L’effet des candidats toxiques

Le Parti républicain attire parfois des candidats pour le moins douteux, comme ceux qui ont déjà coulé le parti lors de rendez-vous électoraux passés. Auront-ils le même effet en 2022 ?

Svetlana Borovkova / majivecka / Getty Images / montage : L’actualité

L’auteur est chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand, où ses travaux se concentrent sur l’étude et l’analyse de la politique américaine.

« Je ne suis pas une sorcière. Je suis vous. »

Ces mots ont été immortalisés dans les annales des publicités électorales il y a 12 ans. Lors de ces premières élections de mi-mandat de la présidence de Barack Obama, en 2010, l’opposition républicaine se dirigeait vers des gains historiques à la Chambre des représentants. Elle espérait aussi retrouver la majorité au Sénat.

Or, l’investiture inattendue d’une brochette de candidats qu’on peut qualifier de toxiques a fait dérailler ce beau plan de l’état-major républicain.

L’un de ces candidats — la sorcière en question, Christine O’Donnell — avait causé la surprise en défaisant le plus important élu républicain du Delaware lors de la primaire républicaine pour le siège du Sénat occupé autrefois par Joe Biden, siège que l’on s’attendait à voir tomber aux mains des républicains.

Peu de temps après cette désignation, O’Donnell a eu à défendre certaines de ses déclarations passées, notamment celle où elle affirmait « avoir trempé dans la sorcellerie ». La candidate républicaine s’est fait rosser, par 17 points, lors des élections générales. Malgré la publicité dans laquelle elle assurait faire partie du monde normal.

La même chose est arrivée à une candidate républicaine au Nevada, Sharron Angle, qui s’était opposée aux deux plus importants programmes sociaux aux États-Unis, Medicare et Social Security (qui garantissent entre autres des soins minimaux aux aînés, aux vétérans et aux personnes handicapées), en plus de suggérer que le « remède » pour contrer les politiques démocrates était d’avoir recours au « deuxième amendement », c’est-à-dire à une insurrection armée citoyenne.

À ces candidatures gênantes s’ajoutait celle de Ken Buck, au Colorado, qui avait déclaré que les femmes devaient voter pour lui parce qu’il « ne portait pas de talons hauts », et qui avait comparé l’homosexualité à l’alcoolisme.

John Raese, en Virginie-Occidentale, s’était dit pour sa part favorable à l’abolition du salaire minimum.

Et ainsi, la majorité au Sénat fila entre les doigts des républicains.

L’histoire se répéta à peine deux ans plus tard avec la victoire, lors de primaires sénatoriales, de candidats républicains pour qui une grossesse causée par un viol était un acte divin.

Alors que les astres semblent s’aligner pour les républicains en vue de novembre prochain, le scénario de 2010 continue à hanter les stratèges du parti en cette saison des primaires. On craint l’émergence de nouveaux candidats toxiques.

La cuvée 2022

Ces craintes étaient évidentes cette semaine, en Pennsylvanie, avec Kathy Barnette, une candidate au lourd passé de propos homophobes et islamophobes (et dont le slogan, ironiquement, fait écho à celui de Christine O’Donnell en 2010 : « Je suis vous ! »). Barnette a finalement terminé troisième lors de la primaire sénatoriale mardi soir.

Dans une sortie quasi surréaliste, Donald Trump avait lui-même affirmé que Barnette était trop controversée pour pouvoir remporter une élection générale. Ça en dit long sur le personnage.

Mais ce n’est que le début de la saison des primaires, d’autres sont à venir, notamment en Arizona où l’un des candidats républicains croit justifiés les écarts de revenus entre hommes et femmes, puisque les premiers « font les jobs les plus dangereux ».

La question n’est pas de savoir si les électeurs républicains se laisseront séduire par les candidats les plus radicaux, mais de savoir à quel point leur sélection lors de primaires nuira aux chances du parti en novembre. Surtout dans un contexte où le système présidentiel américain prend les travers des régimes parlementaires.

Tel que l’ont démontré des politologues, les systèmes parlementaires comme celui né en Grande-Bretagne et ayant inspiré celui du Canada tendent à maximiser le poids du parti politique comme facteur électoral au détriment des caractéristiques particulières des candidats.

