La chasse aux musulmans en Centrafrique

« Ils viennent nous attaquer matin, midi et soir. On n’est pas en sécurité. »

© Canal +
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Le conflit centrafricain, peu couvert, se déroule loin des regards. Il est donc d’autant plus facile de se détourner des exactions innommables qui y sont commises. Mais la réalité est que ce petit pays, parmi les plus pauvres du monde, sombre dans une guerre interconfessionnelle qui fait craindre un génocide à la communauté internationale.

Depuis le renversement du président François Bozizé, il y a un an, des groupuscules issus de la coalition qui a porté au pouvoir le musulman Michel Djotodia « terrorisent, pillent, violent, torturent et assassinent aujourd’hui les chrétiens, qui forment 80 % de la population », raconte mon confrère Jean-Frédéric Légaré-Tremblay. En guise de vengeance, des milices chrétiennes, les antibalakas, massacrent les civils musulmans.

Des reporters de L’effet papillon, une émission de télévision française, se sont rendus au cœur de l’horreur.

À Bangui, ils ont retrouvé des milliers de civils vivant retranchés à PK-5, l’un des derniers quartiers musulmans de la capitale, protégé tant bien que mal par les forces africaines et l’armée française. Ils sont la cible de la vendetta sanguinaire des antibalakas, qui procède à un « nettoyage ethnique », selon Amnistie internationale.

« Ils viennent nous attaquer matin, midi et soir. On n’est pas en sécurité », dit un habitant.

Pour vérifier ces dires, les journalistes de l’émission sont allés à la rencontre des antibalakas, qui, pour la plupart, viennent des campagnes centrafricaines, où des membres de leurs familles ont été tués par des milices de musulmans. Malgré leurs machettes et leurs fusils, ils se présentent comme des « gardiens de la paix » en quête de « réconciliation nationale ». Mais, à mesure que le temps passe et qu’ils prennent confiance, ils se révèlent bien moins pacifistes.

« Les Arabes ont tué mon père et ma mère, c’est trop. Les Arabes doivent quitter la Centrafrique. Ici, c’est mon pays. Tous les Arabes. Sinon, je dois continuer à tuer les Arabes, à me venger », dit un antibalaka.

Devant la caméra, ils finissent par faire étalage des photos de leurs victimes et s’amusent à montrer comment égorger un musulman. L’un aborde même le plus grand tabou de ce conflit : le cannibalisme.

« Le musulman, c’est bon pour manger », explique calmement l’un d’eux.

Et pourtant, chrétiens et musulmans vivaient en paix il n’y a pas si longtemps… « Ce sont des gens avec qui on a grandi et passé toute notre vie », s’insurge Mohammed, un civil réfugié à PK-5.

Quoi dire après ça ? Je m’en remets à Bruno Charbonneau, de la Chaire Raoul-Dandurand.

Nous sommes donc en position de poser une question fondamentale et d’en exiger la réponse auprès de nos dirigeants : comment se fait-il que certaines crises passent (à toute fin pratique) inaperçues alors que d’autres reçoivent toute l’attention ou presque ?

Le reportage de L’effet papillon, intitulé « Chasseurs de musulmans » et reproduit ci-dessous, est à voir, aussi dur soit-il.