Impeachment : quelles conséquences sur les élections de 2020 ?

Au-delà des conséquences immédiates, la possible destitution de Donald Trump doit également être vue comme une composante extraordinaire de la prochaine campagne présidentielle. Rafael Jacob a imaginé les trois scénarios possibles qui attendent les électeurs américains.

Photo : La Presse canadienne

Dans l’histoire bicentenaire des États-Unis, seulement trois présidents ont eu à faire face au processus de destitution : Andrew Johnson, Richard Nixon, et Bill Clinton. Donald Trump s’apprête donc à devenir le quatrième, mais le premier en campagne active pour un second mandat. Andrew Johnson, vice-président d’Abraham Lincoln, effectuait le mandat de celui-ci après son assassinat et a été rejeté par son propre parti, avant de pouvoir pleinement lancer sa campagne électorale en 1868.

Ainsi, la question de l’impeachment du président américain ne doit pas être vue uniquement comme une destitution au sens strict, mais aussi comme une composante extraordinaire de la campagne présidentielle de 2020.

Quel en sera alors l’impact électoral pour Donald Trump ? Il existe à l’heure actuelle trois scénarios possibles :

L’effet boomerang

Les démocrates du Congrès sont vus comme s’acharnant sur le président, étant prêts à tout pour le relever par eux-mêmes de ses fonctions, alors que l’électorat aura la chance de se prononcer sur son sort quelques mois plus tard. Ceci ne serait pas entièrement sans rappeler la crise politique qui avait secoué le Wisconsin en 2012, alors que les démocrates de l’État avaient tenté de faire renvoyer le gouverneur républicain de l’époque, Scott Walker, en tenant un référendum avant la fin de son premier mandat. Résultat : Walker avait survécu… et avait été réélu deux ans plus tard pour un second mandat. Dans un scénario de la sorte, Trump résiste au vote de destitution à Chambre ou au Sénat, et en sort largement indemne, voire renforcé. C’est le scénario qui était envisagé par les chefs de file démocrates pendant des mois, ce qui expliquait leur hésitation à se lancer à pieds joints dans le processus. Jusqu’aux révélations du lanceur d’alerte la semaine dernière.

L’affaiblissement politique

Avec les audiences publiques autour de l’impeachment et l’attention des médias braqués sur ces dernières, les allégations et preuves d’actes inappropriés, voire condamnables, de la part de la Maison-Blanche se suivent et affaiblissent le président. Ce dernier parvient à s’accrocher, mais perd des plumes dans les sondages et mène un parti divisé alors que la campagne bat son plein. Dans un contexte où Trump se trouvait déjà dans une situation précaire bien avant les révélations des derniers jours, il ne faudrait pas un glissement énorme de son taux d’approbation pour que ses chances de remporter un deuxième mandat commencent à fondre comme neige au soleil.

La destitution

Longtemps vue comme relevant pratiquement de la fantaisie, la destitution doit tout au moins être considérée comme une possibilité. Présumant qu’une majorité de membres de la Chambre des représentants et la totalité des sénateurs démocrates votent en faveur de la destitution, il faudrait qu’une vingtaine de sénateurs républicains ajoutent également leurs voix pour démettre Donald Trump de ses fonctions. On ne peut donc de façon réaliste s’attendre à l’avènement de ce scénario tant que le taux d’approbation de Trump ne fléchira pas, surtout auprès de l’électorat républicain. Lorsque Richard Nixon s’est vu contraint de démissionner en 1974, son taux d’approbation était au plus bas — sous la barre des 30 % — et les membres de son parti au Congrès prêts à le défendre se faisaient rares. Or,  la firme Gallup estimait la semaine dernière à un peu plus de 90 % le taux d’approbation de Trump auprès des électeurs républicains. Dans ce contexte, il est difficile d’entrevoir comment plus du tiers du caucus républicain au Sénat pourrait voter pour évincer le président de leur parti, considérant le risque de révolte auquel ces sénateurs s’exposeraient auprès de leurs électeurs. En d’autres mots, le processus d’impeachment a certes une composante légale, mais il s’agit également d’un processus intrinsèquement politique… surtout dans un contexte électoral.

Si Trump devenait un poids pour les républicains cherchant à se faire réélire l’an prochain, et qu’il en venait à être vu comme étant sur le point de faire couler le navire entier, on pourrait commencer à envisager une masse critique de sénateurs républicains prêts à le destituer. Si cela s’avérait, le vice-président Mike Pence deviendrait président jusqu’à la fin du mandat actuel et serait, en toute probabilité, le candidat présidentiel du parti en 2020. Pour la petite histoire, il s’agirait de la concrétisation d’un scénario qui avait déjà largement circulé en 2016, dans la foulée du scandale de la vidéo Access Hollywood, alors que les bonzes du parti avaient souhaité que Pence prenne la place de Trump comme porte-étendard présidentiel. Évidemment, de par son association et sa loyauté à ce dernier, qui deviendrait alors le premier et seul président de l’histoire américaine à être destitué, Pence entamerait la course présidentielle de 2020 avec une sérieuse dose de plomb dans l’aile.

Dans tout cela, une chose mérite d’être dite haut et fort : quiconque prétend pouvoir garantir la tournure des événements des prochaines semaines, voire des prochains mois, se leurre. La dynamique dans laquelle nous entrons est à la fois volatile et sans précédent. Les rebondissements pourraient être nombreux et l’issue exacte, elle, demeure impossible à prédire.

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