Le cirque Trump a-t-il fait son temps ?

Faire le pitre en public a souvent joué en faveur de Donald Trump depuis qu’il est actif en politique. Mais l’accumulation de ses faits et gestes douteux commence à peser.

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L’auteur est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine.

«Il y avait du sang qui lui sortait des yeux, du sang qui lui sortait de… peu importe où. »

Au lendemain de son tout premier débat comme candidat présidentiel, en vue des primaires républicaines de 2016, Donald Trump avait attaqué de cette façon la modératrice du débat, la journaliste et présentatrice de Fox News Megyn Kelly. Il jugeait qu’elle avait été trop sévère à son endroit. Sans surprise, ç’avait créé toute une tempête médiatique.

Malgré tout, le candidat a non seulement refusé de s’excuser… mais il s’en est pris à tous ceux et celles qui lui reprochaient d’avoir évoqué le cycle menstruel de Kelly. « Comme je n’ai pas fini la phrase, a déclaré Trump, ces gens ont pensé qu’il sortait d’un autre endroit parce qu’ils ont l’esprit tordu. Je n’y ai même pas pensé… Je pensais à ses oreilles ou à son nez. »

Il y a un parallèle à établir entre cet épisode et les propos que Trump a tenus récemment dans la foulée des révélations d’Elon Musk sur Twitter : selon le nouveau propriétaire du réseau social, l’entreprise a bloqué en 2020 la diffusion d’un article embarrassant du New York Post impliquant Joe Biden et son fils Hunter.

Certes, cette décision en pleine année électorale qu’était 2020 soulève de nombreuses questions, et les géants comme Twitter doivent s’expliquer lorsqu’ils empêchent une nouvelle de circuler sur leurs plateformes — comme je l’écrivais ici même il y a plus d’un an.

Mais ce qui retient surtout l’attention, c’est la réaction de Trump à cette sortie de Musk. Prétextant qu’il s’agit d’une illustration de plus que l’élection lui a été volée, l’ex-président a d’abord appelé à la suspension de la Constitution et à l’annulation, plus de deux ans plus tard, des résultats électoraux de 2020.

Devant la consternation générale — le premier acte de tout président, dès la première minute de son mandat, est de prêter allégeance à la Constitution, dois-je le rappeler —, Trump a prétendu que l’on avait déformé ses propos. « Les fausses nouvelles essaient de convaincre la population américaine que j’ai dit vouloir mettre fin à la Constitution. Il s’agit simplement encore de DÉSINFORMATION et de MENSONGES [les majuscules sont de Trump]. » Ce que ce n’est pas, évidemment.

Sept ans se sont écoulés entre ses commentaires à l’endroit de Megyn Kelly et ceux contre la Constitution. La manière n’a pas changé. L’époque, par contre, n’est plus la même, et ça commence peut-être à jouer contre lui.

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Les prédictions de la fin imminente de Trump sont légion. On a vu se multiplier — avant, pendant et après sa présidence — les textes expliquant pourquoi cette fois-ci était peut-être différente des autres et était plus susceptible d’entraîner la chute politique du magnat de l’immobilier.

Or, presque toujours, c’était en réaction à un scandale ou un problème qui semblait important. Et aucun à ce jour n’a suffi à lui seul pour le faire tomber. Il est improbable que les plus récents propos de Trump, ou encore son association largement documentée le mois dernier avec un suprémaciste blanc, fassent à eux seuls pencher la balance. Leur accumulation, peut-être. La question qui interpellera une masse critique d’électeurs républicains est peut-être celle qui, en 2020, aura au final coulé Trump auprès d’une part suffisamment importante de l’électorat : n’en a-t-on pas eu assez ?

Après une année historiquement décevante aux urnes pour le Parti républicain à cause d’une brochette de candidats trumpistes d’une rare faiblesse — le tout culminant avec la défaite au deuxième tour du candidat sénatorial Herschel Walker en Géorgie cette semaine — et devant la montagne de poursuites au civil et d’enquêtes criminelles à laquelle fait face Trump ; après un lancement de campagne peu inspirant et devant de sérieuses solutions de rechange à Trump qui n’étaient pas visibles en 2020… il se peut que désormais, ce soit : Enough is enough.

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Tous les présidents américains depuis Jimmy Carter ont subi au moins une défaite électorale pendant leur carrière avant d’accéder à la présidence. Tous les présidents, sauf une exception : Donald Trump.

