Haïti : la vie après le séisme

Huit mois se sont écoulés depuis le terrible tremblement de terre du 12 janvier. Alors que les efforts de reconstruction battent leur plein, la vie s’organise péniblement dans les camps et le quotidien reprend, lentement mais sûrement, son cours.

Haïti : la vie après le séisme

Deux Haïtiens cherchent tant bien que mal à s’abriter en plein centre-ville de Port-au-Prince. Après le séisme du 12 janvier, qui a fait plus de 200 000 morts et 1,3 million de sans-abri, la population a dû affronter des pluies destructrices à la fin du mois de février. Dans le sud-ouest du pays, une dizaine de personnes ont péri, et plus de 3 000 autres ont été évacuées à la suite d’inondations. En général, la saison des pluies ne commence pourtant qu’en avril (et se poursuit jusqu’en octobre), alors que juin marque le début de la saison des ouragans.

Le séisme a été particulièrement ravageur dans le quartier de Fort-National, à Port-au-Prince. Selon une étude conduite par le ministère des Travaux publics, 55 % des résidences du quartier qui tiennent encore debout devront être démolies. Les rares habitants restants doivent vivre dans des montagnes de décombres.

À force de vivre dans les ruines de ce qui fut leur pays, les Haïtiens ont appris à s’en accommoder. Ici, au centre-ville de Port-au-Prince, un homme récupère des métaux parmi les décombres pour ensuite les vendre. Les experts estiment que même avec 1 000 camions travaillant tous les jours, cela prendrait de trois à cinq ans pour enlever tous les débris d’Haïti. Actuellement, moins de 300 camions s’y attèlent…

En face du palais présidentiel, à Port-au-Prince, se tient l’un des plus grands camps de sinistrés, sur la place du Champ de Mars. Les conditions de vie y sont très difficiles : bagarres, vols et violence sexuelle sont le pain quotidien de ses résidants. Insuffisamment protégées par les autorités – moyens réduits pour les forces de police, système judiciaire défaillant -, les femmes sont à la merci des agresseurs. En mars, une organisation locale pour leur protection recensait au moins 19 cas de viol dans ce qui ne constituait qu’une petite partie du camp.

Port-au-Prince est devenue une cité de bidonvilles. Outre l’existence des grands camps, de très nombreux sites plus ou moins importants se sont formés spontanément dans la ville. On les a constitués à l’aide de draps, de piquets de bois ou, quand on a eu un peu de chance, de tentes et de morceaux de tôle. À l’intérieur, la vie « normale » a repris son cours, avec des marchés alimentaires improvisés, des boutiques de coiffure, de vente de téléphones portables… mais aussi des naissances, comme ici, dans le quartier Delmas 33.

Certains résidants vivent toujours dans les décombres de leur maison, comme cette mère qui prépare son enfant pour l’école. Une situation risquée, puisqu’une secousse, même légère, pourrait faire s’écrouler la structure.

Dans le quartier Carrefour-Feuilles de Port-au-Prince, les activités de déblayage battent leur plein. Vêtus de t-shirts jaunes aux armoiries du gouvernement haïtien portant le slogan « Ann Leve Kanpe ! » (Relevons-nous ensemble), ces hommes et ces femmes sont payés 200 gourdes par jour (environ cinq dollars) pour nettoyer les rues de la capitale. Un travail titanesque pour des personnes seulement équipées de pelles, pioches, balais et brouettes. Mais cette initiative gouvernementale – en collaboration avec l’Office of Transition Initiatives américain – donne un élan à la population dans sa quête de reconstruction.

La vie a repris tant bien que mal dans la capitale. Les écoliers croisent les cireurs de chaussures et les vendeurs de nourriture itinérants. Mais les murs gardent les stigmates du passé.

À l’approche des élections présidentielles du 28 novembre 2010, les murs de Port-au-Prince se couvrent de plus en plus de graffitis. Plus qu’une façon pour les Haïtiens d’exprimer leurs sentiments, ceux-ci sont surtout un moyen peu onéreux pour les politiciens de faire passer leur message. Ainsi, les « Jèn kore Jèn », « Cristallin 2011 » ou encore « Viv retou Jean-Claude Duvalier » font partie intégrante du paysage de la capitale, en plus de billets plus incisifs accusant les candidats de tous les péchés du monde.

Pour aider les institutions engagées dans la reconstruction, le pays va pouvoir s’appuyer sur les membres de la diaspora haïtienne. Un premier groupe de cadres ayant acquis des compétences aux États-Unis, au Canada, en France et en République dominicaine devrait arriver à la fin de septembre pour travailler temporairement au sein de l’administration publique. Au total, 200 « experts » devraient participer à ce programme de transfert de compétences, qui sera mis sur pied par le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM)*.

* Les protocoles d’entente restent à être signés.

 

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