Que donnerait un deuxième mandat de Trump ?

Sans programme réel et risquant d’affronter un Congrès et un Sénat à majorité démocrate, le président aurait un pouvoir de nuisance très limité.

Photo : Susan Walsh / AP Photo

Alors que s’amorce la Convention républicaine de 2020, le Parti républicain est visiblement plus uni et rangé derrière Trump qu’il y a quatre ans — et ce, même si le principal intéressé est en plus mauvaise posture qu’il l’était à pareil stade en 2016. Le retard important et persistant qu’accuse Trump face à son rival Joe Biden n’en fait pas nécessairement un président battu d’avance, mais en fait à tout le moins le grand négligé de sa campagne de réélection.

Une remontée est-elle pour autant impossible ? En principe, non. Il n’est pas dit que le pays ne rebondira pas face aux multiples crises — sanitaire, économique, sociale — qui l’affligent depuis les derniers mois juste à temps pour que le président en récolte en partie le crédit, ou encore qu’un choc inattendu ne viendra pas brouiller les cartes d’ici au 3 novembre.

Si Donald Trump devait à nouveau créer la surprise, quel impact aurait son deuxième mandat ?

La continuité dans le chaos

On pouvait se demander en 2016 si Donald Trump deviendrait plus « présidentiel » une fois élu ; la réponse est maintenant évidente pour le monde entier. Comme le modus operandi de sa Maison-Blanche depuis les quatre dernières années a souvent semblé être le chaos, il n’y a aucune raison de croire que le prochain mandat sera différent. L’émission de téléréalité qu’est à certains égards la présidence Trump serait simplement reconduite jusqu’en 2025.

Il n’est pas seulement question des « tweets » présidentiels matinaux ici, mais de décisions souvent déconcertantes, prises et annoncées pratiquement en temps réel — la plus récente ronde de tarifs douaniers imposés sur l’aluminium canadien en étant un exemple flagrant. Ce style de gestion oblige les alliés traditionnels des États-Unis, comme le Canada, ainsi que leurs plus importants rivaux, à rester constamment sur la défensive. Qui sait où aboutiraient les conflits commercial et diplomatique avec la Chine ? Les relations avec Vladimir Poutine ? Celles avec l’Iran et la Corée du Nord ? Surtout sur le front international, l’imprévisibilité continuerait à régner.

Cadenassé à la maison

Le pronostic est beaucoup plus clair en matière de politique intérieure : Donald Trump serait considérablement contraint dans ce qu’il pourrait espérer accomplir. Son parti, qui a déjà perdu la majorité à la Chambre des représentants lors des élections de mi-mandat de 2018, serait extrêmement susceptible de la perdre également à celles de 2022, si ce n’est dès cette année. Compte tenu des immenses difficultés qu’a eues Trump à obtenir ce qu’il voulait du Congrès alors que ce dernier était contrôlé par son propre parti, la tâche serait quasiment impossible à réaliser avec un Congrès entièrement sous la coupe des démocrates.

Tant que son parti continuerait à être majoritaire au Sénat, il pourrait continuer à reconfigurer les tribunaux fédéraux avec des nominations de juges conservateurs. Or, si les démocrates prenaient les commandes du Sénat, ces nominations risqueraient de se voir bloquées la plupart du temps. Il en serait presque assurément de même avec toutes les propositions législatives moindrement contentieuses du président. Quand proposition il y aurait, car, pour le moment, on a beau chercher, il est difficile de trouver un programme clair pour un deuxième mandat du président.

En théorie, Trump pourrait enfin s’entendre avec les démocrates sur son vaste plan d’infrastructures promis en 2016 — mais il n’y a aucun signe de réel progrès dans ce dossier depuis presque quatre ans. Bien sûr, le projet d’infrastructure le plus marquant de l’ère Trump — le mur à la frontière mexicano-américaine — pourrait être largement réalisé pendant un second mandat. Mais encore là, cela dépendrait en partie de la volonté des tribunaux qui sont déjà appelés à se prononcer sur le pouvoir légal du président à en financer unilatéralement la construction comme il l’a fait — après que le Mexique, sans grande surprise, eut refusé de payer l’addition.

