Matthew McConaughey en politique : place au Dallas Voters Club ?

Il ne faut pas négliger les chances de l’acteur. D’autres vedettes du petit et du grand écran — Reagan, Schwarzenegger, Trump — ont eu du succès bien avant lui. 

Matthew McConaughey / Facebook ; Getty images

La politique, veut l’adage, est le showbiz des nerds et des gens laids. Or, elle pourrait attirer un candidat cool et reconnu pour sa beauté… issu du vrai monde des célébrités : l’acteur Matthew McConaughey, qui songe à briguer le poste de gouverneur du Texas dans le cadre des élections de 2022.

Et il serait parfaitement concevable qu’il soit élu.

Un long flirt

McConaughey, dont la carrière a connu un extraordinaire second souffle dans la dernière décennie notamment grâce à la série primée True Detective et à sa performance oscarisée dans le film Dallas Buyers Club, alimente les rumeurs depuis un certain temps. Celles-ci avaient beaucoup circulé à l’été et l’automne derniers, sans être niées par le principal intéressé. 

« La politique me semble brisée actuellement. Quand elle va se redéfinir, je pourrais avoir drôlement plus envie [de me présenter] », a-t-il déclaré deux semaines après l’élection presque traumatique de novembre 2020. 

Puis, plus rien… jusqu’au mois dernier, lorsque McConaughey a affirmé clairement, pour la première fois, qu’une campagne était « réellement envisagée », avant de donner une entrevue à la télévision nationale américaine sur le sol du Capitole de l’État, à Austin. 

L’onde de choc 

Si l’acteur n’est pas allé plus loin publiquement pour l’instant, quelque chose vient de créer une véritable onde de choc : un nouveau sondage parrainé par le Dallas Morning News et l’Université du Texas… selon lequel McConaughey devancerait largement le gouverneur républicain sortant, Greg Abbott. Si les Texans votaient aujourd’hui, McConaughey récolterait 45 % des voix, contre 33 % pour Abbott. Cet écart de 12 points étonne dans un État ayant élu sept gouverneurs républicains, sans interruption, depuis George W. Bush en 1994. 

Bien sûr, d’importants bémols s’imposent d’emblée. D’une part, les campagnes électorales sont particulièrement longues et ardues aux États-Unis. D’autre part, McConaughey n’a pas encore eu à faire face à des questions difficiles, à défendre le moindre engagement, à répondre à une seule attaque. Cette avance, ancrée au moins en partie dans une affection pour une célébrité très sympathique, pourrait sans doute fondre comme neige au soleil après des semaines et des mois passés dans l’arène politique. 

Un attrait particulier 

Or, l’envers de cette médaille existe aussi : McConaughey, s’il est sérieux et possède un minimum de talent politique, pourrait également avoir un attrait particulier.

Alors que les vedettes hollywoodiennes sont presque toutes reconnues pour leur inclinaison vers la gauche de l’échiquier politique et leur soutien massif au Parti démocrate (outre quelques rares exceptions républicaines comme Clint Eastwood), McConaughey, lui, ne peut pas être dépeint d’emblée comme « un autre gauchiste d’Hollywood ». 

Il est demeuré culturellement très proche de ses racines texanes, professant avec son accent authentique son amour des barbecues et des Longhorns, l’équipe de football de l’Université du Texas. Et surtout, il est, du moins pour l’instant, difficile à étiqueter comme démocrate ou républicain. 

Lors de la cérémonie des Oscars de 2003, qui se déroulait au moment où les États-Unis entamaient leur invasion de l’Irak, chaque célébrité conviée au micro avait exprimé, d’une façon ou d’une autre, son opposition à l’intervention. Le cinéaste Michael Moore, acceptant l’Oscar du meilleur documentaire pour Bowling for Columbine, s’était livré à une charge à fond de train marquante contre le président Bush, le qualifiant de « président fictif ». McConaughey, impassible dans l’assistance, s’était contenté pour sa part de porter en silence une épinglette du drapeau américain.

Dans les années qui ont suivi, McConaughey s’est moult fois présenté comme une voix de modération, cherchant à réduire le schisme entre les deux partis traditionnels. Seulement dans les derniers mois, il a appelé les électeurs républicains, statistiquement plus réfractaires aux mesures sanitaires, à porter le masque contre la COVID–19, avant de condamner la montée d’une culture de la censure au sein des rangs démocrates.

Il est, depuis longtemps et pour plusieurs raisons, extrêmement rare et difficile pour un candidat indépendant, non affilié à l’un des deux grands partis, d’être élu à un poste majeur aux États-Unis. Or, c’est comme candidat indépendant que les sondeurs ont proposé McConaughey. 

Ne pas appartenir à l’une des deux « tribus » — et jouir d’une notoriété et de ressources suffisantes pour ne pas en avoir besoin — pourrait dans les faits constituer un atout important pour McConaughey. Il pourrait, de façon crédible, se présenter comme un rare antidote à l’actuel climat d’extrême polarisation. 

Une partie du travail de politicien, surtout dans l’environnement médiatique contemporain, est de nature « performative ». Acting, performance publique. Que l’on pense, évidemment, à Ronald Reagan, Arnold Schwarzenegger, Donald Trump, Jesse Ventura ou même, dans un sens, Barack Obama, dont la candidature, bien qu’il fût un politicien plus traditionnel, avait un aspect « vedette » indéniable. 

Et une partie du travail de candidat, c’est à la base de s’orienter pour remporter un concours de popularité. À cet égard, Matthew McConaughey commencerait sa campagne dans une position pour le moins enviable. 

Rien de cela, bien sûr, ne garantit que sa candidature se matérialisera, ou qu’elle se traduirait par une victoire s’il devait se lancer. 

Mais l’idée devrait être prise au sérieux. 

Des choses plus étranges se sont produites.

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Cet article mentionne les vedettes de l’écran Reagan, Schwarzenegger, et Trump pour ensuite affirmer: « Alors que les vedettes hollywoodiennes sont presque toutes reconnues pour leur inclinaison vers la gauche de l’échiquier politique et leur soutien massif au Parti démocrate. »
Ay yi. On s’attend de mieux que ça de vous autres….

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Avoir une inclinaison n’est pas se commettre, s’impliquer en se présentant par exemple. Je ne les critique pas. Je serais vraiment mal placé pour le faire…