Un 51e État américain 

Si le district de Columbia devient un État, la balance du pouvoir penchera automatiquement du côté des démocrates. Pour que cela se produise, toutefois, il faut l’accord du Sénat.

Mariano Sayno / Getty images / Montage L'actualité

La dernière fois où un État américain s’est joint à l’Union, une voiture neuve coûtait en moyenne un peu plus de 2 000 dollars ; le film Ben-Hur s’apprêtait à balayer la cérémonie des oscars ; et Fidel Castro arrivait au pouvoir à Cuba. 

En 1959, l’Alaska et Hawaï sont devenus, à six mois d’intervalle, respectivement les 49e et 50e États américains.  

Si aucun ne s’est ajouté depuis, cela n’a pas été faute d’efforts : depuis maintenant près d’un demi-siècle, des groupes militent pour faire de Washington DC le 51e État de l’Union. 

Et les astres sont peut-être mieux alignés cette année que jamais auparavant pour voir ce vœu se concrétiser.

Une capitale à part

Parmi toutes les particularités des États-Unis, il y a celle-ci : une capitale nationale constitutionnellement à part du reste du pays. Washington n’appartient ni à un État ni à un territoire. Il s’agit d’un district — le district de Columbia — créé par les pères fondateurs pour que la capitale de la république soit sous l’autorité du Congrès, qui y siège. 

Concrètement, cela signifie que les résidants de Washington sont des citoyens américains, qu’ils paient de l’impôt et qu’ils peuvent voter lors des élections présidentielles. 

Or, puisqu’ils ne font pas partie d’un État, ils n’ont aucune voix véritable au Congrès : aucun membre ayant le droit de vote, que ce soit à la Chambre ou au Sénat. 

Au fil des premières décennies d’existence de la ville, au XIXe siècle, avec la forte croissance qu’elle connaissait, certains de ses habitants ont voulu remédier à la situation, criant à l’injustice. Or, un facteur jouait tristement contre eux : le racisme. L’importante proportion d’Afro-Américains qui peuplent la capitale — ce taux oscille généralement entre le quart et la moitié de la population — faisait craindre à la majorité blanche que davantage de représentation pourrait signifier davantage… de représentation noire. On a ainsi systématiquement bloqué les tentatives de réformes majeures. 

Une question partisane

Aujourd’hui, quoi qu’avancent les défenseurs et les pourfendeurs de l’idée de faire de Washington un État, la question est foncièrement partisane. Et il n’est pas difficile de voir pourquoi : le district de Columbia n’a jamais voté, ou même failli voter, pour un candidat républicain de toute son histoire. Le meilleur score a été obtenu par Richard Nixon en 1972 — il a perdu le district par « seulement » 56 points, 78 % contre 22 %. Depuis 30 ans, pas un seul républicain n’a même dépassé le cap des 10 %. Trump a récolté 4 % en 2016, puis 6 % en 2020. 

Or, devenir un État veut aussi dire se voir attribuer deux sièges au Sénat — en l’occurrence, deux sièges pratiquement acquis au Parti démocrate. En regardant ne serait-ce que la composition partisane actuelle du Sénat — tranché exactement en deux groupes de 50 républicains et 50 démocrates —, le simple fait d’ajouter un État ferait basculer la balance du pouvoir. 

La Chambre des représentants commencera cette semaine l’étude du projet de loi qui ferait de Washington DC un État, et il y sera presque assurément adopté. C’est au Sénat que le tout se jouera ensuite. 

Et c’est là que l’on testera une possibilité évoquée dans cette chronique l’an dernier : l’élimination du filibuster, un outil parlementaire de longue date qui force, en imposant un seuil de 60 voix sur 100 pour faire adopter un projet de loi, un minimum de coopération entre les deux partis. Sans cette obstruction systématique, cette obligation d’aller chercher des appuis républicains, les démocrates pourraient en principe faire passer le projet de loi unilatéralement au Sénat. S’ils n’abolissent pas le filibuster, toutefois, il leur faudra l’aval d’au moins 10 sénateurs républicains pour ce faire — ce qui est carrément impensable.  

En 1959, au moment de leur adhésion à l’Union, plusieurs s’attendaient à ce que l’Alaska soit un État démocrate et Hawaï un État républicain — et qu’ils s’« équilibrent ». L’histoire ayant parfois un certain sens de l’humour, c’est ce qui est arrivé — mais à l’inverse ! L’Alaska n’a pas appuyé un seul candidat démocrate depuis 1964 ; Hawaï, pas un seul candidat républicain depuis 1984. 

En 2021, personne ne peut se faire d’illusions : ce 51e État constituerait indéniablement un bastion démocrate. Et l’admettre au sein de l’Union voudrait dire beaucoup plus qu’ajouter une petite étoile sur le drapeau américain.

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Je crois qu’il y a peu de chances que Washington devienne un État. Cela irait contre l’esprit de la constitution américaine.

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