La bombe Williams

Les accusations de meurtre et de viol portées contre le colonel Russell Williams, commandant de la base de Trenton, ne terniront pas l’image des Forces armées auprès de la population, affirme Jocelyn Coulon. À moins que l’enquête interne ne révèle un camouflage, comme dans le cas de la Somalie.

La bombe Russell Williams
Photo : DR

L’institution militaire est-elle éclaboussée ?

– Rien n’indique qu’elle ait caché quelque chose. Le colonel subira son procès criminel devant une cour civile. L’institution militaire rassemble plus de 120 000 militaires et civils, en plus de leur famille. À l’intérieur de l’armée, on se rend compte que de tels événements peuvent se produire, comme dans la société, et que ce n’est pas représentatif de l’ensemble. Si l’enquête des Forces, elle, révèle des complicités dans le système ou même une attitude passive envers certains aspects choquants de la carrière du colonel Williams, alors les Forces armées pourraient être éclaboussées.

Dans la foulée du scandale de la Somalie, survenu en 1993, une enquête a démontré que la hiérarchie militaire à Ottawa avait laissé déployer en Somalie des unités aux pratiques internes brutales. Des vidéos montrant des militaires qui honorent des groupes d’extrême droite ou qui font subir des bizutages violents ont fait le tour du monde. Des militaires ont été soupçonnés par une commission d’enquête d’avoir camouflé une partie de l’affaire. Certains ont été condamnés par l’armée et au civil, le régiment a été dissous et un chef d’état-major a démissionné.

La réputation des Forces armées auprès de la population risque-t-elle d’être entachée ?

– À court terme, sans doute. À moyen et à long terme, non. La population – dans la plupart des pays, d’ailleurs – garde une haute opinion des militaires. Dans tous les sondages qui mesurent la popularité des professions, les militaires arrivent au sommet, avec les pompiers et les médecins.