L’un des aspects les plus passionnants des biographies et des mémoires de ces hommes d’État, autrement souvent produites pour brosser un portrait flatteur du principal intéressé, ce sont les leçons qu’ils disent avoir apprises de leurs échecs.

Pour Bill Clinton, par exemple, défait lors de sa campagne de réélection comme gouverneur de l’Arkansas en 1980, c’était d’avoir tenté d’imposer trop de changements en trop peu de temps, notamment en augmentant les taxes sur l’immatriculation des véhicules. Pour George W. Bush, vaincu lors d’une campagne pour le Congrès en 1978, c’était d’avoir été perçu comme pas suffisamment authentique.

Peu importe le contexte, tous jurent que ces leçons les ont mieux outillés pour la suite de leur carrière — et pour leur ascension à la Maison-Blanche.

En voyant Trump agir, à la fois après sa défaite de 2020 et maintenant après sa défaite par procuration de 2022, un constat émerge : il n’apprend pas.

À cause de son style, Trump a souvent été qualifié de « clown » par ses critiques. Longtemps, ces critiques ont sous-estimé l’appétit — particulièrement au sein de l’électorat républicain —, justement, pour de la politique-spectacle.

Or, l’envers de la médaille commence à apparaître. Comme le faisait remarquer dernièrement Rick Tyler, un stratège républicain critique de Trump : « Ce n’est pas pour rien qu’un cirque se déplace d’une ville à l’autre. C’est parce qu’après un certain temps, tout le monde a vu les numéros. »

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La fin du cirque Trump?
Combien de fois des commentateurs (trices) politiques avisés se sont-ils posé la question depuis 7 ans mais plus spécialement depuis son élection à la présidence?
Le contraste était d’autant plus frappant qu’il succédait à Barrack Obama qui, il faut le reconnaître,était franchement très “présidentiable”.
Combien d’absurdités par jour a-t-il dit, c’est tout-à-fait inconcevable? C’est probablement le politicien Téflon le plus remarquable de l’histoire américaine: Barrack Obama n’aurait pas résisté longtemps s’il avait dit une seule de toutes les inepties qu’il a dit depuis 7 ans!
Un exemple pandémique me revient: lorsqu’il a suggéré à ses commettants de boire de l’eau de javel pour contrer les effets de la COVID-19. Il a regardé à sa gauche le médecin qui assistait à la conférence de presse pour obtenir son approbation. Elle regardait par terre et n’en revenait pas qu’il ait plus dire une telle inepsie. Devant le tollé suscité par ses propos, ses conseillers ont réussi à lui faire dire le lendemain qu’il faisait une blague pour essayer de dédramatiser le climat de haute tension qui prévalait à ce moment-là. Quelle trouvaille vraiment pour essayer de justifier des propos aussi dangereux (en effet des inconditionnels de Trump ont mis sa suggestion en pratique et, évidemment, ont dû être traités pour de graves intoxications!). Non mais faut-il être déconnecté pour suggérer une telle chose et pour suivre “le conseil”.
Le règne de Trump aura fait gravement reculer la démocratie et une foule de dossiers. Il pourra dire que sous son fameux vocable “Make America Great Again” Il a gravement précipité “le déclin de l’empire américain”.
Vite, que ce clown retombe dans l’oubli de la politique et retourne à la gestion chaotique de son empire immobilier!

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Quand les républicains l’auront mis dehors à coup de pieds dans le… popotin, on pourra parler du début de la fin de Trump.

Tant et aussi longtemps que ce ne sera que des analyses de journalistes ou d’érudits universitaires, il serait préférable de lire des bandes dessinées de Marvel! Plus proche de la réalité que ces savantes analyses!

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L’influence des lobby chrétiens

Un aspect qu’il ne faut jamais négliger dans le cas de la politique américain est l’influence des lobby chrétiens. En 2016, Trump a reçu un appui presque inconditionnel de ces lobbys en leur promettant des juges très conservateurs d’un point de vue social.
Maintenant que la cour suprême comprend une majorité significative de juges qui seront probablement prêts à reconnaître toutes les causes portées par ces lobbys, je ne suis pas certain que Trump ait quoi que ce soit d’assez intéressant pour obtenir un support aussi fort qu’en 2016.
Ces lobbys n’iront pas rejoindre le camp démocrate, mais un manque d’engagment de leur part pourrait être suffisant pour empêcher la nomination de Trump s’il tentait de se représenter, ou de se faire élire s’il obtenait cette nomination.

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