Vers une dynastie Trump ?

Donald Trump Jr. agit ouvertement comme un candidat en devenir. Et Lara Trump, la bru du président, pourrait briguer un siège au Sénat lors des élections de mi-mandat de 2022. Le nom Trump ne risque pas de s’effacer du paysage politique américain de sitôt.

De gauche à droit : Tiffany Trump, Eric Trump et sa femme Lara Trump, Ivanka Trump et son mari Jared Kushner, et Donald Trump Jr. et sa femme Kimberly Guilfoyle (Photo : AP Photo/Evan Vucci)

Parmi les nombreux éléments qui sortaient du cadre lorsque Donald Trump a lancé son improbable candidature pour la Maison-Blanche en 2015, il y avait la nature — et l’extrême minceur — de son équipe. En plus d’une petite brochette de conseillers parfois surréels (Roger Stone), on comptait un directeur de campagne (Corey Lewandowski) jusque-là largement vu comme un acteur marginal, ainsi qu’une attachée de presse (Hope Hicks) n’ayant aucune espèce d’expérience politique. C’était à peu près tout.

À l’exception d’une chose : la famille du candidat.

Donald Trump a fait de sa campagne présidentielle, puis de sa présidence, une véritable entreprise familiale. Confiant à sa fille Ivanka un rôle de conseillère spéciale, cette dernière s’en est prévalue pendant quatre ans pour assister et se mêler à presque toutes les rencontres qui l’intéressaient aux plus hauts niveaux. Trump a par le fait même donné un rôle unique à son gendre, Jared Kushner. Homme de pointe de la Maison-Blanche pour la réforme de la justice criminelle, Kushner a été également responsable du processus de ratification de l’Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM)… ainsi que du processus de paix au Moyen-Orient.

Et on n’a pas encore parlé des membres de la famille lorgnant activement une carrière politique. 

À ce chapitre, le fils aîné du président, Donald Trump Jr., agit ouvertement comme un candidat en devenir. Ayant multiplié les apparitions de campagne pour plusieurs des plus grands noms du Parti républicain lors des élections de mi-mandat de 2018 — dont pour le sénateur Ted Cruz au Texas et pour l’actuel gouverneur de la Floride Ron DeSantis —, Trump fils est devenu l’un des porte-paroles les plus sollicités par les candidats républicains à la grandeur du pays en 2020. 

Loin de vouloir faire taire les rumeurs, le premier fils a également diffusé une photo de lui, tout sourire, à peine une semaine avant le scrutin de novembre dernier, devant une banderole sur laquelle était inscrit : « Don Jr. 2024 ». Depuis le scrutin, il s’est lancé tête première dans les élections sénatoriales en Géorgie, prévues en janvier, apparaissant dans des publicités préparées par son équipe politique personnelle visant à appuyer les deux sénateurs républicains sortants de l’État. 

Plus important encore peut-être, les efforts semblent remarqués par les électeurs du parti. Deux sondages nationaux distincts menés depuis l’élection de novembre indiquent que parmi les candidats favoris pour l’investiture républicaine de 2024, Donald Trump fils arrive troisième — tirant de l’arrière uniquement face à son père, le président actuel, et le vice-président sortant Mike Pence. 

Évidemment, bien des choses pourraient se produire d’ici 2024 — incluant la simple décision de la part du président sortant de se représenter ou non —, qui auraient un impact sur une éventuelle candidature politique de Donald Trump fils.

Or, on pourrait ne pas avoir à attendre 2024 pour assister à une autre candidature Trump. 

En effet, Lara Trump, la bru du président — et épouse de son deuxième fils, Eric —, se pencherait sur la possibilité de briguer un siège de sénateur de Caroline du Nord lors des élections de mi-mandat de 2022. Le sénateur républicain sortant, Richard Burr, aux prises avec de sérieuses allégations sur le plan éthique (ayant fait l’objet d’une enquête pour possible délit d’initié), a déjà annoncé son départ à la retraite, laissant le siège vacant. 

L’autre siège de l’État au Sénat, qui était en jeu en 2020, a fait l’objet de la campagne sénatoriale la plus coûteuse de l’histoire des États-Unis — quelque 300 millions de dollars en dépenses électorales. Dans un environnement aussi compétitif, Lara Trump, ayant elle-même fait préalablement carrière dans le monde médiatique, pourrait bénéficier d’avantages non négligeables avec un nom établi et une capacité automatique à amasser des fonds et à obtenir de la visibilité facilement. 

Évidemment, rien n’est pour l’instant joué, ou même annoncé ; en fait, la poussière du scrutin de 2020 n’est pas encore entièrement retombée. Reste que pour quelqu’un ayant été largement présenté il y a cinq ans, lors du lancement de sa candidature quasi amateur, comme une blague nationale, le nom de Donald Trump évoque aujourd’hui pour certains un mot fort différent : dynastie.

Qui rit maintenant ?

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