On l’a vu venir

Les images de siège dont nous avons été témoins le 6 janvier auraient pu être cent fois pires. Et c’est pour ça qu’il faut agir maintenant.

Crédit : L'actualité

Ça allait finir par arriver. À quel moment ça peut être une bonne idée de pomper pendant quatre ans un pan de la société qui se sent rejeté par l’élite politique, de lui injecter une dose sans précédent de mensonges et de théories du complot, le tout pendant une pandémie mondiale à laquelle on ajoute, en guise de cerise, une élection perdue qu’on prétend volée ?

On deviendrait fou avec moins que ça. En supposant que cette frange de la société que l’on a vue s’emparer du Capitole ne l’était pas déjà au départ. Des hooligans. Il y en a dans tous les pays. Ce sont souvent des hommes, rarement reconnus pour la brillance de leurs idées, comme envahir un bâtiment d’une institution démocratique en se prenant en photo avec leur badge de travail autour du cou. On a envie de leur demander : « Vous ne vous reposez jamais, vous ? »

Et ça me sidère de voir à quel point on n’est pas vite pour apprendre à les contenir. Ce n’est pas facile d’agir contre ceux qui ont de très mauvaises idées et de très mauvais comportements, ceux qui ne savent pas réfléchir ou qui ont l’impulsivité d’un enfant de trois ans un soir d’Halloween, parce que le chaos est plutôt imprévisible. En témoigne notre gouvernement qui se bute à une frange de la société qui ne veut tout simplement pas comprendre les mesures sanitaires.

Ce que l’on peut prévoir, par contre, c’est que certains vents souffleront sur la braise. En un sens, nous sommes chanceux jusqu’à maintenant. Certes, cette pandémie est catastrophique et la réponse de Trump à la COVID-19 n’a aidé en rien, mais il n’en reste pas moins que les images de siège dont nous avons été témoins le 6 janvier auraient pu être cent fois pires. Et c’est pour ça qu’il faut agir maintenant.

Il faut comprendre, arrêter de se mettre la tête dans le sable et prendre conscience des dangers réels qui érodent nos démocraties. Parmi ceux-ci : la part de responsabilité des médias et des réseaux sociaux qui, chaque jour, contribuent à normaliser les faussetés, les appels à la violence, et qui tolèrent que des organisations haineuses et mensongères prolifèrent.

Que fait YouTube ? Que feront Facebook et Twitter après avoir coupé le micro à Donald Trump ? Si on est capable de s’attaquer politiquement à Pornhub, je ne peux pas croire qu’on n’est pas capable de comprendre en quoi ces plateformes de communication ultrapuissantes et dévastatrices pour les faits, l’information scientifique et la démocratie sont des bombes à retardement. On en a eu une première preuve concrète : des gens vivant dans une réalité parallèle, qui ne croient plus du tout à l’information basée sur des sources rigoureuses, ont juste sauté la barrière. C’est arrivé très près de chez nous, nous ne sommes absolument pas à l’abri de ce phénomène au Canada. Les réseaux sociaux peuvent être de dangereux outils de propagande, il est urgent de se le dire et de les traiter ainsi.

Ah oui, et bonne année. 

Les commentaires sont fermés.

Encore une bonne chronique de Léa Stréliski. Je suis tout à fait d’accord lorsqu’elle écrit : « Les réseaux sociaux peuvent être de dangereux outils de propagande, il est urgent de se le dire et de les traiter ainsi. » Je préciserais seulement que non seulement les réseaux sociaux peuvent être de dangereux outils, mais qu’ils le sont déjà.

Léa S. vit chez les bisounours avec des politiciens honnêtes et droits qui ne mentent jamais pour préserver les intérêts d’une petite minorité d’accapareurs qui spolientt la quasi totalité du corps social 😂

Je voudrais préciser que ce ne sont pas que des hommes qui ont envahi le Capitole, des femmes également dont au moins une dans la pleine force de l’âge qui a succombé à ses blessures lors de l’assaut. Avec elle trois autres assaillants ont perdu la vie. À cela s’ajoute un homme membre des forces de l’ordre, qui a aussi péri en accomplissant son devoir.

Hélas, on pouvait craindre des débordements de la part des partisans de Donald Trump qui prétendent que les responsables de cette attaque sont en fait des « gauchistes » infiltrés. Les Trumpistes évidemment sont plus blancs que neige. Bref, c’est un complot plutôt ourdi par les démocrates dont l’agenda « à peine caché » est d’instaurer le communisme à la grandeur de l’Amérique.

Un communisme qui fatalement débordera sur le Canada. On vous aura prévenu…. Mes jambes en tremblent déjà !

Hélas, quoique le pyromane en chef soit imprévisible. Il était difficile de prévoir que cela irait jusque-là. Considérer comme le fait Léa Stréliski que cela aurait pu être cent fois pire, c’est une litote comme on dit dans un bon français, bref une diminution des faits qui sont assez graves pour envoyer le président encore en fonction directement en prison. Dans ce cas, une nouvelle procédure de destitution serait pleinement justifiée. Puisque cela rompt le mandat présidentiel de protéger la Constitution.

Je ne pense pas que ce soient les réseaux sociaux qu’il faut prendre pour cible. Les principaux défauts reviennent aux usagers. Mettre en place quelque forme de censure n’est pas la panacée universelle. Ce qui selon moi est la principale source du problème, c’est le caractère monopoliste de ces dits réseaux qui moussent leurs profits par l’exploitation du « big data ».

Il existait voici encore 15 ans de plus petits réseaux beaucoup plus conviviaux. Par exemple le navigateur Opera d’origine norvégienne avait le sien. Mais… ils ont dû jeter l’éponge parce que trop coûteux à opérer, renvoyant leurs abonnés vers Facebook ou encore WorldPress.

Pourtant Opera était autrement plus « cool » que Facebook et bon nombre de leurs abonnés, des personnes réelles, modestes, formaient une harmonieuse communauté de toutes nationalités qui offrait du contenu extraordinaire. Sans chercher à faire de l’argent avec… ou l’intention d’atteindre une célébrité de pacotille.

Ce que j’aimerais pour l’avenir, c’est un Internet festif dans lequel les gens se montrent tels qu’ils sont. Non comme des animaux de labos qui cultivent pour le nombre de « clics » quelques formes illusoires d’acquisition de richesse et de reconnaissance publique.

« Les réseaux sociaux peuvent être de dangereux outils de propagande, il est urgent de se le dire et de les traiter ainsi »

Si les réseaux sociaux peuvent être – éventuellement – de dangereux outils de propagande (ce qui me semble difficile vu que la pluralité y est – ou y était ! – totale) , les journaux le sont, eux, à coup sûr. Et – les Français, du moins – s’en sont rendu compte et les ont traités de la façon la plus saine qui soit: ils ne les achètent tout simplement plus. Du coup, ces organes de propagande sont de plus en plus subventionnés par l’Etat ce qui fait de la France probablement le seul pays où les contribuables payent contre leur gré pour se faire décérébrer…
Les réseaux sociaux ont ceci de démocratique qu’ils mettent parfois en lumière des faits que les journaux établis ont volontairement passés sous silence, forçant ceux-ci à traiter ces faits a posteriori. Et à contre-coeur. Le Système, qui n’a pourtant que le mot démocratie à la bouche, ne déteste rien davantage qu’on le court-circuite pour mettre en oeuvre la démocratie véritable, il doit avoir la haute main sur la démocratie, la démocratie à lui, celle qu’il vous consent.

Les médias sociaux sont les haut-parleurs de la société et reflètent les préoccupations des gens. Ce sont les gens derrière le message qui sont dangereux, pas le vecteur lui-même et la censure a toujours une mauvaise odeur.

D’abord, il ne faut surtout pas minimiser ce qui s’est passé au Capitole car 5 personnes ont été tuées et les dommages sont considérables malgré les images présentées dans les médias. C’est une véritable tentative de coup d’état que le président Trump a déclenché pour s’accrocher au pouvoir et il croyait que ça pouvait marcher. Il n’est pas encore parti de la Maison Blanche, alors on va se garder une petite gêne avant de faire des prédictions.

Il faut aussi dire que cette vague de mécontentement qui affecte environ la moitié des Américains provient aussi du fait que les politiciens sont connus pour mentir. Alors, c’est facile de fabriquer des « fake news » car le mensonge est la marque de commerce des politiciens d’aujourd’hui. Même ici, au Canada, on nous ment à tour de bras avec des fausses promesses à la Trudeau ou encore des mensonges à la SNC Lavalin où une ministre qui se tient debout face à la corruption du parti est dégommée de son poste de ministre de la Justice et finalement expulsée du parti.

Cette histoire se répète de génération en génération et on a souvent vu les mécontents se liguer pour renverser un gouvernement et changer les choses, quelques fois pour le mieux, souvent pour pire. Les nazis ont profité de la crise à laquelle l’Allemagne faisait face après la Grande Guerre pour miner la démocratie et se servir de la propagande pour répandre les « fake news » à la Goebbels. L’histoire montre que ça fonctionne souvent et les gens qui ont pris d’assaut le Capitole le savaient.

Oui, on l’a vu venir et il faut aussi comprendre qu’on est pas sorti du bois.

Dr Guillaume Dulude, neuropsychologue, a très bien vulgarisé (dans une émission – Deux filles le matin, du 11 jan.) l’Esprit et la personnalité de ces gens adeptes des théories complotistes pour qui veut comprendre.