Le noyau dur antivaccin

La vaccination, un geste démocrate ? C’est ce que croient des millions d’Américains, qui refusent de tendre le bras pour des raisons politiques et identitaires. Un défi de plus pour l’administration Biden.

Paket, kbeis / Getty Images / Montage L'actualité

L’auteur est chercheur postdoctoral à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine. 

Il était déjà clair, dès les premières semaines de la vaccination de masse aux États-Unis, que la demande — et non l’offre — viendrait à poser problème. Six mois plus tard, le constat relève de l’évidence. On a maintenant affaire à un noyau dur de résistance et il est essentiellement politique, découlant de la polarisation et du tribalisme de l’ère Trump.

D’un côté, le pays baigne dans un tel surplus de doses qu’il en achemine à coups de dizaines de millions aux quatre coins du monde. Plus des deux tiers des adultes américains ont reçu au moins une injection. Chez les personnes de 65 ans et plus, où environ 80 % des décès officiellement liés à la COVID–19 sont survenus, c’est plus de 85 %. Plus des trois quarts des personnes âgées sont même considérées comme « pleinement » vaccinées. 

De l’autre côté, après une campagne de vaccination d’une efficacité remarquable, la cadence a très nettement décéléré. Alors que l’on vaccinait quotidiennement souvent plus de trois millions de personnes au printemps, on peine à atteindre un million d’injections par jour depuis juin. D’importantes disparités apparaissent entre différentes poches de la société. Et l’administration Biden s’est fixé un objectif : convaincre le noyau dur de récalcitrants au vaccin. 

Le défi s’annonce majeur.

Considérations sanitaires… ou identitaires ? 

Comme on l’écrit ici depuis le printemps 2020, la pandémie a été largement politisée aux États-Unis. C’était vrai dans l’adoption de mesures sanitaires et dans l’opinion publique à l’égard du virus — et c’est vrai aujourd’hui au chapitre de la vaccination.

Simplement dit, plus un État a appuyé Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2020, moins son taux de vaccination est susceptible d’être élevé. Voici visuellement, en date du 6 juillet, la corrélation entre les deux variables. 

Chaque point bleu représente un État. Plus les points se trouvent proches de la ligne, plus la corrélation est forte. Dans ce cas, elle n’est pas parfaite, bien sûr — mais elle est néanmoins saisissante. Dix-huit des 20 États enregistrant le plus faible taux de vaccination ont voté pour Trump. Les 20 États ayant le plus fort taux de vaccination… ont tous appuyé Joe Biden.

Cela est de mauvais augure pour ceux qui veulent convaincre la partie de la population plus récalcitrante au vaccin. La raison est simple : il ne s’agit pas seulement de « démystifier » une idée préconçue au sujet de la vaccination, ou d’invoquer la santé. Pour bon nombre de citoyens, les attitudes à l’égard de la pandémie se sont enracinées dans leur identité sociale. 

Des politologues américains documentent depuis le milieu du XXe siècle le phénomène de socialisation politique par lequel la loyauté des électeurs envers leur parti en vient à définir à leurs yeux leur rapport avec leur milieu de vie. C’est en grande partie ce qui explique que, bon an, mal an, les électeurs républicains appuient les candidats républicains, et les électeurs démocrates votent pour les candidats démocrates — et ce, presque peu importe l’identité de ces derniers. C’est aussi ce qui rend si difficile la « conversion », par exemple, d’un électeur d’Hillary Clinton en 2016 en un électeur de Donald Trump en 2020. 

Une dynamique semblable s’est installée par rapport à la pandémie, qui soulève des questions non seulement sanitaires, mais aussi identitaires. C’est ce qui explique, entre autres, le message largement partagé sur les médias sociaux d’un jeune démocrate disant vouloir continuer à porter un masque à l’extérieur même après avoir été pleinement vacciné, « parce que ça vaut la peine d’endurer le désagrément de porter un masque pour éviter que les gens pensent [qu’il est] un conservateur ». 

L’image miroir de cela, bien sûr, est celle des millions d’Américains qui refusent de se faire vacciner parce qu’il s’agit d’un comportement « démocrate ». Dans une telle dynamique, il ne suffit pas, comme l’a proposé la Maison-Blanche dans les derniers jours, de faire du porte-à-porte pour expliquer rationnellement aux gens la sécurité du vaccin. Il ne suffit pas de leur exposer des faits scientifiques, il faut jouer sur leurs sentiments tribaux en tentant de dissocier la pandémie de la partisanerie, alors que les deux sont intimement liées depuis le début. 

