Faire sa vie à Shanghai

Ils ont tout laissé derrière eux pour tenter leur chance en Chine. Partis pour apprendre le mandarin, voyager ou travailler, trois jeunes Québécois racontent comment ils se sont adaptés.

Raefer K. Wallis
Il construit vert

Le mandarin, l’architecte Raefer K. Wallis l’a appris sur le chantier qu’il dirigeait à Shanghai. Un mot à la fois. « Quand j’entendais un nouveau terme, je demandais aux ouvriers de l’écrire sur mon calepin, où j’avais fait trois colonnes : une pour le caractère chinois, une pour sa transcription romanisée et une pour sa traduction », dit-il. Un mois plus tard, il baragouinait le mandarin. Aujourd’hui, il le parle couramment. « Je n’avais pas d’autre choix que d’apprendre vite, j’étais le seul étranger du chantier. »

Quand le jeune diplômé de l’Université McGill a choisi de quitter Montréal pour Shanghai, il y a six ans, c’était dans l’unique but de propulser sa carrière dans la ville qui était alors la plus active du monde en matière de construction. Aujourd’hui, à l’âge de 31 ans, il estime avoir réalisé davantage de constructions que des architectes en fin de parcours au Québec.

À son arrivée à Shanghai, Raefer K. Wallis a été stupéfait par le retard de la Chine dans les techniques de construction, surtout pour les bâtiments écologiques. « Il y a cinq ans, il était extrêmement difficile de trouver des termes en chinois pour parler d’environnement. Pour les architectes, un projet vert, c’était une maison avec quelques arbres en supplément ! » Le sujet est plus populaire depuis trois ans, mais il reste beaucoup à faire.

En 2004, Raefer K. Wallis a lancé son propre bureau, A00 Architecture, avec un partenaire québécois. À l’été 2007, il avait mené à bien 35 réalisations, le plus souvent axées sur le développement durable : transformation de vieux entrepôts en bureaux, rénovation de maisons traditionnelles ou aménagement de restaurants avec des matériaux recyclés… « Je n’accepte que les concepts comportant un volet écologique ou expérimental. » Un luxe qu’à son âge il ne pourrait pas se permettre à Montréal.

Dominique Simard
De l’aventure aux affaires
Jouer le rôle d’un Européen auprès d’une Chinoise dans un film hongkongais tourné à Taïwan : inusité pour un jeune de Québec formé en études est-asiatiques à l’Université de Toronto ! Dominique Simard s’est de lui-même parachuté à Taïwan, mal préparé, presque sans argent, sans connaître la langue. Il voulait découvrir la Chine de ses propres yeux. Il a été servi. « Je suis arrivé en 1997. C’était une période fascinante, celle de tous les bouleversements politiques et sociaux », dit-il, les yeux brillants. Une période qui l’a amené à vivre toutes sortes d’expériences, comme ce rôle au cinéma.

Après trois ans à Taipei, capitale de Taïwan, Dominique Simard est prêt à plonger dans la « vraie Chine ». Il s’installe à Shanghai et s’inscrit à l’East China Normal University grâce à un programme de bourses du Canada pour étudier les changements sociaux et urbains. Il découvre alors la vie sur un campus chinois : des dortoirs au sol de ciment, des lits pressés les uns contre les autres, des cours sans contenu et mal structurés pendant lesquels les étudiants servent le café au professeur et effacent le tableau. « Je me croyais revenu au primaire, lance-t-il. Je m’ennuyais des universités canadiennes ! »

À la fin de son programme, contaminé par la fièvre des affaires qui règne à Shanghai, il travaille au développement des affaires dans une école de mode singapourienne, où son visage d’Occidental est le meilleur argument pour recruter des étudiants chinois. Aujourd’hui, il est passé à la concurrence et travaille comme directeur du marketing et du développement des affaires pour une école de mode française à Shanghai. Quand il regarde en arrière, Dominique Simard sourit de son parcours. « La plupart des étrangers arrivent en Chine pour faire de l’argent. Moi, je suis venu parce que le pays m’intéressait, et Shanghai m’a changé ! Je suis maintenant dans les affaires et j’avoue que j’aime ça. »

Marie-Anne Blackburn
Le choc des cultures
Emploi, appartement confortable à Québec, famille, réseau d’amis, tout a volé en l’air. Marie-Anne Blackburn, originaire de Chicoutimi, voulait accomplir quelque chose d’exceptionnel. Et c’est en Chine qu’elle a décidé de tenter l’aventure.

En mai 2005, après une année de préparation pendant laquelle elle suit des cours sur l’histoire et la culture chinoises et obtient une bourse du gouvernement du Canada pour étudier le mandarin en Chine, la jeune femme de 24 ans s’installe sur le campus universitaire de Tianjin, au sud-est de Pékin. Elle y restera un an, avant de poursuivre ses études à Shanghai. Même si elle s’est bien documentée sur le pays, elle a un choc à son arrivée. « Le respect n’existe pas ici ! s’exclame-t-elle. Les gens te bousculent pour sortir du métro, passent devant toi dans les files d’attente. Et ils ne s’excusent jamais. » Adaptation oblige, l’étudiante a adopté certaines mœurs locales. « J’ai compris que si je patientais en ligne pour être servie au restaurant, je ne mangerais jamais ! »

Parmi les autres défis de la vie quotidienne : la foule, la langue, les procédures administratives. « Quoi que tu aies envie de faire ici, il faut toujours affronter une marée humaine, raconte Marie-Anne Blackburn. Tout est long ! Surtout au début, quand tu ne parles pas la langue. Les premiers temps, j’étais fâchée tous les jours. Depuis, j’ai appris à me montrer patiente. » Depuis l’automne dernier, la nouvelle diplômée en mandarin travaille pour l’Université du Québec à Chicoutimi, au service des échanges d’étudiants avec la Chine, mais aussi pour aider les entreprises québécoises à faire des affaires dans ce pays. Elle accompagne des groupes de Québécois là-bas. « Être capable de travailler en Chine et de me faire comprendre en mandarin est une grande source de fierté personnelle, dit-elle. Je veux partager ce savoir pour rendre l’expérience plus facile et plus agréable aux Québécois qui viennent tenter leur chance ici. »

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