. Tout en contribuant à générer la crise financière de 2008 que l’on sait.

Je comprends que ces aléas n’ont pas altéré la santé financière de monsieur Bloomberg. Mais… ce n’est pas le cas de millions d’épargnants qui faisaient confiance, pas seulement aux États-Unis. Bref, on reprochait à madame Clinton d’être devenue trop proche de Wall Street. Que dire alors de monsieur Bloomberg ? A-t-il pris ses distances ?

Une campagne trop longue au niveau des primaires dans le contexte de division actuel, ne permettrait pas de refaire l’unité lors de l’élection de novembre. — Alors, à quelles merveilleuses péripéties devrait-on s’attendre lors des épisodes prochains ?

Les plus populaires