Et il s’agit, par surcroît, de convaincre des gens qui ne prévoient pas actuellement se faire vacciner et qui, selon le dernier sondage YouGov, après plus de 15 mois de pandémie, se disent, dans une proportion de 80 %, « peu » ou « pas du tout » inquiets des effets de la COVID sur leur santé. Les personnes non vaccinées ont, en fait, nettement moins peur d’être malades de la COVID que les personnes pleinement vaccinées !

Dans ce contexte, toucher ce noyau dur s’annonce particulièrement… dur. 

Pourquoi pas l’obligation ?

S’il s’avère si difficile de convaincre les plus récalcitrants de se faire vacciner, pourquoi alors ne pas simplement rendre le vaccin obligatoire — que ce soit directement, avec un ordre explicite, ou indirectement, avec l’équivalent d’un « passeport vaccinal » ?

Il y a tout d’abord des considérations politiques. L’éventuel « passeport vaccinal » est loin de faire l’unanimité dans la population. Ainsi, c’est une minorité qui appuie l’idée d’obliger les Américains à transporter une preuve vaccinale. Lorsqu’il est question d’imposer une preuve vaccinale pour aller, par exemple, au restaurant, ce ne sont pas moins de 60 % des Américains qui s’opposent à cette mesure. Ce n’est pas un hasard si l’administration Biden s’est empressée, dès le printemps, d’écarter l’idée d’un « passeport vaccinal » — et si plusieurs États ont carrément légiféré pour en empêcher l’adoption. 

De façon plus élémentaire, il y a des considérations constitutionnelles. La Cour suprême des États-Unis a déjà annulé des restrictions liées à la pandémie, arguant qu’elles violaient le premier amendement de la Constitution. Et certains des plus importants tribunaux d’État ont carrément invalidé des décrets de confinement de gouverneurs, notamment ceux du Michigan et du Wisconsin, soutenant qu’ils outrepassaient les pouvoirs constitutionnels leur étant conférés. Dans le cas du Wisconsin, la Cour suprême de l’État a même déclaré inconstitutionnelle, au printemps, l’imposition du port du masque, y mettant fin de façon définitive par le fait même. 

On peut à peine imaginer la fragilité du terrain juridique sur lequel s’aventureraient des élus qui adopteraient des décrets obligeant les citoyens non pas à porter un morceau de tissu sur le visage, mais à se faire injecter un produit médical, aussi utile ce dernier puisse-t-il être.

Le fait d’avoir mis au point des vaccins contre la COVID en si peu de temps constitue une prouesse des sciences médicales ; le fait de les administrer aussi rapidement et efficacement est une prouesse des sciences de la gestion. Cela dit, pour atteindre le noyau dur antivaccin américain, il faudra peut-être plus : une prouesse… des sciences humaines. 

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Ça prendrait un vaccin anti Trump; les 2 virus, Covid et Trump, ne peuvent que rendre malade et faire mourir.

Il me semble que si les compagnies d’assurance, si puissantes aux États-Unis, refusaient de couvrir les soins relatifs à la Covid, les gens se feraient vacciner.

Majeur et vacciné. Ou majeur d’être vacciné?

Le plus intéressant ici n’est-il pas que ce soient les tout vacciné.e.s qui appréhendent le plus d’attraper la chose, plutôt que ceux/celles ne l’étant point ou aucunement disposé.e.s à se prêter à l’exercice?

À croire qu’faudrait jumeler le vaccin à quelque autre destiné, lui, à inhiber la peur?
Bien… peur qu’il n’existe pas ce vaccin-là.

Il y a déjà eu un plus que pittoresque maire à Montréal s’objectant mordicus à ce qu’on mît quelque chose dans l’eau pour qu’elle fût plus saine ou moins ‘impropre’ à la consommation. Est-ce qu’injecter quelque chose en le corps de personnes ne reviendrait au même?

Un moment donné, si c’est pour non seulement n’en jamais finir mais pour augurer même n’avoir guère « l’intention » de finir par finir ou, à défaut, d’au moins fléchir — (au point que, là, parle-t-on, déjà, de troisième dose [combien d’autres ensuite!?]) —
va peut-être falloir revisiter le « modèle », le ‘design’, la conception du traitement.

Aujourd’hui, surprise!, Raoult préconise vaccination obligatoire des soignant.e.s.
Mais encore?

Peut-être pire que la maladie covidienne ou que la mort s’ensuivant parfois de millions d’êtres humains, se trouveraient d’une part la peur — d’être malade ou d’en mourir; d’autre part, un fractionnement sociétal en deux « classes », bien délimitées, de citoyen.ne.s : des « obéissant.e.s » — (comme l’avait on ne peut plus éloquemment lapsusé une distinguée v.-PM) — au gouvernem’man, vs de « libres penseur.e.s » (?) ou des « désobéissant.e.s » aux autorités – autres que celle émanant de leur propres conscience personnelle, intelligence ou entendement (‘sapere aude’).