Somme toute, la plus grande motivation des électeurs républicains devrait être d’empêcher l’arrivée au pouvoir des démocrates et les changements qu’ils veulent apporter, car si on considère ce que le président de leur parti pourrait réellement accomplir au cours d’un second mandat, force est d’admettre que la liste d’épicerie est plutôt courte.

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En tant que journaliste vous devriez vous contenter de donner à vos lecteurs des faits avérés, des informations neutres. Aujourd’hui en France, mais sûrement aussi ailleurs, quasiment tout ce qui est publié l’est en fonction de ce qui est décidé par la direction laquelle répond aux désidératas des financiers
Ce qui rend la lecture des journaux totalement ennuyeuse. Si la presse est en difficulté peut-être serait-il salutaire de se poser les bonnes questions

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Et qu’est-ce qui n’est pas avéré dans cet article?

Oh, je vois, vous êtes de ces personnes « informées »…

Mme Austruy — justement, je ne suis pas journaliste, mais politologue. Mon travail premier pour L’actualité n’est pas de faire du reportage, mais de l’analyse. Je le fais de la façon la plus équitable possible. Libre à vous d’aimer ou non la formule. Au plaisir.

M Monette, vous faites grandement erreur… Rafael Jacob n’est pas un « journaliste ». En tant qu’expert, rattaché à l’Uquam’, il donne son analyse et son opinion, grosse différence! Personnellement, j’aime bien lire et entendre différents points de vue; libre à vous de vous limiter à ceux qui sont de « votre bord ».
Réflexion très juste M Normand.

Suggestion de lecture: « Comment Trump a-t-il changé le monde? » Charles Philippe David et Élizabeth Vallet (Chaire Raoul Dandurand)..
M. Jacob, votre analyse fait abstraction de la cruauté et de l’absence de principes de Donald Trump. Il rêve de couronnement à la Xi Jinping ou bien encore à la Poutine..
Selon son fils « Le népotisme , c’est la vie ». Il ne faut pas sous-estimer le machiavélisme de tout psychopathe narcissique dont la fin justifie les moyens.
Trump n’a rien à son épreuve et c’est à ce scénario de couronnement qu’il s’active écrasant tout sur son passage, fort de l’appui complice de presque la moitié de la population américaine.
Quand encore hier, au Minnesota, des policiers blancs abattaient sauvagement un manifestant noir devant ses enfants, il faut vraiment être dans le déni pour croire que la réélection de Trump, ce ne serait si pire!
Ces quatre années de pouvoir autoritaire ont été néfastes pour les USA et pour le monde entier. La « superpuissance » américaine sous Trump s’est aliénée les pays démocratiques … pour créer, dans son propre intérêt, des alliances avec les dictatures.
Pour reprendre Élizabeth Vallet: « Que Donald Trump gagne ou perde le 3 novembre prochain, attachez-bien vos tuques! ». Il va refuser un résultat perdant.. Fouler aux pieds la constitution c’est devenu un jeu d’enfant pour lui!
Le Canada et le Québec ont déjà souffert de la gouvernance chaotique d’un voisin, lequel, avant l’avènement de Donald Trump, procurait un sentiment de sécurité et de stabilité.
Votre analyse reflète l’inconscience d’une société qui prend la liberté pour acquise…
C’est un appel à résister à l’obscurantisme de notre époque et à abattre les murs de l’ignorance et de l’étroitesse d’esprit qui deviennent urgents. Occulter la menace réelle que représente Donald Trump pour nos démocraties occidentales c’est s’en faire complice.

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Je tends à être plutôt de votre avis. Ce qu’a fait le président Trump n’est pas anodin et son œuvre de destruction de tout ce qu’a fait l’administration Obama pendant 8 ans a fait reculer les ÉU au lieu d’avancer. La Chine et la Russie ont occupé le vide laissé par les ÉU dans bien des régions du monde et le repli de l’empire n’est pas passé inapperçu.

