Indépendance de l’Écosse : le deuxième référendum sera-t-il le bon ?

Après une victoire électorale écrasante la semaine dernière, le parti pro-indépendance de Nicola Sturgeon promet d’organiser un référendum dès la fin de la pandémie — avec ou sans la bénédiction de Londres. 

Andy Buchanan / AFP / Getty images

LONDRES — Quelque 48 millions de Britanniques étaient appelés aux urnes jeudi dernier, à l’occasion de ce que la presse a surnommé le Super Thursday — clin d’œil au Super Tuesday américain, journée cruciale des primaires où une dizaine d’États votent pour désigner leurs candidats à l’élection présidentielle. Au Royaume-Uni, le Super Thursday était une conséquence indirecte de la pandémie, qui a forcé le report de nombreux scrutins locaux. Résultat : plus de 5 000 sièges étaient à pourvoir la même journée. En Angleterre, il s’agissait surtout d’élections municipales, notamment à Londres, où le travailliste Sadiq Khan a remporté un second mandat. Mais pour une fois, les yeux du Royaume-Uni n’étaient pas rivés sur la capitale, mais sur l’Écosse, qui élisait les 129 députés de son Parlement régional.

À bien des égards, ces élections constituaient un tournant pour l’avenir de l’Union. La première ministre sortante Nicola Sturgeon a, en effet, transformé ce scrutin en plébiscite pour l’organisation d’un second référendum sur l’indépendance, après la défaite serrée du Oui en 2014. Sturgeon, qui est à la tête du Scottish National Party (SNP), espérait remporter 65 sièges et donc la majorité absolue à Holyrood, le parlement écossais. Son parti en aura finalement obtenu 64, loin devant l’opposition conservatrice pro-Union et ses 31 députés. Si le SNP n’a pas atteint le chiffre magique de 65, la bonne performance du Parti vert écossais (8 candidats élus) aura tout de même permis au bloc séparatiste de constituer une majorité au Parlement… Et donc de mettre la table pour un autre référendum. 

Sturgeon n’a pas attendu pour lancer le bal, prononçant son discours avant même la fin du dépouillement. La première ministre a évoqué une « victoire historique et extraordinaire » du SNP — qui a remporté 48 % du vote populaire malgré 14 ans au pouvoir et un bilan en demi-teinte. Si Sturgeon a répété que sa priorité était de gérer la pandémie, elle n’a pas hésité toutefois à réitérer son intention de tenir un second référendum. « Le peuple écossais a voté pour donner aux partis indépendantistes une majorité, a-t-elle martelé. Compte tenu du résultat de ces élections, il n’y a aucune justification démocratique pour Boris Johnson ou quiconque d’entraver le droit du peuple écossais de choisir son avenir. » 

Au sud du mur d’Hadrien, la réplique ne s’est pas fait attendre. Dans une entrevue au Telegraph, le premier ministre britannique a affirmé qu’organiser un référendum dans le contexte actuel serait « irresponsable », accusant les indépendantistes de vouloir « déchirer le pays ». Johnson a également laissé entendre que son gouvernement n’autoriserait pas la tenue d’un scrutin puisque, en théorie, Londres doit donner son aval à tout changement constitutionnel. En 2014, l’ex-premier ministre conservateur David Cameron avait accepté le référendum en Écosse parce que le SNP avait décroché une majorité absolue. Le camp indépendantiste — qui évoquait « le vote d’une génération » — avait alors récolté 45 % des voix… Et Londres en avait conclu que l’affaire était réglée pour au moins une génération.  

Le vent tourne

Mais depuis 2014, la donne a changé. Il y a d’abord eu le Brexit. Les Écossais ont refusé à 62 % le divorce avec l’Union européenne et se sont vu imposer la volonté du reste du Royaume non sans amertume. Pendant la campagne électorale, la très populaire Nicola Sturgeon a fait valoir à plusieurs reprises qu’une Écosse indépendante pourrait rejoindre le club des 27 (bien que plusieurs interrogations demeurent quant aux modalités d’une telle adhésion). Politiquement, la question du Brexit est épineuse pour Johnson. Après tout, l’ex-maire de Londres a fait campagne sur sa capacité de mettre en œuvre le Brexit et de respecter la volonté du peuple britannique. Refuser aux Écossais le droit d’organiser un référendum d’autodétermination pourrait donc se révéler périlleux. 

La pandémie a aussi donné des munitions aux indépendantistes écossais. Certes, la vaccination au Royaume-Uni se déroule remarquablement bien, avec plus d’un tiers des adultes maintenant totalement immunisés. Les Britanniques se surprennent même à rêver d’un été normal, avec la levée de plusieurs restrictions — ils auront notamment le droit de manger à l’intérieur des restaurants — le 17 mai. Mais derrière cet optimisme retrouvé, plusieurs se rappellent la gestion désastreuse de la pandémie par les tories : confinement tardif, variant impossible à maîtriser, contrats publics donnés à des amis du parti, record de morts en Europe, et la liste s’allonge. Pendant que Boris Johnson s’enfonçait, le soutien à Nicola Sturgeon — qui a été ministre de la Santé de 2007 à 2012 — et à son approche plus prudente atteignait des sommets. Au plus fort de la crise sanitaire, l’appui à l’indépendance écossaise était sans précédent : 58 % pour le Oui en décembre.

