Les 100 premiers jours de Biden : changements draconiens, stabilité historique

Le président a prononcé son premier discours formel au Congrès cette semaine pour marquer ses 100 premiers jours en fonction. L’heure est donc au bilan.

Chip Somodevilla / Pool / Associated Press

Le plus simple constat est peut-être celui-ci : les choses se sont drôlement calmées depuis le 20 janvier. Le président des États-Unis ne nous bombarde plus de ses opinions instantanées sur les sujets de l’heure, et nous n’avons plus besoin d’être à l’affût de ses états d’âme. Voilà qui marque une rupture évidente avec les quatre dernières années. 

Cela dit, les changements s’avèrent sans doute encore plus profonds, même s’ils sont moins frappants.

Des décisions importantes

Le nouveau président peut déjà se vanter d’avoir présenté une loi majeure : son gargantuesque plan de relance économique, qui se chiffre à près de 2 000 milliards de dollars. La rapidité et l’efficacité de la campagne de vaccination américaine sont, par ailleurs, pratiquement sans équivalent dans le monde. En effet, trois millions de doses sont administrées quotidiennement et la majorité des adultes américains ont reçu au moins leur première injection. Les crises sanitaire et économique dont a hérité Biden montrent ainsi des signes de fléchissement. 

Le président a aussi, à coups de multiples décrets dès ses premières heures en exercice, renversé des pans importants du règne de Donald Trump, en commençant par le mur à la frontière mexicano-américaine, dont il a presque entièrement freiné la construction. 

Le contrôle, aussi fragile soit-il, que maintient son parti au Congrès lui laisse également envisager la possibilité de remettre en état une grande partie de la société américaine. Hausse du salaire minimum fédéral ; bonification de l’aide gouvernementale offerte aux jeunes familles ; mesures plus musclées pour protéger l’environnement ; plan majeur d’infrastructure : tous ces changements structurels prisés par le Parti démocrate depuis des années n’ont peut-être pas été adoptés dans les 100 premiers jours, mais ils semblent toujours réalisables. 

À défaut de gouverner le pays avec tambour et trompette, Joe Biden peut déjà espérer que l’on se souviendra de lui pour une expansion de l’État fédéral d’une ampleur jamais vue depuis, au minimum, le programme Great Society du président Lyndon Johnson dans les années 1960. À l’époque, la création des systèmes d’assurance Medicare et Medicaid promettait une couverture médicale publique aux personnes âgées et démunies. Autrement dit, la présidence Biden a déjà, à 100 jours, une portée historiquement significative

Des appuis immuables

Ironiquement, l’opinion publique demeure d’une remarquable stabilité à l’égard de Biden malgré ces grands chantiers. S’il est vrai qu’il est encore très tôt pour mesurer la solidité des appuis à l’administration démocrate, force est de constater qu’ils s’avèrent jusqu’ici très constants. 

En fait, aucun nouveau président américain n’a connu, au cours de ses trois premiers mois en fonction, une aussi faible fluctuation de sa popularité. Il s’agit, en un sens, d’une progression naturelle, puisque la présidence Trump avait été la plus « inélastique » de l’histoire. Aucun dirigeant des États-Unis avant lui n’avait vu son taux d’approbation si peu osciller pendant ses quatre ans au pouvoir. La population avait très largement tranché avant même que le président ne passe aux actes.

Biden a entamé son mandat avec un capital de sympathie plus élevé que celui de Trump. Il est toutefois, après ce dernier, le nouveau président suscitant le plus d’opposition aussi tôt dans sa présidence. Le contraste est évident quand on le compare à ses autres prédécesseurs : même George W. Bush, qui était arrivé au pouvoir en 2001 à la suite d’une élection extrêmement serrée et contestée, avait un taux de désapprobation beaucoup plus bas que celui de Biden.

Deux pistes principales se dessinent pour expliquer une telle dynamique. La première, plus immédiate, est son approche ultra-partisane. Biden gouverne sans un soupçon de coopération avec le parti adverse, même sur des enjeux aussi majeurs que son plan de relance, ce qui contribue à braquer le camp républicain, surtout parce que le nouveau président avait promis, jusqu’à son discours d’assermentation, de travailler à la réunification du pays. 