Même un député sortant ayant fait un travail louangé par ses électeurs ne peut espérer que de faire à peine mieux que n’importe quel autre candidat du même parti. Dans le système américain, l’appréciation de l’individu par l’électorat pèse plus lourd que celle du parti auquel il est affilié.

C’est intuitif : la discipline de parti est si rigide dans un système parlementaire comme celui de Westminster qu’il est logique que les électeurs voient davantage les candidats comme des membres interchangeables d’une équipe homogène.

Or, même si le système politique américain est construit autour de la coopération bipartite, l’extrême polarisation des dernières années a amené les deux partis majeurs à s’homogénéiser graduellement — et les électeurs à se concentrer de plus en plus sur les partis et de moins en moins sur les candidats.

Comme l’illustre le graphique suivant, le nombre d’États élisant des candidats de partis différents pour la présidence et pour le Sénat a fondu depuis les années 1980. Si, auparavant, environ un État sur deux distinguait son vote présidentiel de son vote sénatorial, aucun ne l’a fait en 2016 — et seulement un (le Maine) en 2020.

Si une vague républicaine devait déferler sur le pays en novembre prochain, cette nouvelle homogénéité protégerait le parti de ses candidats les plus problématiques. En tout cas, plus qu’en 2010 ou en 2012.

Cela pourrait être source d’inquiétude non seulement pour le Parti démocrate, mais pour la démocratie américaine.

La veille de la primaire de la Pennsylvanie, NBC News a révélé que la candidate Kathy Barnette avait fait partie de la marche au Capitole le 6 janvier 2021.

Si Barnette a finalement été rejetée pour le Sénat par les électeurs républicains de la Pennsylvanie mardi, ces derniers ont néanmoins simultanément donné l’investiture républicaine pour le poste de gouverneur de l’État à un candidat, Doug Mastriano, qui était pour sa part au grand rassemblement chapeauté par Trump plus tôt dans la journée du 6 janvier, avant la manifestation au Capitole.

S’il est élu en novembre, Mastriano aura le pouvoir de nommer le prochain responsable des élections dans l’État. Joe Biden avait remporté la Pennsylvanie face à Trump en 2020 par un point de pourcentage.

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En tout cas, si le parti républicain à des candidats louches, le parti démocrate a un président, très très louche…Que dire de notre belle CAQ?….Pas fort mieux…

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Quel sera le cadre géopolitique en novembre prochain ? Est-ce que les électeurs des États qui sont touchés par ces élections de mi-mandat vont sanctionner les politiques menées par l’exécutif sous la présidence Biden ou supporteront ils les élus et les partis en place sans changements significatifs comme ce fut le cas lors des précédents scrutins ?

Comme on ne sait pas encore ce que sera le niveau d’inflation en novembre, comme on ne sait toujours pas si le pays va entrer en récession ou bien pas avec l’augmentation du coût de la vie et la hausse des taux d’intérêts, il est difficile de prévoir ce que sera le comportement des électeurs quelques soient les candidats.

Ce qu’on sait en revanche, c’est que la reprise de l’emploi est en partie artificielle. Il ne se crée pas tant d’emplois que cela. Simplement il y a plus de vacances de postes parce que beaucoup de gens ont quitté leurs emplois.

Considérant que la guerre en Ukraine risque d’être encore d’actualité dans six mois, qu’on n’est pas à la veille d’un accord de paix. Considérant que les sanctions économiques à répétition ne donneront rien de mieux que de durcir le conflit, nous ne sommes pas à l’abri d’ici la fin de l’année, d’une intervention musclée de l’Otan contre la Russie.

Alors que près de la moitié des Américains désapprouvent la politique menée par le pays dans le conflit russo-ukrainien, il apparaît au niveau des parlements qu’il n’est plus de clivage démocrate-républicain, les uns étant généralement plutôt favorable à la paix lorsque les autres sont plus en faveur de la guerre. C’est l’option guerrière qui fait presque l’unanimité.

Les élus peu importe le parti voient plutôt les intérêts de l’Amérique dont les usines d’armement travaillent à pleine capacité quand la population voit leurs cartes de crédit se gonfler un peu plus chaque mois, faute de mieux. Y-a-t-il un quelconque désagrément à avoir des candidat(e)s toxiques quand ce sont les institutions qui d’elles mêmes sont devenues méphitiques… en toute probité ?

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