Les républicains acceptent de plus en plus la défaite, mais pas en public

Malgré les chuchotements en coulisses, rien n’a encore été fait pour pousser Donald Trump vers la sortie.

WASHINGTON — Lorsque Kamala Harris est revenue au Sénat cette semaine pour la première fois en tant que vice-présidente élue, ses collègues républicains ont offert leurs félicitations.

C’est un signe que de nombreux républicains ont reconnu en privé ce qu’ils refusent de dire ouvertement: le démocrate Joe Biden et Mme Harris ont remporté les élections et prendront le pouvoir en janvier.

Le silence des républicains sur la réalité de la victoire de Joe Biden équivaut à une approbation tacite des allégations sans fondement de Donald Trump sur la fraude électorale. Cela a des répercussions importantes, retardant la transition pendant une pandémie, semant le doute dans l’opinion publique et mettant en danger la capacité de Joe Biden à diriger une partie du pays qui pourrait remettre en question sa légitimité.

«Les conséquences dans le monde réel sont périlleuses», a indiqué Eddie Glaude, directeur du Département d’études afro-américaines de l’Université de Princeton.

«Les implications à long terme solidifient le doute sur l’élection et ce que cela signifie pour le corps politique. Cela pourrait amener la moitié du pays non seulement à se méfier profondément du processus démocratique, mais aussi à être activement hostile à son égard. Il devient difficile d’imaginer comment nous irons de l’avant.»

Les républicains clôturent l’ère Trump de la manière dont ils l’ont commencée: en se joignant au président pour briser les normes et semer l’incertitude dans les institutions. Mais leurs efforts pour maintenir une image publique de soutien au président ont commencé à se détériorer mercredi.

Les chuchotements dans les coulisses sur la futilité du combat juridique de Donald Trump sont devenus plus forts lorsque l’avocat du président, Rudy Giuliani, est apparu dans une salle d’audience de la Pennsylvanie pour mettre de l’avant des allégations non fondées de fraude électorale afin d’annuler les résultats des élections. Interrogé sur l’affaire, le sénateur républicain Pat Toomey a déclaré: «Permettez-moi de dire simplement que je ne pense pas qu’ils aient de solides arguments.»

Et lorsque le chef de cabinet de la Maison Blanche, Mark Meadows, a rendu visite aux républicains du Sénat, il les a encouragés à «tirer le meilleur parti» de leur temps restant avec Donald Trump, selon deux sénateurs.

Le sénateur texan John Cornyn a déclaré que le message de M. Meadows était «essentiellement qu’il nous restait environ 45 jours au mandat du président». M. Meadows leur a dit que l’administration voulait s’assurer que les sénateurs lui fassent signe s’ils «avaient des idées de choses que la Maison-Blanche pourrait et devrait faire pendant cette période».

Mais même là, il restait une lueur de déni.

«Mais je dois être honnête avec vous, il a dit: « Que ce soit 45 jours ou 4 ans et 45 jours »», a ajouté M. Cornyn

Malgré les admissions privées, aucun effort public n’a été fait pour pousser Donald Trump vers la sortie.

Le président Trump a refusé de concéder la victoire à son adversaire et il intente des procédures judiciaires dans plusieurs États, mais il n’y a eu aucune indication ou preuve d’irrégularités électorales ou de fraude généralisée lors de l’élection. La dirigeante de l’Administration des services généraux nommée par Donald Trump a retardé le début officiel de la transition de Joe Biden à la Maison-Blanche, ralentissant la capacité de la nouvelle administration à se préparer à faire face à une pandémie qui a déjà tué 250 000 Américains.

Le refus de M. Trump d’accepter les résultats signifie que les conflits électoraux pourraient s’éterniser pendant des semaines alors que les États certifient leurs résultats ou repousser les procédures jusqu’à la mi-décembre, lorsque le collège électoral doit voter.

Un sondage de l’Université de Monmouth publié mercredi a démontré que si 95 % des démocrates pensent que l’élection était «juste et honnête», seuls 18 % des républicains ont la même opinion. De plus, 70% des électeurs républicains croient qu’une certaine fraude électorale a eu lieu.

Un sentiment de paralysie s’est installé à la Maison-Blanche.

L’aile ouest est déserte, alors des membres du personnel sont en isolement après des expositions à la COVID-19 et que d’autres sont à la recherche active de nouveaux emplois. Le président est resté dans le bureau ovale jusque tard dans la nuit, mais il est resté hors de la vue du public. Il a continué d’écrire sur Twitter des affirmations sans fondement, tout en renonçant largement à gouverner et en ne répondant pas à une seule question des journalistes depuis le jour du scrutin.

Les républicains ont déclaré en privé qu’ils ne pouvaient pas faire grand-chose à part attendre pour donner au président le temps et l’espace dont il a besoin pour prendre conscience lui-même des résultats. Le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, perçu par certains républicains comme le seul homme qui pourrait exhorter Donald Trump à coopérer à la transition de Joe Biden, a plutôt soutenu fermement le président.

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