Le poids de la marge

Si Donald Trump s’incline le 3 novembre, la marge de sa défaite aura une grande influence sur la suite. Car ce n’est pas seulement le contrôle de la Maison-Blanche qui est en jeu, c’est également celui du Sénat.

Crédit : L'actualité

Après la conclusion du deuxième et dernier débat entre Donald Trump et Joe Biden, à 12 jours du vote, bien des observateurs se sont passé la même réflexion : que serait-il arrivé si Trump avait choisi d’agir de la même façon lors du premier ? 

L’affrontement initial entre les deux hommes représentait pour Trump la meilleure occasion, après la fin des conventions des deux partis majeurs, de combler son retard dans les sondages face à son rival, et le président a choisi de s’y comporter de façon déjantée. La conséquence : à l’instar de ses prédécesseurs Ronald Reagan, George W. Bush et Barack Obama, dont la contre-performance au premier débat de leur campagne de réélection leur avait coûté des points, Trump a vu sa position s’affaiblir. Contrairement à Reagan, Bush et Obama, toutefois, il tirait déjà de l’arrière lorsque cela est survenu. 

Le deuxième débat prévu le 15 octobre ayant été annulé à la suite du diagnostic positif du président et de son hospitalisation, Trump s’amenait au dernier face-à-face dans une position d’extrême vulnérabilité électorale. Une cinquantaine de millions d’Américains s’étaient déjà prévalus de leur droit de vote par anticipation, et les derniers sondages nationaux publiés avant le débat indiquaient qu’à peine 4 % des électeurs étaient toujours indécis. En fait, le pourcentage d’indécis est plus petit que la marge d’avance de Biden. 

Est-ce donc dire que le sort en est jeté et que, meilleure performance ou non du président dans la dernière ligne droite de la campagne, l’exercice est sans importance ? Pas tout à fait.

Même si Donald Trump devait s’incliner le 3 novembre, sa marge de défaite compterait pour beaucoup. D’abord, d’un point de vue démocratique, elle risquerait de peser sur les risques de contestations judiciaires — plus la marge serait importante, moins le seraient les probabilités d’une âpre bataille devant les tribunaux. 

Puis, il est essentiel de toujours garder en tête que ce n’est pas seulement le contrôle de la Maison-Blanche qui est en jeu la semaine prochaine. C’est également celui du Sénat

L’impact d’une victoire décisive

Ainsi, plus la « vague bleue » est importante, plus elle est susceptible d’emporter avec elle des sénateurs républicains sortants qui, autrement, auraient été réélus. 

Les implications au chapitre de la gouvernance sont profondes. Et Joe Biden en sait quelque chose : comme vice-président, il avait été délégué pour rassembler les 60 votes nécessaires afin de faire approuver par le Sénat la pièce maîtresse de l’administration Obama, la réforme du système de santé appelée « Obamacare ». Le passage in extremis de celle-ci, avec exactement 60 votes — pas un de plus —, a été intimement lié à la performance électorale d’Obama l’année précédente. 

En 2008, une élection sénatoriale au Minnesota a opposé le comédien Al Franken, un démocrate peinant à être pris au sérieux, au sénateur républicain sortant de l’État, Norm Coleman. Ce dernier avait mené pendant la majeure partie de la campagne. Même si Barack Obama semblait en bonne position pour remporter l’élection présidentielle cette année-là, Coleman maintenait son avance… Puis, aux dernières semaines de la campagne, portée par le crash à Wall Street, la vague démocrate menée par Obama a pris de l’ampleur et fait fondre l’avance de Coleman dans la course sénatoriale. 

Le 4 novembre 2008, sur près de trois millions de bulletins dépouillés au Minnesota, le candidat démocrate Franken a délogé le républicain Coleman par 312 votes, un écart de moins de 0,01 %. 

Un an plus tard, la veille de Noël 2009, le nouveau sénateur démocrate du Minnesota, Al Franken, procurait le 60e vote déterminant pour permettre le passage de l’Obamacare au Sénat. 

Franken (qui a depuis démissionné dans la disgrâce dans la foulée du mouvement #MeToo) devait son triomphe à l’imposante marge de victoire d’Obama dans son État. Et Obama, en retour, devait l’adoption du morceau le plus important de son héritage à la victoire sénatoriale de Franken. 

Donald Trump ne montre pas qu’il a particulièrement à cœur le sort des autres candidats de son parti. Pourtant, s’il parvenait à gruger une partie de l’avance de Biden dans les derniers jours de campagne, il pourrait contribuer à sauver leur carrière et, par extension, la majorité républicaine au Sénat. 

Par le fait même, il rendrait le mandat de son successeur démocrate drôlement plus pénible que prévu.

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Comme on dit dans le vocabulaire sportif : « On gagne en équipe ou on perd en équipe ». Dans toutes les élections, pratiquement où que ce soit, il y a presque toujours un boni à l’urne lorsque le chef est en tête, ce qui profite naturellement aux suivants.

Il y a cette lutte pour savoir lequel des partis contrôlera le Sénat. Si Biden l’emporte, la prime reviendra aux candidats Démocrates. En dehors de toute partisanerie, dans le contexte actuel, le président devrait pour avoir les coudées franches, obtenir le contrôle du Sénat et de la Chambre des représentants.

Si Trump devait être réélu, étant donné qu’il n’a que peu de chances qu’il y ait une Chambre majoritaire Républicaine et une faible chance qu’il ait une majorité au Sénat ; il y aurait encore une partie de bras de fer entre l’exécutif et le législatif pour au moins deux ans (élections de mi-mandat).

Les États-Unis seraient toujours plus ingouvernables que jamais. Les Américains ont besoin de stabilité pour surmonter cette crise, des politiques cohérentes et un support populaire suffisant permettront de passer les écueils qui se présenteront au cours des prochaines années.

C’est un peu triste à dire, Trump a su faire tout ce qu’il fallait pour éloigner une part indispensable d’un électorat modéré peu versé dans toutes sortes d’effusions polarisées.

Au pallier fédéral, les Républicains devraient en équipe en payer le prix. Cependant dans les États, il faudra observer s’il y a du changement, les élections dans plusieurs États ont été au cours des ces années plutôt favorables aux Républicains. Il sera intéressant d’observer si dans les élections locales, les Démocrates sont aussi capables de tirer avantage du mouvement actuel plutôt favorable à l’équipe Biden.

Quoiqu’il en soit dans les dix prochaines années, le paysage politique est appelé à se transformer avec tous ces politiciens de carrières, toutes et tous plus ou moins vieillissants. Il ne saurait être de vraie démocratie sans qu’il n’y ait le moindrement de renouvellement.

— Alors que la meilleure équipe en lice gagne.

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