Les plus récents sondages semblent avoir retrouvé leurs niveaux prépandémie, avec une population divisée à 50-50. Les indépendantistes se croient néanmoins capables d’attirer les indécis dans leur camp en profitant de l’effet combiné du Brexit et du coronavirus. En entrevue avec la BBC, Nicola Sturgeon a même évoqué la possibilité de tenir un référendum dès le printemps prochain, faisant valoir l’importance pour l’Écosse d’être souveraine dans sa relance post-COVID. Édimbourg se veut en effet plus social-démocrate que le reste du Royaume-Uni, que ce soit sur le plan de l’environnement, de l’immigration, de la santé ou de l’éducation. Pendant ce temps, le reste du pays continue son virage à droite — comme l’illustre la récente victoire des tories à Hartlepool, une circonscription historiquement travailliste du nord-est de l’Angleterre.  

En réponse à cette crise séparatiste, Boris Johnson a convoqué un sommet des quatre nations du Royaume (l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande du Nord et le pays de Galles), consacré à la reprise postpandémie. Pour Londres, l’enjeu est crucial : l’Écosse représente 8 % de la population britannique et un tiers du territoire national. Pour le SNP et Nicola Sturgeon, l’enjeu est aussi existentiel — les dernières élections leur ayant donné un mandat « clair » pour l’indépendance, avec un taux de participation considérable de 63 %. 

Avec deux parties campées sur leurs positions, l’affaire finira fort probablement devant la Cour suprême britannique, qui devra juger de la légalité ou non d’organiser un référendum sur l’indépendance de manière unilatérale. Après 314 ans d’union, tout indique qu’un possible divorce entre les deux nations ne sera pas à l’amiable.

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Yasmine Mehdi souligne qu’il subsiste plusieurs interrogations sur les modalités d’une adhésion de l’Écosse à l’Union-Européenne. En pratique sur cette question des modalités, la réponse est « oui » et « non » ou « non » et « oui » à la fois.

Usuellement, dans ce genre de cas, l’Union-Européenne se veut prudente, puisque certains litiges existent dans plusieurs régions de l’Europe. Il suffit de penser à la Catalogne ou encore à la Bavière qui n’a officiellement jamais signé la Constitution de l’Allemagne ou à la Wallonie-Bruxelles avec la Belgique flamande.

Non, l’Écosse ne peut pas devenir membre à part entière de l’UE tant et aussi longtemps qu’elle ne devient pas un État à part entière. Mais oui, il existe des critères objectifs qui permettent à un pays d’adhérer à l’UE et l’Écosse rejoint les critères objectifs d’adhésion ou elle les surpasse.

La question en est plutôt une de délais. La Commission Européenne et le Parlement peuvent très bien adopter des mesures qui permettraient à une Écosse indépendante de devenir membre en l’espace de quelques mois. C’est en vertu de tels principes que l’Europe a permis l’adhésion accélérée de plusieurs pays issus du bloc soviétique après l’effondrement de l’URSS.

Concrètement des mesures transitoires peuvent être adoptées. L’Écosse peut devenir membre associé dès les premières semaines de son accession à la souveraineté, puis la régularisation peut se faire dans les mois suivants son accession.

Une question est aussi en suspens, celle de l’adoption d’une monnaie. Techniquement, une Écosse indépendante pourrait très bien adopter l’Euro comme monnaie sans devoir obligatoirement être membre de l’Union Européenne. Pourquoi ? Parce que l’Euro est une monnaie reconnue internationalement pour tous les échanges. Même un Canadien peut détenir au Canada un compte en Euros et échanger directement avec d’autres partenaires qui ont des comptes en Euros ou changer ces Euros contre d’autres monnaies pour conclure d’autres échanges éventuellement.

Le vrai problème reste encore celui de la validité d’un référendum. Puisque la Constitution anglaise (sauf erreur de ma part) n’accorde aucun pouvoir de législatif aux référendums quels qu’ils soient, c’est toujours le Parlement anglais qui a le dernier mot et ultimement la « Chambre des Lords ».

Ainsi, en supposant que Nicola Sturgeon organise unilatéralement un référendum sur l’indépendance de l’Écosse et qu’elle le gagne, le Parlement britannique n’est nullement tenu d’avaliser les résultats du dit référendum, si bien qu’en cas de victoire du « oui », dans le meilleur des cas, des négociations seraient probablement entreprises pour donner aux Écossais un peu plus d’autonomie tout en restant dans le giron d’un Royaume pas toujours au aussi Uni qu’ça !

À suivre donc… les nouveaux développements, comme les anglais savent faire.

Voyant la détermination des Écossais, je ne peux que me désoler du rêve Québécois brisé dans le «Confort et l’indifférence». Au moins à trois occasions, nos gouvernements québécois pourtant «indépendantistes» auraient pu faire avancer le projet du pays en établissant un rapport de forces par une déclaration unilatérale d’indépendance. D’abord en 1982 lors du rapatriement unilatéral de la constitution puis à la suite du vol du référendum de 1995. Rien de cela n’est arrivé par crainte de sortir de la «tranquille» révolution. On voit où ce manque de courage nous aura mené… Au rêve brisé, au découragement, au cynisme, au «chacun pour soi» et au refuge dans la «rectitude politique», la consommation en attendant la «disparition tranquille»…