La Chine a-t-elle détourné les données de clients de Rogers ?

Selon un professeur de l’Université de Tel-Aviv, le fournisseur de services internet appartenant à l’État chinois, China Telecom, aurait détourné des données de clients de Rogers de la région d’Ottawa. 

OTTAWA — Une entreprise de télécommunication chinoise a secrètement détourné le trafic internet canadien vers la Chine, accuse un spécialiste israélien de la cybersécurité.

Selon Yuval Shavitt, un professeur de génie électrique de l’Université de Tel-Aviv, l’incident est survenu en 2016. China Telecom, un fournisseur de services internet appartenant à l’État chinois, aurait détourné des données de clients de Rogers de la région d’Ottawa.

Des données internet canadiennes destinées à la Corée du Sud ont été détournées en Chine pendant une période de six mois, selon un rapport publié l’automne dernier par M. Shavitt et Chris C. Demchak du US Naval War College.

Selon le site internet de China Telecom, l’entreprise a un bureau de vente établi à Toronto.

En entrevue à La Presse canadienne, M. Shavitt a déclaré que l’exemple de China Telecom devrait servir de mise en garde au gouvernement fédéral et le convaincre de ne pas traiter avec un autre géant chinois des télécommunications, Huawei Technologies, qui souhaite participer à l’établissement des réseaux de communication sans fil 5G au Canada.

«C’est trop dangereux de les laisser entrer», a plaidé M. Shavitt. On sait comment les entreprises chinoises coopèrent avec leur gouvernement.»

Le gouvernement Trudeau n’a toujours pas décidé s’il autorisera Huawei à fournir des équipements et des services aux entreprises canadiennes.

L’avertissement lancé par M. Shavitt survient après que le ministère américain de la Justice a dévoilé les 13 chefs d’accusation de complot, de fraude et d’obstruction à la justice contre Meng Wanzhou, une cadre supérieure de Huawei, qui a été arrêtée par les autorités canadiennes à la demande des États-Unis.

Huawei nie vouloir coopérer avec les services de renseignement chinois, affirmant que cela pourrait trop nuire à l’entreprise.

La société Rogers a refusé de commenter la situation.

Du côté d’Affaires mondiales Canada, un porte-parole a indiqué que le gouvernement «prenait très au sérieux les menaces pesant sur la sécurité nationale et économique du Canada». Des échanges de renseignements se font régulièrement avec des fournisseurs d’internet. Des rencontres avec les autorités chinoises se sont déroulées à ce sujet.

«Le Canada soulève régulièrement de tels problèmes avec la Chine, a écrit Guillaume Bérubé dans un courriel. Le sujet du cyberpiratage sera une priorité au cours du prochain dialogue Canada-Chine sur la sécurité nationale et la règle de droit.»

En décembre, le nouveau directeur du Service canadien de renseignement de sécurité, David Vigneault, avait indiqué que des «services de renseignement étrangers hostiles cherchaient à obtenir des secrets détenus par les entreprises canadiennes.»

Sans nommer de pays, il avait souligné que ces services secrets représentaient une plus grande menace pour la sécurité nationale que les terroristes.

«Ce n’est pas que les Chinois soient mauvais ou fassent de mauvaises choses aux États-Unis, a fait valoir M. Shavitt. Je suis sûr que les États-Unis et le Canada essaient de faire de même avec la Chine. C’est un jeu d’espionnage auquel tout le monde essaie de jouer.»

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