Haïti, une antenne sur le monde

Tout a commencé il y a quatre ans. Le poste de radio Imagine FM a branché les habitants de Corail, en Haïti, sur le reste du pays. Depuis, le petit village renaît.

Assis dans sa maisonnette juchée à 30 minutes de montée à pied de Corail, en Haïti, RolphePapillon m’explique: « Aussi désespérée qu’elle puisse paraître, une situation n’est jamais sans issue. »

Pas très grand, la jeune trentaine tranquille, Rolphe Papillon aurait pourtant toutes les raisons d’être découragé. Corail, 22 000 habitants, c’est 14 heures de route très (très, très!) cahoteuse à partir de Port-au-Prince. De loin, la petite ville bâtie autour du port de pêche semble belle, cachée comme elle est dans son anse. Mais lorsqu’on s’approche, la vision s’adapte, et Corail se montre telle qu’elle est: un village haïtien typique, sans routes d’accès, sillonné de chemins boueux que le moindre orage suffit à noyer. L’eau et l’électricité sont des commodités capricieuses, qui vont, qui viennent, sans trop qu’on sache pourquoi.

C’est pourtant ici que Rolphe, accompagné de sa femme, d’origine belge, est revenu après ses études de journalisme en Belgique et au Mexique. « Pour transformer les conditions matérielles d’existence des gens, dit-il. Pour prouver qu’il y a moyen de changer la vie. »

À Corail, la télévision est un luxe presque inaccessible; et si, par miracle, le journal arrive de la capitale, c’est avec une semaine de retard. Mais peu importe, puisque 80% de la population est analphabète. « Comme dans beaucoup d’autres régions du pays, l’État n’a aucun moyen de joindre la population, dit Rolphe. En cas de catastrophe… ce serait la catastrophe. »

Sa femme et lui ont donc, avec leurs propres sous, lancé Imagine FM, une station de radio pensée et mise sur pied pour les gens du coin. Deux studios émetteurs reliés à l’antenne par un fil de trois kilomètres, huit employés payés à demi-tarif – impossible de leur donner plus, faute d’argent -, des collaborateurs occasionnels qui travaillent à partir de la Belgique, où Rolphe connaît encore de nombreuses personnes.

C’était il y a quatre ans. Depuis, Imagine a installé une génératrice d’une capacité de 100 kW, qui alimente la ville, ainsi qu’une usine à glace, ouvert une bibliothèque et un ciné-club, et remis en état une usine désaffectée de distribution d’eau. Sans compter un cybercafé, qui verra bientôt le jour. Ce travail a été effectué sous forme d’activités communautaires avec des jeunes du village qui, plutôt que de quitter la région, veulent essayer d’en faire un endroit où il fait bon vivre.

Toutes ces entreprises ont créé une vingtaine d’emplois. Les budgets d’exploitation proviennent de subventions d’organismes non gouvernementaux étrangers, principalement européens, et aussi d’activités conçues dans le but de recueillir des fonds, comme le ciné-club, où sont projetés des films à caractère éducatif, des documentaires et des retransmissions de matchs de football.

« Si on a réalisé quelque chose d’extraordinaire à Corail, ç’a été d’arracher les gens à leur pessimisme, dit Rolphe Papillon. En 1940, personne ne pouvait imaginer qu’Adolf Hitler ne serait au pouvoir que quelques années. Je crois que tout ce qui peut paraître impensable aujourd’hui est, en fait, possible. »

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie