Guerre contre l’Iran : quels avantages politiques pour Donald Trump ?

La crise entre les États-Unis et l’Iran a ravivé une théorie bien connue : déclencher une guerre pour assurer sa propre réélection. Mais est-ce seulement une bonne idée pour Donald Trump ?

Photo : La Presse canadienne / AP Photo

Dans le film Wag the Dog (Des hommes d’influence), le président des États-Unis, en campagne pour sa réélection et aux prises avec des problèmes politiques sur la scène intérieure, décide de faire croire que son pays lance une guerre contre un pays lointain afin de détourner l’attention du public.

Le scénario de ce film sorti en 1997 a depuis été largement repris pour alimenter des théories en tout genre, notamment il y a huit ans, lorsque le citoyen Donald Trump prédisait sur Twitter que le président de l’époque, Barack Obama, déclencherait une guerre en Iran pour assurer sa réélection.

L’ironie du sort veut que l’on prête aujourd’hui à Donald Trump, devenu entre-temps commandant-en-chef, exactement la même intention.

Mais faire la guerre pour un second mandat, est-ce vraiment une bonne idée pour le président américain ?

En un mot : non. Et pour plusieurs raisons.

Selon l’une des théories de Wag the Dog, Trump aurait tout intérêt à détourner l’attention de la question de l’impeachment. Pourtant, dans les faits, il n’en a même pas besoin. La procédure en cours n’a pas fait fléchir son taux d’approbation. Il a même atteint la semaine dernière son plus haut sommet en trois ans !

Qui plus est, depuis le vote sur l’impeachment à la Chambre des représentants à la mi-décembre, le parti politique opérant davantage sur la défensive n’est pas celui du président… mais bien celui ayant voté pour le mettre en accusation. En fait, dès le lendemain du vote, la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, refusait catégoriquement en point de presse de répondre aux questions des journalistes sur le vote, disant qu’elle ne voulait plus en parler.

Près d’un mois plus tard, elle n’a toujours pas acheminé les mises en accusation du président au Sénat pour permettre la suite du processus. L’impeachment continue de figurer très bas dans la liste des priorités des électeurs américains. Même les candidats présidentiels démocrates ne s’empressent pas de discuter du sujet.

Dans ce contexte, Donald Trump aurait-il vraiment besoin de faire en sorte que l’on parle d’autre chose ?

Autre théorie évoquée dans Wag the Dog : déclencher une guerre à l’étranger créerait un effet de ralliement patriotique national autour du président, ravivant au passage sa popularité.

Pourtant, dans les faits, est-ce vraiment le cas ? Ce serait plutôt le contraire.

L’histoire américaine comporte en effet de nombreux exemples de présidences mises à mal par des interventions militaires à l’étranger.

Harry Truman a choisi de quitter la Maison-Blanche plutôt que de briguer un nouveau mandat en 1952, sûr de se faire battre en raison d’une impopularité historique liée à la Guerre de Corée.

Lyndon Johnson a subi un sort similaire avec, dans son cas, un cauchemar appelé « Vietnam ».

Alors qu’il bénéficiait d’un taux d’approbation supérieur à 60 % au moment de lancer l’invasion de l’Irak en 2003, George W. Bush a été réélu de justesse avec 51 % des voix un an plus tard. Il connaîtra d’ailleurs par la suite une véritable descente aux enfers lors de son deuxième mandat, empêtré par les déboires américains en Irak.

Même sans être pris dans de tels bourbiers, d’autres présidents reconnaissent les torts que leur ont infligés des interventions militaires à l’étranger. Ainsi, Ronald Reagan a confié à son directeur des communications que sa brève intervention au Liban — où plus de 200 Marines américains ont perdu la vie — avait constitué la pire erreur de sa présidence.

Aujourd’hui, l’opinion publique américaine est déjà très clairement opposée à l’idée d’un conflit, en plus d’être clairement polarisée sur la personne de Donald Trump. Pas moins des trois quarts des Américains jugent ainsi qu’une guerre en Iran serait injustifiée. Et près de la moitié des Américains désapprouvent « fortement » la prestation de Trump à titre de président des États-Unis. Ce ne sont pas là les conditions gagnantes pour compter sur un appui populaire massif quant à une guerre dont la durée, la portée et les conséquences seraient de surcroît difficiles à anticiper.

Une guerre ouverte avec l’Iran est-elle possible ? Oui. Est-elle probable ? L’avenir le dira. Mais si tel est le cas, ce serait une lubie de croire qu’elle moussera par magie la campagne de réélection du président américain.

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2 commentaires
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La comédie satirique de Barry Levinson : « Wag the Dog » que j’ai vue, revue et re-revue n’a jamais manqué de me faire rire aux larmes. Lorsque le président Trump a ordonné l’assassinat du général Qasim Soleimani et de sa suite. J’ai immédiatement pensé au scénario de ce film emblématique.

Le but de ce genre d’exercices n’est pas de détourner l’attention, il consiste plutôt à renforcer la cote de popularité du président. Or, c’est exactement ce qui s’est produit. La cote du président Trump est assez haute à un moment où aucun candidat ou candidate Démocrate ne se démarque actuellement comme futur.e occupant.e de la Maison Blanche.

Dans le film « Wag the Dog », le conflit (fictif) contre l’Albanie est extrêmement limité. Mais il est suffisant pour assurer la réélection du président.

D’un point de vue de la communication, le but de l’opération limitée contre le général Soleimani était de démontrer que le président est actuellement en parfait contrôle de la situation, ce qui bien sûr conforte l’opinion publique, mais encore les investisseurs et la planète financière ; Wall Street commence l’année par des gains.

Quoiqu’il faut être prêt à tout, le président Trump n’est pas à vrai dire, un « va-t’en-guerre », nous savons qu’il préfère plutôt faire sa marque dans le commerce international, quitte à imposer à ses adversaires des sanctions ou même menacer de sanctions au besoin des alliés comme le Canada.

Ainsi le président Trump conserve-t-il dans sa manche de solides atouts pour briguer au désespoir de quelques-uns : un second mandat.

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