La seconde, plus structurelle, est le fait que les États-Unis sont trop polarisés pour que l’opinion publique bouge beaucoup à l’égard d’un président. Quoi qu’il fasse, ou presque, les citoyens qui appuient son parti lui seront loyaux, alors que les autres s’opposeront à lui.

Après à peine 100 jours dans le Bureau ovale, c’est donc la promesse d’unité de Joe Biden qui se montre sérieusement ébranlée. Et il s’agit peut-être d’un signe précoce que l’on aura encore droit à des élections serrées tant en 2022, au moment du scrutin de mi-mandat, qu’en 2024, à l’occasion du prochain duel présidentiel.

Laisser un commentaire

On est tous de champions avec une carte de crédit illimitée. La question est, qui va payer la facture ?
Le plan d’infrastructure de Biden est pricipalement … pas d’infrastructure,
Un président ‘protégé’ par la presse. La crise de la frontière avec le Mexique ? Pack the Supreme Court ?
Jamais dans l’histoire des États-Unis un président a signé 30 ordres présidentiels dans sa première semaine.

Répondre

Usuellement chaque nouveau président arbore le portrait d’un ancien président avec lequel il se trouve les meilleures affinités pour guider la politique qu’il entend mener. Pour Biden le président qui incarne le mieux sa vision de l’Amérique, c’est Franklin D. Roosevelt.

La presse française qui adore le sens de la formule, n’hésite pas à comparer Biden au nouveau Roosevelt !

Bien sûr tout le monde considère Roosevelt comme un grand président, mais… plusieurs économistes « usuellement » plutôt à droite, estiment que Roosevelt a par sa politique sociale, aggravé la crise de 1929 plus qu’il n’a contribué à relancer l’activité économique du pays.

Évidemment, ce genre de questions sont plus idéologiques qu’elles ne sont pragmatiques. Roosevelt était « un » pragmatique, il faisait les choix qui s’imposaient au moment où ceux-ci s’imposaient.

D’autres reprocheront à Roosevelt d’avoir avec Churchill posé en photo avec Joseph Staline. Mais là encore, c’était ce que les évènements imposaient.

Même si ce n’est pas Roosevelt qui a ordonné le largage de bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, c’est quand même sous sa présidence que les Américains ont été les premiers à mettre au point la bombe. Pragmatisme encore ? Ne fallait-il pas dans la course à l’armement damer le pion à Adolph Hitler ?

J’aimerais personnellement que le président Biden soit « un » pragmatique et que ses politiques de relance soient les bonnes. Mais je n’en suis pas sûr…. Lors des élections, j’estimais que monsieur Biden était le meilleur candidat pour gérer la crise sanitaire en cours. Après presque 100 jours de présidence, je constate que la crise est autrement mieux gérée que sous Donald Trump. C’est une bonne nouvelle.

Pour le reste, je demeure aux aguets. Comme Rafael Jacob je pense que la bataille de l’unité est pour le moment loin d’avoir été gagnée. On devrait probablement en savoir un peu plus dans quatre ans. Ou peut-être dans dix. — Allez don’ savouère !

Répondre

Je ne puis imaginer sans frémir quelles auraient été les conséquences de la réélection de Trump sur la lutte contre la COVID-19…

Par ailleurs, si le président Biden est si prompt à mettre en œuvre les mesures promises, c’est parce qu’il sait qu’il n’a pas le luxe d’attendre qu’on en vienne à dégager un consensus avec la partie adverse (tâche impossible, étant donné la polarisation des forces politiques en cause). Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud; cela, Biden l’a parfaitement compris, d’autant que les infrastructures là-bas se trouvent souvent dans un piètre état. On peut, au nom d’un certain néolibéralisme, repousser indéfiniment la date à laquelle on entend se pencher sur cet épineux problème, mais tôt ou tard, la réalité nous rattrape et le besoin en investissements publics devient criant. Telle est la conjoncture (éprouvante, avec la pandémie en fond de toile) avec laquelle Biden doit composer. Tous mes vœux de réussite l’accompagnent.

Répondre