Inde : une photo contre un fléau

Le spectre des crimes sexuels continue de hanter l’Inde. Une photo de la dernière tragédie en date, qui a capté l’attention du monde, forcera-t-elle ce pays à faire face à ses démons ?

Photo © AP
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Fouineur« Le spectre des crimes sexuels continue de hanter l’Inde ». Le magazine Time n’y va pas par quatre chemins, et vise juste, un an et demi après le viol collectif d’une étudiante à bord d’un autobus de New Delhi ― la mort de celle qu’on a surnommé la « fille de l’Inde » avait déclenché une vague de manifestations au pays ainsi que l’indignation de la communauté internationale.

Le 28 mai dernier, deux cousines âgées de 12 et 14 ans ont été retrouvées pendues à un manguier, après avoir été violées par plusieurs personnes, dans un champ avoisinant leur maison rurale de l’État d’Uttar Pradesh. Les deux jeunes filles étaient simplement parties se soulager dans la nature car, tout comme la moitié de la population indienne (estimée à 1,2 milliard de personnes), leur demeure n’était pas équipée de toilettes.

Devant cette macabre et terrifiante découverte, des centaines de villageois ont participé à une manifestation silencieuse, près de l’arbre sur lequel pendaient encore les corps sans vie des jeunes victimes. Ils dénonçaient ainsi le manque d’intérêt de la police locale, qui aurait ignoré les premiers rapports de disparition en raison de l’appartenance des deux enfants à la caste des intouchables. (Les autorités locales ont fini par arrêter cinq hommes en lien avec ce crime, dont deux officiers de police, accusés de complicité criminelle.)

Le photographe Nand Kishor Patak, qui a capté cette scène poignante (voir ci-dessus), a expliqué à Time pourquoi ce type de journalisme, quoique dérangeant, est si important.

« J’ai couvert beaucoup de situations délicates, mais aucune n’a ressemblé à ce crime en particulier, qui est vraiment horrible. Le village où cela s’est produit ressemble au mien; mon père y vit, et moi, je réside à environ sept milles de là. […] Bien que cet incident soit profondément choquant, en tant que photographe, j’ai senti qu’il était de mon devoir de mettre en évidence cette brutalité pour les médias et pour la population. Je me devais d’affronter cette injustice et cette violence sexuelle. »

En Inde, on estime qu’une femme est violée toutes les 20 minutes. Samedi dernier, une jeune femme de 22 ans a été victime d’un viol collectif et s’est vue forcée de boire de l’acide avant d’être étranglée. Ce genre de crime sexuel fait constamment les manchettes, mais rien ne change. La vague d’indignation à la suite de la mort de la « fille de l’Inde », en décembre 2012, avait poussé l’Inde à durcir sa législation, sans réel résultat. Cette photo, choquante et virale, aidera peut-être ce pays à faire face à nouveau à ses démons.

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Horrible et inhumain! Injustice flagranteenvers les femmes et les pauvres.

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