Oui, Bernie Sanders peut gagner

S’il arrive à se tailler une place sur le bulletin de vote présidentiel, Sanders pourrait se présenter comme celui qui lutte contre les élites et qui ne peut être acheté par les intérêts financiers. Et il pourrait revendiquer une partie de l’attrait populiste de Trump.

Photo : Pablo Martinez Monsivais / AP Photo

À la suite de la victoire du sénateur Bernie Sanders lors de la primaire du New Hampshire, qui suit sa quasi-victoire lors des caucus de l’Iowa la semaine précédente, plusieurs semblent tentés de minimiser les succès de Sanders. Jamais, au grand jamais, les grands bonzes du Parti démocrate ne laisseraient-ils le soi-disant socialiste septuagénaire du Vermont s’emparer de l’investiture du parti ? 

Et, si quelque chose d’aussi improbable devait se produire, Donald Trump pourrait automatiquement signer un nouveau bail de quatre ans à la Maison-Blanche, sa réélection étant assurée. Jamais, au grand jamais, Bernie Sanders ne pourrait-il remporter une élection générale ?

Cette optique est non seulement simpliste — elle est erronée.

Il peut remporter l’investiture démocrate

Tout d’abord, les atouts de Sanders dans la course démocrate ne sont pas à négliger. Il possède un noyau dur d’électeurs plus important que quiconque. L’envers de cette médaille est évident : Sanders semble éprouver une certaine difficulté à élargir sa coalition et son électorat déjà convaincu. Avec autant de candidats encore en lice, toutefois, il s’agit d’une dynamique pouvant être plus bénéfique que problématique pour Sanders.

Gardons toujours en tête que le but ultime des primaires est d’aller chercher une majorité de délégués étant attribués proportionnellement, en fonction des résultats du vote populaire, dans chaque État. Gardons également en tête la règle instaurée par le Parti démocrate selon laquelle tout candidat doit atteindre un seuil minimal de 15 % du vote populaire dans toute juridiction afin d’être éligible pour obtenir des délégués. Autrement dit, l’allocation de déléguées est limitée aux candidats remportant 15 % du vote ou plus.

La base de Sanders est assez solide pour qu’il puisse actuellement espérer atteindre le seuil des 15 % dans pratiquement tous les États — ce qui n’est le cas de pratiquement aucun autre candidat. Autrement dit, les États où Sanders serait blanchi ne s’annoncent pas nombreux. Il peut espérer accumuler des délégués presque partout. 

Puis, même en remportant un État avec un pourcentage du vote relativement faible — par exemple au New Hampshire, où il a terminé premier avec un peu plus du quart des voix — le pourcentage de délégués remportés pourrait être nettement plus élevé. Prenons un scénario, entièrement plausible, dans lequel Sanders remporte 30 % dans un État ; son plus proche rival remporte 20 % ; et tous les autres sont à moins de 15 %. Dans ce scénario, seuls les deux premiers candidats se qualifient pour obtenir des délégués ; et Sanders obtient 60 % des délégués en jeu. 

Il est facile, dans ce contexte, de le voir bâtir une avance au chapitre des délégués en vue de la convention nationale du parti, ayant lieu en juillet. Et s’il devait arriver à la convention premier, même sans avoir une majorité absolue de délégués, le risque pour l’unité du parti de ne pas remettre l’investiture à Sanders serait gigantesque. 

Il peut remporter la présidence

Si Sanders devait émerger comme le candidat investi du Parti démocrate, il arriverait dans une élection générale avec des vulnérabilités béantes. Longtemps le seul des 535 élus du Congrès américain à se définir comme socialiste, il défend des positions qui constitueraient des cibles pour le moins juteuses pour Donald Trump, de sa proposition d’abolir toute forme d’assurance maladie privée aux États-Unis à celle de protéger le droit de vote de terroristes comme le poseur de bombes du marathon de Boston. Le passé personnel tout aussi exotique de Sanders, incluant sa lune de miel passée en Union soviétique à l’ère de la Guerre froide, risquerait d’être un boulet pour le candidat et le reste du parti. 

Cela dit, Sanders arriverait également avec des avantages possédés par peu d’autres aspirants : il pourrait se présenter, de façon crédible, comme un candidat luttant contre les élites et ne pouvant être acheté par les intérêts financiers, poussé par une quantité record de dons d’ordinaires citoyens. Une partie de l’attrait populiste de Trump pourrait également être revendiquée par Sanders. 

Puis, ne perdons jamais de vue le fait que les élections dans lesquelles un président sortant figure sur les bulletins de vote servent foncièrement de référendum sur la performance du président en question. Autrement dit, même si Sanders n’est pas le candidat le plus solide pour les démocrates à opposer à Trump, si la popularité de ce dernier souffre le jour du scrutin, il risque presque assurément d’être vulnérable.  

Oui, une telle tournure des événements serait remarquable ; non, elle n’est pas assurée de se produire. Mais au final, n’a-t-on rien appris de l’élection de 2016 ? L’ordre des choses peut parfois changer. 

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6 commentaires
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Ça, est-ce que c’est la même personne qui avait juré qu’il était impossible pour Trump de devenir Président des USA à la veille des élections en 2016 https://journalmetro.com/actualites/montreal/1048040/jaurais-du-dire-a-moins-quil-y-ait-lequivalent-dune-bombe-nucleaire-politique-cest-clinton-qui-va-gagner/? Sanders et l’investiture démocrate, Sanders et le vote populaire, ça passe toujours, mais le socialiste Sanders gagner le Collège électoral contre Trump …. faut en fumer du bon pour croire ça!

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Disons que l’arithmétique électorale est toujours amusante. Comme l’écrit Rafael Jacob : « Oui, une telle tournure des événements serait remarquable ; non, elle n’est pas assurée de se produire. » Voilà qui est indiscutable.

Comme j’ai toujours eu Bernie Sanders à la bonne. Je serais bien content que cela se produise. Mais après va commencer la vraie campagne. Et disons-le, Donald Trump est un « dur-à-cuire ».

L’arithmétique a coûté la défaite à bien des candidats à la présidence ou encore la défaite de présidents sortants. En 2000, Al Gore aurait dû devenir président, à cause de la Floride dont une couple de fraudes imputables aux Républicains, cela n’a pas marché.

En 1960, un certain Richard Nixon était très fâché d’avoir été battu sur le « fil du rasoir » par un certain John F. Kennedy. Si Richard Nixon l’avait emporté (lui estimait qu’on lui avait volé son élection), c’est peut-être la face du monde qui aurait changé.

Après sa défaite de 2016, Hillary Clinton n’a jamais manqué une occasion de rappeler qu’elle était majoritaire en voix mais… elle s’est faite doubler dans plusieurs États et non historiquement le moindre : la Pennsylvanie. Sans oublier le Michigan qui pourtant lui était selon les sondages acquis à une semaine du vote, alors qu’Obama l’avait emporté brillamment en 2008 et 2012.

Il faut attendre encore quelques semaines avant de savoir s’il y a une tendance. Un président des États-Unis socialiste marquerait sans doute le cours du temps. — Tiens ! Je pourrais même considérer une demande légale d’immigration….

En attendant, bonne chance au sénateur du Vermont.

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