Enfin, fort commode, ça, de « distinguer », aussi, l’« essentiel » — (re: les services dits/considérés ou décrétés essentiels) — de l’« accessoire » ou non essentiel, censément. Or, quid de cet énoncé du philosophe alléguant que depuis que l’homme est homme, celui-ci s’est trop peu réjoui sur terre et que serait-ce cela seul le péché originel? Comment, après cela, prétendre qu’il ne s’avère pas aussi essentiel de rire ou convivialer, au resto, autour de bouffe et boire, que de pouvoir bénéficier d’autres (sortes de) soins santé ?

Au printemps 2020, alors qu’il n’y avait pas de vaccin(s), PM/Q pressait des médecins spécialistes d’aller donner un coup de main en CHSLD, afin d’en sauver le plus possible.

La logique mondiale diffère à peine de telle approche eu égard à l’ensemble du phénomène : maintenant serait-ce au moyen de vaccins que s’avérerait le plus faisable de prévenir la maladie et de faire en sorte que moins de monde en décède.

Mais est-ce vraiment « cela » « le mieux », car n’y a-t-il pas ‘trop’ de monde sur la terre, imprimant ‘trop’… d’empreinte écologique; et partant, n’est-ce pas une « bonne chose » qu’il en meure, afin que la vie soit ‘meilleure’, justement, pour la multitude ?

On passe énormément de temps à tâcher de discerner les « bons » des « méchants »; à s’évertuer à déterminer QUI sont les bons et les justes, les sages et avisés, versus les pas fins, pas intelligents, étourdis, malins ou malfaisants. On en passe éminemment moins – de temps – à se demander CE QUI est bon, bien ou mieux.

Autre chose passant sous le radar : l’intelligence de ce qui attaque — (‘bénéfiquement’ ou ‘malignement’?) — le monde ou de l’entité opérant ce qui le fait.

On laisse entendre qu’il ne s’agirait là que de quelque chose aussi bête ou inintelligent qu’une boîte de carton. De sales virus, malins, comme la tordeuse des bourgeons d’épinettes. Mais bêtes!

Et si c’était le contraire? Si ces « choses » étaient moins bêtes encore que les plus intelligents d’entre nous? Ou si elles étaient opérées par des entités, occultes certes, mais néanmoins nanties et d’intentionnalité et d’intelligence supérieure à celle humaine terrestre la plus haute ou raffinée ?

On ne parle surtout pas de cela. L’humain terrestre est tellement « ‘fin’ », n’est-ce pas; tellement « ‘supérieur’ » à tout ce qui peut se trouver ailleurs dans l’univers ou ici même sur Terre…

Un moment donné, ça va prendre plus que juste des vaccins pour « mener » ou pour « sauver » le monde. Ça requerra de l’ouverture d’esprit. À l’existence d’intelligences ou « ‘esprits’ » — (régnants ou trop souvent ‘gagnants’) — autres que ceux-là seuls d’humains terrestres. C’est seulement à partir de la reconnaissance d’un tel fait que pourra-t-on, peut-être, enfin, concevoir et élaborer d’… intelligentes « solutions » répondant, plus adéquatement, aux multiples et divers maux accablant l’humanité. À défaut de quoi… : faudrait-il se demander si n’aurait pas raison le philosophe questionnant, comme le Satan, la pertinence d’une vie humaine terrestre nôtre telle qu’elle s’est mise en place et développée au fil des siècles et millénaires :
« Better Never to Have Been –
The Harm of Coming into Existence » ?

»C’est seulement à partir de la reconnaissance d’un tel fait… »
Quel »fait » supporte votre position sur l’existence d’esprits?
Ces croyances n’ont jamais été démontrées.

Vous écrivez «C’est en grande partie ce qui explique que, bon an, mal an, les électeurs républicains appuient les candidats républicains, et les électeurs démocrates votent pour les candidats démocrates — et ce, presque peu importe l’identité de ces derniers. » On voit la même chose au Canada alors que les électeurs votent pour un parti et, en même temps un premier ministre, pas pour une personne. Au moins aux ÉU ils peuvent voter pour leur président alors qu’ici notre chef d’état, la GG est désignée par le PM avec l’accord de la reine d’Angleterre…

Néanmoins. même si ici aussi on pense en fonction des partis et que la politique partisane l’emporte sur le bien public, nous n’avons pas connu le même problème quant aux vaccins. Que serait-il arrivé si les conservateurs avaient été contre les vaccins anti-Covid? Aurions-nous été dans la même situation qu’aux ÉU? La grosse différence ici, c’est que le système de santé est gratuit, contrairement aux ÉU, et en comparaison est-ce que le fait que le système de santé américain soit très dispendieux, rend les gens plus ou moins enclins à se faire vacciner?