« Je veux retourner en Afghanistan »

Après avoir survécu à une attaque de son convoi, le lieutenant Simon Mailloux reprend des forces à Valcartier. Aura-t-il encore sa place dans l’armée ?

Dans les couloirs de son unité du Royal 22e Régiment, à Valcartier, Simon Mailloux ne passe pas inaperçu. La jambe gauche de son pantalon roulée sous le genou et maintenue par une épingle, il se déplace à l’aide de béquilles ou en sautillant. Des militaires lui sourient, d’autres se retournent discrètement et jettent un coup d’œil sur sa silhouette. « Je perçois du soulagement dans le regard de mes collègues, dit-il. Ils voient que même si je suis revenu de Kandahar avec une jambe en moins, j’ai toujours ma place dans les Forces. »

En retour progressif depuis le début de février, ce lieutenant de 24 ans aux yeux noisette et à la joue balafrée est actuellement affecté à des tâches d’état-major : rédaction de rapports, administration du personnel et autres paperasseries.

Mais l’action lui manque. « J’ai hâte d’avoir ma prothèse, dit-il à quelques heures du grand jour. J’ai bien l’intention de marcher, de courir et de sauter de nouveau en parachute ! » Puis, d’un air de défi : « Et je veux retourner en Afghanistan. »

Jusqu’à maintenant, aucun des quatre militaires qui sont revenus d’Afghanistan amputés d’un membre n’est reparti en mission : ils sont tous en réadaptation. « Mais c’est possible pour eux d’y retourner, dit le capitaine Michel Arsenault, officier des affaires publiques. Une chose est sûre : on fait tout pour les réintégrer. À condition qu’ils puissent satisfaire aux exigences minimales de l’armée. »

Au pays des talibans, Simon Mailloux y était l’automne dernier. La nuit du 16 novembre, sous un ciel étoilé, s’ébranlait un convoi d’environ 180 militaires de Valcartier entassés dans 23 véhicules blindés. Mission : sécuriser un territoire où sera construit un poste de police. Soudain, l’explosion. Juste avant de perdre connaissance, le lieutenant Mailloux se rappelle avoir été aveuglé par un « gros flash blanc ». Son véhicule avait roulé sur une mine artisanale. Tout ce qui s’est passé ensuite, ce sont ses collègues qui le lui ont raconté : le blindé en feu, l’explosion des munitions qui étaient à bord, son sauvetage, son transport par hélicoptère à la base de Kandahar, les doses massives de morphine qu’on lui a administrées…

Lorsqu’il s’est réveillé, Simon Mailloux était entouré de sa famille et de sa conjointe, au Service de soins intensifs de l’Hôpital militaire de Landstuhl, en Allemagne. La mâchoire fracturée, les poumons remplis d’eau, la jambe gauche en moins.

« J’ai été chanceux ! dit-il le plus sérieusement du monde. Ç’aurait pu être pire. » Deux de ses compagnons d’armes ont été tués sur le coup. L’interprète afghan qui les accompagnait a aussi péri. Et deux autres militaires ont été grièvement blessés.

« Quand tu pars en Afghanistan », raconte le jeune lieutenant, dont c’était la première mission à l’étranger, « tu sais que sur 2 500 militaires, il y aura certainement 20 ou 25 blessés. Et tu espères que ce ne sera pas toi… »

Ce gaillard de 6 pi 2 po (1,86 m) et de 160 lb (72,6 kilos) — « 150 depuis l’amputation », dit-il, moqueur — garde le moral. Et réapprend à vivre. Physiothérapie, ergothérapie, kinésithérapie, psychothérapie… Il passe ses semaines à guérir son corps et son esprit. « Je vais de mieux en mieux, affirme-t-il. Il y a un mois, laver la vaisselle me mettait à bout de souffle. » Aujourd’hui, il cuisine, fait l’épicerie, monte les escaliers sans problème.

Sur une seule jambe, par contre, impossible de pelleter l’entrée de sa maison de Valcartier. Des collègues viennent parfois à la rescousse. Le reste du temps, c’est Kari, sa conjointe, qui pellette. Et Québec est ensevelie sous la neige cet hiver…

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