Présidentielle américaine de 2020 : référendum ou choix ?

Contrairement aux élections de 2016, où Barack Obama ne figurait pas sur les bulletins de vote, le nom du président sortant, Donald Trump, sera parmi les choix offerts aux électeurs en 2020. Une situation qui influence fortement l’allure de la prochaine campagne présidentielle, selon Rafael Jacob.

Photo : Associated Press

La campagne présidentielle de 2020 étant encore très jeune, nul ne peut évidemment prédire son résultat, ou même son contour précis. Cela dit, certaines bases peuvent être lancées d’emblée pour mieux comprendre le contexte dans lequel elle s’opérera.

D’abord et avant tout, il s’agira d’une campagne de réélection. Contrairement à 2016 où, en raison du 22e amendement de la constitution, Barack Obama ne pouvait solliciter un nouveau mandat, le président sortant, Donald Trump, figurera cette fois-ci sur les bulletins de vote. À cet effet, il est pertinent de se replonger dans la dernière campagne de la sorte — celle de 2012 opposant Obama à son adversaire républicain, Mitt Romney.

Un débat avait alors fait rage dans les médias américains à savoir si l’élection s’agirait d’un « référendum » ou d’un « choix ». En 2012, les partisans de Mitt Romney avançaient qu’une campagne de réélection constituait foncièrement une façon d’évaluer et de rendre un verdict sur la présidence en cours. Dans la liste des présidents américains à ce stade-là de leur présidence, la popularité d’Obama figurait alors à l’échelon le plus bas. La moyenne de son taux d’approbation au cours de son premier mandat oscillait autour des 47%, le plaçant au quatrième rang à partir du bas depuis la Seconde Guerre mondiale, après Harry Truman, Gerald Ford et Jimmy Carter. Ces deux derniers avaient été battus lorsqu’ils avaient sollicité un nouveau mandat. En fait, aucun président des temps modernes avec un tel taux d’approbation n’avait déjà été réélu. Comme l’avait déclaré l’acteur et cinéaste Clint Eastwood à la Convention nationale républicaine de 2012 à Tampa, « lorsque quelqu’un n’a pas fait le travail, vous devez le remercier ». Là était le cœur de l’argument.

Face à cet argument, les partisans d’Obama répondaient que le président n’apparaissait pas seul sur les bulletins de vote. On ne demandait pas aux électeurs s’ils voulaient réélire ou non Obama — on leur demandait de choisir qui, d’Obama ou Romney, ils préféraient voir diriger le pays pour les quatre prochaines années. Le président avait peut-être un bilan incomplet, peut-être un bilan imparfait, mais face à Romney, il demeurait la meilleure option. Tout au long de l’année de sa réélection, son taux d’approbation se déplaçait entre 45% et 50%. Aucun président des temps modernes avec un tel taux d’approbation n’avait déjà été battu. Et pour la majeure partie de l’année, une pluralité d’Américains disait avoir une opinion négative de Romney.

Le scrutin de 2012 offrait donc un cas unique de tester ces deux théories opposées. D’un côté, Obama était juste assez impopulaire pour espérer pouvoir le battre, peu importe l’alternative. De l’autre, il était juste assez populaire pour espérer pouvoir être réélu en disqualifiant sa compétition.

L’ironie ultime est que sur le fond, c’est l’argument des partisans de Romney qui semble avoir eu le dessus. Le problème, pour eux, est que rendu au jour du scrutin, le taux d’approbation de Barack Obama, selon l’agrégation des sondages effectuée, s’était haussé… à 50,1%. Le 6 novembre 2012, Obama gagna exactement 51% du vote populaire, face à 47% pour Romney — et l’emporta par le fait même au Collège électoral.

Ce faisant, Obama s’inscrit dans une longue ligne de présidents sortants obtenant un score électoral très, voire extrêmement similaires à leur taux d’approbation.

En ce sens, la leçon historique semble assez claire : les campagnes de réélection servent foncièrement de référendum sur le président en fonction.

Quelles en sont donc les implications pour 2020 ? Premièrement, qu’il serait surprenant, compte tenu de son taux d’approbation extraordinairement stable se maintenant entre les 41 et les 45%, que Donald Trump reçoive un score au vote populaire bien en deçà des 40%, ou bien au-dessus des 50%, s’il parvient même à l’atteindre.

Peut-il espérer être reconduit à la Maison-Blanche dans un tel scénario ? Oui — avec deux conditions principales :

Maximiser son taux d’approbation.

À des fins électorales, la différence peut s’avérer gigantesque entre 44 et 48% — elle peut, en fait, constituer la différence entre victoire et défaite. Donald Trump a réussi en 2016 l’exploit de remporter plus de 300 grands électeurs au Collège électoral avec à peine 46% du vote populaire — 2% de moins que son adversaire, Hillary Clinton. Or, toutes autres choses étant égales, puisque sa marge dans les trois États (le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin) lui ayant conféré sa victoire électorale était de moins de 1%, il est raisonnable d’arguer que s’il a pu se faufiler à 46%, il n’en n’aurait pas fait autant à 45%. Dans un contexte aussi serré, chaque point de plus ou de moins à son taux d’approbation compte.

Espérer que les Démocrates répètent l’erreur de 2016.

En 2016, le cadeau le plus extraordinaire fait à un Parti républicain dépassé par l’ascension de Donald Trump est provenu du Parti démocrate, qui a sélectionné littéralement la seule candidate, en l’occurrence Hillary Clinton, dont l’impopularité accotait celle de Trump. La campagne de 2020 a beau agir de prime abord comme référendum sur Trump, le fait de se doter d’un candidat ou d’une candidate toxique pourrait être lourd de conséquences. Il pourrait ajouter quelques points à Trump venant d’électeurs se bouchant le nez en votant pour le président sortant parce que l’alternative est tout simplement inacceptable à leurs yeux, ou tout simplement en demeurant à la maison.

Il pourrait par ailleurs favoriser la montée de tiers partis, aussi mineurs soient-ils, enlevant des voix qui normalement seraient revenues aux démocrates. N’oublions jamais que l’élection de 2016, avec ses deux candidats majeurs historiquement impopulaires, était la première depuis celle de 2000 avec la présence trouble-fête du candidat indépendant Ralph Nader, où personne n’obtint une majorité du vote populaire. En 2016, le Parti libertarien obtint les meilleurs résultats de son histoire, avec plus de 3% du vote à l’échelle nationale. Et dans les trois États finalement décisifs (Michigan, Pennsylvanie, Wisconsin), la marge de victoire de Trump face à Clinton était inférieure que le total des voix récoltées par la candidate du Parti vert, Jill Stein. Non pas sans quelque peu rappeler Obama avant lui, Trump demeure assez impopulaire pour être battu, mais assez populaire pour être réélu. Même dans un contexte d’élection fondamentalement référendaire, le choix de candidature des démocrates pèsera dans cette balance.

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