Vers une guerre des classes aux États-Unis ?

La division des Américains à propos de la COVID-19 n’aura pas que des conséquences sanitaires, écrit notre collaborateur. Des bouleversements sociaux sont aussi à prévoir.

Le président Trump répond aux questions lors d'un point presse à la Maison-Blanche à Washington, le 20 mars 2020. (photo : La Presse canadienne/AP)

La Maison-Blanche a changé radicalement de ton depuis quelques jours. Le président est passé de la désinvolture quasi complète — il assurait il y a moins d’un mois que le nombre de cas liés à la COVID-19 passerait bientôt à zéro — à la gravité, comparant maintenant la situation à une « guerre ». Pendant des semaines, il a publiquement contredit certains des experts de sa propre administration, et vice-versa. Cette absence d’approche concertée depuis les débuts de la crise révèle une division au sommet même du pays.

Encore aujourd’hui, le discours des élus du Congrès varie énormément d’un parti à l’autre. Les chefs de file démocrates, après avoir demandé au président de déclarer l’état d’urgence, exhortent les Américains à respecter les mesures d’isolement social. Des élus républicains, pour leur part, mettent en l’avant le faible pourcentage de mortalité lié au virus pour soutenir qu’on ne devrait pas ruiner l’économie américaine simplement en vue d’endiguer la crise.

Les approches des élus des échelons gouvernementaux inférieurs varient tout autant, sinon plus. Le maire de New York a envisagé le confinement général, une mesure refusée par le gouverneur (démocrate) de l’État. Le gouverneur (républicain) de l’Oklahoma invitait jusqu’à la fin de semaine dernière ses concitoyens à sortir, s’affichant lui-même fièrement dans un restaurant bondé. Le gouverneur (républicain) de la Floride résiste aujourd’hui encore aux appels à la fermeture des plages, alors que se multiplient sur les réseaux sociaux des images de personnes entassées en public à la grandeur de l’État, de Disneyworld à Clearwater en passant par Miami Beach.

La population américaine est elle-même profondément divisée sur la question. Un sondage NPR-PBS NewsHour-Marist publié le 17 mars révèle qu’à peine un Américain sur deux (56 %) juge que le coronavirus constitue une menace sérieuse — une baisse de 10 points comparativement au mois dernier, alors que la crise prenait son envol. Les électeurs républicains sont plus susceptibles que les électeurs démocrates de douter de la gravité de la situation ; à l’inverse, ils sont plus susceptibles de croire que les médias exagèrent les risques.

Tandis que les médias de masse relaient quotidiennement des images de métropoles désertes, comme San Francisco, des vidéos vite devenues virales montrent des jeunes Américains décidés à ne pas laisser les craintes autour du virus perturber leurs plans de fêter en groupe pendant la relâche scolaire.

Le double risque de la division à plus long terme

Cette division frappante pourrait avoir des conséquences sérieuses à long terme.

La réticence prononcée d’une partie aussi importante d’Américains à respecter la consigne d’isolement et à accepter des mesures draconiennes rend la propagation difficile à freiner. Ce premier constat est évident et a déjà été fait par plusieurs.

La deuxième conséquence, bien que moins largement abordée, est terriblement grave : si les décideurs imposent des conditions de confinement d’une extrême rigueur à long terme à une forte masse de concitoyens réticents à ces mesures, le virus ne sera plus la seule menace.

Cela est particulièrement important à souligner : on opérera dans un contexte d’incitations et de fardeaux inégaux. Devant une crise économique majeure causée par les mesures de confinement, il y aura deux clans. D’un côté, la partie de la population américaine nettement plus à risque de mourir de ce virus : plus âgée et plus riche. De l’autre côté, la partie nettement plus à risque de souffrir des effets les plus immédiats : plus jeune et plus pauvre. Et on demandera à la seconde de se sacrifier pour la première.

Qu’arrivera-t-il quand on forcera ce sacrifice, lorsque le confinement volontaire ne suffira pas parce que trop d’Américains ne veulent pas le respecter… alors que la crise économique perdurera ?

Les États-Unis ne sont pas seulement nos voisins, nos alliés et notre premier partenaire commercial. Ils sont aussi, malgré tous leurs torts et tous leurs défauts, le plus important symbole de la stabilité dans le monde libre.

Qu’on les voie tout de suite ou non, les conséquences qui sont en jeu dépassent largement les ravages causés par ce fichu virus.

Vous avez des questions sur la COVID-19 ? Consultez ce site Web du gouvernement du Québec consacré au coronavirus.

Vous avez des symptômes associés à la maladie ? Appelez au 1 877 644-4545 ou consultez un professionnel de la santé.

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