Congestion électorale

Alors que plus d’une vingtaine de candidats sont toujours officiellement en lice dans la course à l’investiture démocrate, il devrait bientôt n’en rester qu’une dizaine. Pour le plus grand bonheur de Joe Biden, Elizabeth Warren et Bernie Sanders?

Photo : Mathieu Carbasse

On l’a répété à toutes les sauces : les candidats présidentiels sont nombreux du côté démocrate cette année. Très nombreux : plus d’une vingtaine sont toujours officiellement en lice. Cela s’est notamment traduit par deux premières rondes de débats tenues au cours de deux soirées distinctes, avec 10 candidats par soir. Pour éviter de répéter ce que le Parti républicain avait fait il y a quatre ans (les participants étaient alors scindés en deux groupes sur la base des intentions de vote), le Parti démocrate a opté pour un système de tirage au sort.

On se retrouve donc aujourd’hui dans un scénario où les deux premiers candidats dans la course selon le dernier sondage The Economist/YouGov, l’ex-vice-président Joe Biden et la sénatrice du Massachusetts Elizabeth Warren, n’ont pas encore partagé la même scène ensemble. Au contraire, Biden s’est vu jeudi réduit à découdre avec des coquilles vides comme Kirsten Gillibrand, tandis que Warren a eu comme principal adversaire la veille l’anonyme tâcheron John Delainey qui, selon l’agrégation des sondages à l’échelle nationale, récolte actuellement la faveur de 0,8% des électeurs démocrates.

Cette dynamique s’apprête à changer. Le Parti démocrate s’est doté de règles rendant l’admissibilité aux débats graduellement plus difficile à atteindre au fil du calendrier. Ainsi, pour la prochaine ronde de débats – devant avoir lieu les 12 et 13 septembre prochains – tout candidat devra avoir récolté un minimum de 2% dans quatre sondages distincts et avoir reçu des contributions financières d’un minimum de 130 000 donateurs individuels pour se qualifier.

Or, moins de 10 candidats respectent actuellement ces deux critères. À des fins de référence, Kirsten Gillibrand, que l’on évoquait plus tôt, a à peine la moitié du nombre de donateurs requis, et aucun sondage retenu par le Parti démocrate ne lui accorde 2% ou plus. Sans participation aux débats, les candidatures déjà plus marginales auront toutes les misères du monde à aller chercher suffisamment d’attention pour même survivre.

L’impact est double. Premièrement, on se dirige éventuellement vers des débats où tous les candidats majeurs pourront croiser le fer ensemble. La dynamique sur scène pourrait changer lorsque Biden devra rétorquer non seulement à Kamala Harris, comme lors de deux premières rondes, mais également à Warren et à Bernie Sanders. Moins de temps sera de surcroît accordé (certains diraient « gaspillé ») à des candidats inconnus du grand public, accentuant la pression sur les meneurs qui devront être en tout temps sur un pied d’alerte.

Dans un second temps, aussi marginaux puissent-ils être, les candidats mineurs sont tellement nombreux qu’une fois combinées, leurs intentions de vote ne sont pas négligeables. En fait, lorsque l’on combine le total des candidats récoltant actuellement moins de 2% dans les sondages à celui des électeurs indécis, on avoisine les 20% de l’électorat démocrate. Ce n’est pas rien, surtout dans un contexte où le meneur de la course, Joe Biden, ne récolte à peine plus que 30%. La division du vote au sein de l’aile la plus à gauche du parti – à laquelle font majoritairement appel les autres candidats – est un atout majeur pour Biden depuis le début de la course. Lorsque ces appuis iront vers des candidats plus importants, Biden sera-t-il leur première destination ?

L’ex-vice-président de Barack Obama a certainement connu une meilleure performance lors de cette deuxième ronde que lors de la première. Cela dit, bien malin est celui pouvant prédire les rebondissements qui surviendront lorsque le menu présentement offert aux électeurs démocrates s’amenuisera.

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