Les 5 questions américaines de 2021

Les États-Unis devront répondre à plusieurs questions fondamentales dans les prochains mois. Et il n’existe pas de réponses claires à ce jour. 

Crédit : L'actualité

L’année 2021 aura commencé de façon pour le moins dramatique aux États-Unis. Les crises sanitaire, économique et sociale qui ont marqué le pays en 2020 sont loin d’être réglées, et la crise démocratique qui secoue l’Amérique les éclipse toutes en ce début de nouvelle année. 

Le paysage politique qui se profile en 2021 contient des questions fondamentales auxquelles il n’existe pas de réponses claires pour l’instant. 

En voici cinq. 

1- Que réserve l’avenir à Donald Trump ? 

C’est, évidemment, la question sur toutes les lèvres, particulièrement après l’insurrection ayant frappé la capitale. Or, le destin de Trump n’est plus seulement de son propre ressort : il se dirige, au minimum, vers le plus grand nombre de votes au Congrès pour la destitution d’un président depuis la procédure contre Andrew Johnson, en 1868. La volonté de Trump de demeurer la force dominante du Parti républicain, qui semblait parfaitement réaliste il y a à peine quelques semaines, pourrait alors en prendre pour son rhume.

Cela est d’autant plus vrai que le 20 janvier, il perdra l’immunité présidentielle qui le protégeait, depuis quatre ans, des poursuites criminelles. Or, plus d’un procureur pourrait l’attendre au détour avec des accusations allant de l’inconduite sexuelle à l’appel à l’insurrection, en passant par la pression exercée sur des responsables électoraux afin qu’ils commettent de la fraude électorale le favorisant. 

Cela dit, des considérations sociales et politiques pourraient freiner les ardeurs des procureurs plus zélés — la crainte, par exemple, de fracturer encore davantage le pays avec des images d’un ex-président traîné derrière les barreaux. Et puis, même après les récents événements, Trump continue d’être appuyé par une majorité de l’électorat républicain. Bien malin celui qui pourrait prédire exactement ce que Trump voudra — et pourra — faire une fois parti de la Maison-Blanche. Et à quel point son départ stabilisera — ou non — un climat national extrêmement volatil. 

2- Que fera le Parti républicain ?

Liée de façon intime à la première question, celle-ci est encore plus complexe. 

Le Parti républicain est pris depuis maintenant près de cinq ans dans un sérieux dilemme : être mené par un leader extrêmement controversé, ou risquer de s’aliéner une part très importante de l’électorat en le rejetant. En 2021, les tensions internes autour de cette question cruciale s’annoncent plus vives que jamais. 

Ces tensions seront d’autant plus fortes qu’elles ne tournent pas simplement autour de la personnalité de Donald Trump — elles sont également idéologiques et culturelles. Quoi qu’il fasse avec Trump, le parti veut-il garder son approche plus populiste, protectionniste et nationaliste ? Veut-il plutôt retourner à l’ère Bush de libre-échange tous azimuts et d’interventionnisme militaire à l’étranger ? Veut-il se concentrer sur une base électorale plus « travailliste », qui l’aide dans des États historiquement industriels comme l’Ohio et la Pennsylvanie, ou vise-t-il la reconquête des banlieues cossues, autour des villes comme Phoenix et Atlanta, qui ont tourné le dos au parti à l’ère Trump ? 

3- Comment Joe Biden gouvernera-t-il ? 

Plus que tout autre candidat (et ce, dès le début des primaires démocrates en 2020), Joe Biden a fait de la réunification du pays son tout premier engagement de campagne. Et plus que tous ses adversaires, il était bien placé pour faire cette promesse, puisqu’il compte des décennies de réalisations et d’amitiés avec les élus des deux partis à Washington. 

Or, avec les deux chambres du nouveau Congrès à parité historique — la Chambre des représentants est constituée de 222 démocrates et de 212 républicains, alors que le Sénat est scindé parfaitement à 50-50 —, deux pistes s’offrent à Biden. La première : suivre l’aile plus à gauche de son parti, qui a largement gagné en influence dans les dernières années, et tenter de faire passer des mesures partisanes de justesse avec des votes provenant presque exclusivement des démocrates. La seconde : tendre une vraie perche aux républicains. 

Le président désigné est déjà engagé dans cette deuxième voie pour ce qui est de la forme, utilisant fréquemment des termes rassembleurs. Reste à voir s’il le fera aussi sur le fond — et s’il trouvera alors un parti adverse prêt à collaborer de bonne foi avec lui. 

4- Quand les États-Unis sortiront-ils de la pandémie ?

Les problèmes de vaccination aux États-Unis sont, jusqu’à présent, souvent moins une affaire d’offre (comme cela semble être le cas de ce côté-ci de la frontière) que de demande. En effet, la grande majorité des doses distribuées n’ont pas encore été administrées. Oui, il peut y avoir des enjeux de gestion — mais il y a aussi la très nette question du refus de se faire vacciner. 

On rapportait à la fin du mois dernier qu’à Los Angeles, épicentre actuel de l’épidémie aux États-Unis, de 20 % à 40 % des employés du domaine de la santé refusaient le vaccin. Dans d’autres États comme l’Ohio, c’est la majorité des employés des résidences pour personnes âgées qui les imitaient. À New York, on a annoncé avoir carrément jeté des doses à la poubelle puisqu’on peinait à trouver des patients qui à la fois remplissaient les critères d’admissibilité prioritaire et voulaient s’en prévaloir. 

De nombreux États — incluant certains des plus populeux, comme la Floride et le Texas — ont mis de côté la grande majorité de leurs restrictions sanitaires dans les derniers mois et ne démontrent aucune volonté d’y revenir. Et plus l’année avancera, plus il deviendra difficile pour bon nombre de territoires de maintenir celles déjà en place. 

La question de la réouverture de la frontière avec le Canada demeure entière — surtout si l’on considère que, même près d’un an après sa fermeture, aucun critère précis pour arriver à une décision en ce sens n’a été annoncé par les gouvernements américain ou canadien. 

5- Que feront les États-Unis avec la Chine ?

Quelle approche adoptera la nouvelle administration envers le pays où est née la pandémie qui a envahi le globe depuis le printemps dernier ? Lorsqu’il était sénateur puis en tant que vice-président, Joe Biden avait une attitude conciliante avec la Chine. Il a toutefois durci le ton au cours de la campagne présidentielle.

Or, à l’ère du coronavirus et de tensions économiques et géopolitiques croissantes, la pression sera forte pour ne pas être vu comme trop « mou » à l’endroit de Pékin. La campagne Biden a télégraphié la fin des tarifs douaniers qui ont marqué le conflit commercial entre les deux plus grosses économies du monde. 

Au-delà de cela, toutefois, le flou demeure presque entier — alors que les implications pour le reste de la planète, compte tenu du poids de ces deux acteurs, sont gigantesques.