Il faut aussi tenir compte du fait que ce président et son parti vivent dans un monde virtuel, loin de la réalité et que le slogan « Make America Great Again » n’était que de la fumée et que celui de cette élection « Keep America Great » n’est que du vent quand on voit ce géant avoir de plus en plus un pied d’argile et perdre sa crédibilité à l’échelle de la planète. Le texte de M. Jacob me semble se confiner dans la bulle étatsunienne au lieu de regarder le contexte dans lequel se trouve ce pays après presque quatre ans d’administration Trump. Un exemple : le fait que ce président vient de sortir son pays de l’OMS n’est pas anodin, surtout pas en temps de pandémie et surtout compte tenu du nombre d’Américains infectés ou tués par le virus. Un autre quatre ans pour les ÉU à se tirer dans le pied ne sera surtout pas anodin…

N’est-il surprenant que Rafael Jacob analyse le modus operandi de la présidence de Trump comme quatre années de chaos lorsque le président lui-même considérait voici encore quelques jours qu’une présidence avec Joe Biden entraînerait irrévocablement le chaos (mayhem), un désordre généralisé dans toutes villes du pays ?

Existe-il une différence entre la façon dont nous voyons les choses de l’extérieur et les choses telles qu’elles sont en réalité ?

Je ne voudrais pour rien au monde partir une querelle sémantique, mais est-ce que chaos et imprévisibilité sont-ils des synonymes et revêtent-ils le même sens ?

Quant-à-moi qui ne vois les choses que de très loin. Je trouve au fil du temps que ce président surprenant est devenu très prévisible en nombre de points. Qu’il suffit simplement d’apprendre à le décoder. En ce sens, monsieur Trump m’inquiète énormément moins que ceux qui semblent s’inquiéter de ses réactions. Cela signifie essentiellement que pas mal de gens sont plutôt mal dans leur peau, que leur capacité d’apprendre des choses est plutôt limitée.

Ici encore, monsieur Jacob semble vouloir éluder que les principes qui guident la démocratie américaine reposent sur la séparation des pouvoirs : exécutif, législatif, judiciaire. Une chose qui n’existe que très informellement au Canada.

Depuis toujours les présidents doivent « dealer » avec le Congrès. Cela fait partie de la « game » ; un candidat à la présidence qui n’accepterait pas ce jeu, ferait mieux de ne pas se présenter à cette fonction. C’est ce qui fait d’ailleurs que la dictature soit (à moins d’un Coup d’État militaire) très peu probable aux États-Unis.

Ce qui fait que même si Biden l’emporte, il est très improbable qu’il y ait le moindre chaos. Voici une douzaine d’années quand Barack Obama était encore simple candidat, j’écrivais alors mes commentaires dans les défunts Carnets de Radio-Canada, j’avais remarqué les énormes attentes des gens pour ce jeune candidat qui avait tous les talents ; j’estimais alors que ce n’est pas le président qui impose sa vision, c’est plutôt la Constitution qui modèle la démarche présidentielle, considérant que les attentes des uns et des autres devaient être modérées.

Si le 3 novembre prochain, monsieur Trump devait être réélu, ce sera « business as usual » et nous devrions comme Canadiens être capables de « dealer » avec ça. Mieux même, avec Erin O’Toole comme premier ministre, les relations avec Washington pourraient reprendre naturellement en vigueur et en sérénité ce qu’elles ont perdu sous l’égide de Chrystia Freeland et de Justin Trudeau.

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« Business as usual »… Je souhaite que vous ayez raison! Ma capacité d’apprendre des choses est peut être limitée mais une chose est indéniable, Donald Trump ne joue pas « la game » et il est en fonction.. Ses quatre dernières années au pouvoir n’ont fait que dévoiler au grand jour un niveau inégalé de décadence de la société américaine..
Le Républicains, pour déloger les démocrates, ont vendu leur âme à Donald Trump. Le Parti Républicain n’existe plus. La « Convention Trump », le cirque devrait-on dire », auquel on assiste en ce moment en est la plus belle démonstration.
Les Républicains ont refusé la destitution du Président le plus indigne d’occuper ce poste dans l’Histoire américaine. Cela leur prendra de nombreuses années avant de retrouver leur crédibilité d’antan.
Je trouve réducteur de taxer de « capacité d’apprendre limitée et de mal être dans sa peau » l’expression d’une inquiétude face à Trump « partagée par nombre d’analystes de haut niveau » à travers le monde démocratique occidental.