« Une Amérique armée est une Amérique en sécurité »

Aux États-Unis, on assiste à une explosion des ventes d’armes à feu. Les élections, mais aussi les tensions interraciales et la pandémie, expliquent cette tendance inédite.

Les ventes d’armes et de munitions sont en forte hausse chez Old West Gun Room, un magasin de la banlieue de San Francisco (Photo : Cécile Gregoriades)

Après les violentes manifestations du printemps et de l’été aux États-Unis, la poussière semble être retombée et, en apparence, la vie reprend timidement ses droits. Sous ce vernis de normalité, cependant, la tension est toujours à son comble à moins de quatre semaines des élections présidentielles. Une tendance traduit très bien ce climat : depuis quelques mois, les ventes d’armes atteignent des sommets. Selon le FBI, près de 29 millions de demandes de vérification de casier judiciaire en vue de l’obtention d’une arme ont été déposées entre janvier et septembre. L’année n’est pas terminée et ce chiffre dépasse déjà celui du précédent record atteint en 2016, autre année électorale. 

En banlieue de San Francisco, qui n’est pourtant pas un bastion pro-armes, Robert Weaver, propriétaire du Old West Gun Room, un magasin d’armes à feu d’El Cerrito, confirme cet engouement. Son armurerie est sombre et poussiéreuse. Des armes de poing sont exposées sur tous les murs et dans les nombreuses vitrines. Old West Gun Room, qui a pignon sur rue depuis plus de 60 ans, est l’un des rares commerces où l’on peut encore acheter des armes dans la région. La dernière armurerie de San Francisco a fermé ses portes en 2015, victime des lois très restrictives imposées par la Ville.

Après avoir répondu à quelques-unes de mes questions, Robert Weaver préfère couper court : « Je ne parle pas à la presse. » Contactés par téléphone, les gérants d’autres magasins d’armes de la région, au nombre d’une petite dizaine, font preuve de la même prudence. Leur commerce est mal vu dans cette zone plutôt ancrée à gauche, d’autant plus que la vente d’armes, fouettée par la crise actuelle, génère de juteux bénéfices. Ils préfèrent ne pas faire de vagues et adopter un profil bas. 

Cet engouement pour les armes en période électorale n’a rien d’extraordinaire — il est lié à l’incertitude quant au futur locataire de la Maison-Blanche. Cette année, toutefois, quelque chose a changé. Plusieurs facteurs se sont télescopés, à commencer par la déclaration du président actuel : « Proud Boys, mettez-vous en retrait et tenez-vous prêts. » Cette phrase, lancée lors du débat télévisé entre Donald Trump et Joe Biden le 30 septembre, a fait couler beaucoup d’encre

Le président faisait référence à une milice d’extrême droite, les Proud Boys, qui a organisé ces derniers mois des « caravanes pour Trump », des cortèges de véhicules tout-terrain où ils paradaient, armés de fusils d’assaut ou de paintballs, au cœur des villes progressistes. Indirectement, le président américain encourage ses partisans à s’armer et à être prêts à toute éventualité lorsque les résultats des élections tomberont. 

Ces démonstrations de force constituent une réplique aux manifestations ayant suivi le meurtre de George Floyd, à la fin du mois de mai. Les protestataires réclamaient — et réclament toujours — un définancement des services de police et une limitation de leurs prérogatives. Le sentiment d’insécurité généré par ces soulèvements s’est accru lorsque de nombreuses prisons ont dû libérer prématurément des détenus pour prévenir le risque de surpopulation carcérale en temps de pandémie. 

« Les gens s’inquiètent pour leur sécurité. Ils s’arment, car ils craignent que, quelle que soit l’issue des élections, le chaos actuel continue ou que, si Joe Biden est élu, il impose des restrictions sur la possession d’armes à feu », me confie par téléphone un employé du magasin Central Valley Guns, situé dans la bourgade de Selma, à mi-chemin entre Sacramento et Los Angeles. L’homme, qui préfère garder l’anonymat, m’assure qu’il n’a jamais vu un tel engouement et que l’armurerie n’arrive pas à honorer toutes les demandes. 

Faut-il s’inquiéter d’un armement massif dans le pays ? « Absolument pas ! s’exclame l’employé. Une Amérique armée est une Amérique en sécurité. »

Laisser un commentaire

L’article arrive à point, au lendemain d’arrestations suivant un complot par une milice armée d’enlèvement de la gouverneure du Michigan et de la prise du capitole de l’état par 200 hommes armés. On parle effectivement d’une prochaine guerre civile possible et la polarisation du pays ne fait que jeter de l’huile sur le feu, avec son président comme « cheer leader ».

Quoiqu’il arrive aux prochaines élections américaines, les prochaines années vont être chaotiques dans ce pays et reste à voir quel en sera l’impact sur le Canada. Une boule de cristal quelqu’un ?

Répondre
Les plus populaires