La Chine, partenaire ou adversaire ?

Pour comprendre le nouvel ordre international qui est en train de s’installer, il faut comprendre où s’en va la Chine, en enlevant nos lunettes occidentales. 

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La relation entre les Occidentaux et la Chine a rapidement évolué dans les trois dernières décennies. Si elle a longtemps été marquée par l’enthousiasme de conquérir les débouchés commerciaux fabuleux que laisse entrevoir cet immense marché de 1,3 milliard d’habitants, elle s’est tendue au cours des dernières années en raison du comportement agressif de Pékin envers plusieurs pays, comme le Canada, ou des méthodes de répression à Hong Kong et contre la minorité ouïgoure. Certains, aux États-Unis en particulier, n’hésitent plus à placer la Chine dans le camp des adversaires, sinon des ennemis.

Pour autant, sa force d’attraction demeure considérable et semble irrésistible. En novembre dernier, la Chine a signé avec 14 pays de la région Asie-Pacifique, dont le Japon, l’Australie et la Corée du Sud, le plus important accord commercial jamais conclu dans le monde. Un mois plus tard, elle a paraphé avec l’Union européenne un traité d’investissement qui accordera aux entreprises européennes un meilleur accès au marché chinois.

Alors, qu’est-ce qui explique cette relation amour-haine avec la Chine ? Trois livres, tous publiés en 2020 aux Presses de l’Université de Montréal par une nouvelle génération de sinologues et de chercheurs, offrent des lectures originales sur cette question, loin des clichés sur la « menace » chinoise trop souvent entendus dans le monde anglo-saxon.

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La formidable ascension de la Chine au rang de grande puissance mondiale et sa volonté de modifier l’ordre international dominé par les États-Unis posent pour les analystes un véritable défi d’interprétation. Ces phénomènes ne peuvent être expliqués par les outils traditionnels d’analyse des Occidentaux, soutient Roromme Chantal, professeur de science politique à l’Université de Moncton, dans Comment la Chine conquiert le monde : Le rôle du pouvoir symbolique. Ainsi, « l’utilisation, dans les analyses […], des perspectives axées sur le hard power (la puissance de coercition) et le soft power (la puissance d’influence) se fait en général au détriment d’une autre forme plus subtile de pouvoir. Ce pouvoir est pour ainsi dire de nature symbolique. Pour acquérir ce pouvoir symbolique, un acteur doit cultiver des interactions telles que les autres le perçoivent comme un acteur légitime », écrit-il.

Or, cette légitimité, la Chine l’a acquise au cours des ans grâce, d’une part, à l’effritement de la puissance américaine et à la remise en cause des dogmes libéraux, et, d’autre part, à un développement économique spectaculaire sous un régime autoritaire, une politique étrangère respectueuse de la souveraineté des États et un investissement massif dans les pays en développement. Cette combinaison de facteurs a permis à la Chine de créer un modèle différent de celui des Occidentaux, modèle qui exerce un attrait considérable dans le monde, y compris dans certaines sociétés démocratiques.

C’est à partir de ce concept de puissance symbolique qu’il faut dorénavant analyser le comportement de la Chine dans les affaires du monde, dit Roromme Chantal. Les spécialistes se sont trop longtemps « contentés de déployer des concepts, théories et expériences dérivés de l’expérience européenne » qu’ils ont ensuite projetés sur la Chine afin de l’expliquer, écrit-il. D’où cette propension en Occident « à voir le présent et le futur des relations sino-américaines comme la reproduction inéluctable des conflits du passé ». L’auteur appelle la reconnaissance du caractère singulier du cas chinois et invite les analystes et les politiciens occidentaux à en tenir compte.

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Éric Mottet, professeur de géographie à l’UQAM, arrive à la même conclusion que Roromme Chantal quant à l’incapacité des Occidentaux à bien lire la montée en puissance de la Chine, en utilisant comme exemple le mégaprojet des nouvelles routes de la soie (BRI, pour Belt and Road Initiative).

Cette initiative a pour objectif le déploiement à partir de la Chine d’un ensemble multiforme de projets économiques, commerciaux, géopolitiques et diplomatiques. Sous les apparences d’un développement économique pacifique, il suscite en Occident des craintes sur les plans politique et militaire. Or, écrit Mottet dans La puissance décomplexée de la Chine, le BRI est « un objet flou » tant dans son développement que dans ses coûts. Il est difficile d’en saisir l’ampleur, et « la culture de la géopolitique occidentale est sans doute une lunette déformante » qui empêche d’y voir clair, écrit-il.

Quoi qu’il en soit des intentions chinoises, « l’Occident dans son entier est incapable de trouver une stratégie concurrente à la mesure du projet mondial que lance la Chine », affirme-t-il. Le train est lancé et ne va pas s’arrêter.

Est-ce à dire que la Chine ne pose aucune menace ? Non, bien entendu. Toute puissance connaissant une expansion aussi fulgurante que celle-ci suscite méfiance et craintes. La tension grandissante entre la Chine et les États-Unis en est un exemple. Il en existe d’autres. Ainsi, dans Marges et frontières de la Chine, 15 spécialistes examinent cette question sur le plan asiatique. La Chine a une douzaine de voisins immédiats et autant dans son entourage avec qui elle est parfois en conflit direct, en plus de compter à l’intérieur de ses frontières des territoires — le Tibet, le Xinjiang, Hong Kong — où règne l’instabilité. Cela représente, selon les auteurs, une fragilité pour l’unité du pays et pour le développement économique et diplomatique régional. La façon dont la Chine gère ses relations avec sa périphérie est critique à un moment où l’Asie est en passe de devenir le centre du monde, si elle ne l’est pas déjà.

Un aspect frappe à la lecture de toutes ces contributions, et c’est le rôle presque secondaire des États-Unis. Certes, la superpuissance y apparaît dans les marges, et son influence et sa supériorité dans de nombreux domaines face à la Chine y sont analysées. Mais force est de constater la difficulté de Washington à freiner l’ascension de la Chine par des mesures commerciales ou en rassemblant une coalition contre elle. Ainsi, malgré des pressions considérables, le gouvernement américain a été incapable de faire échouer la signature des accords commerciaux avec les partenaires asiatiques et européens de Pékin, à la fin de 2020.

La Chine a finement joué son jeu. Elle bouscule les interprétations classiques de la montée en puissance d’un État et est engagée dans une dynamique expansionniste « au point où il est possible d’affirmer que la construction d’un nouvel ordre international est à l’œuvre », écrit Mottet. Il faudra s’y faire.


Roromme Chantal, Comment la Chine conquiert le monde : Le rôle du pouvoir symbolique, Presses de l’Université de Montréal, 2020, 427 pages.

Éric Mottet, La puissance décomplexée de la Chine, Presses de l’Université de Montréal, 2020, 60 pages.

Éric Mottet, Frédéric Lasserre, Barthélémy Courmont et Serge Granger, Marges et frontières de la Chine, Presses de l’Université de Montréal, 2020, 290 pages.

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Je m’étonne qu’on ne soulève pas la question du droit commercial, qu’on dit absent des modes de commerce en Chine. Je connais où on s’est vu accaparer un lot de marchandises sans aucune possibilité de recours. On connaît la formidable puissance des mafia de ce monde fondée sur le »respect » sinon la crainte de ses collaborateurs et de ses territoires. Les Chinois sont admirables de résilience et de détermination. Pourront-ils encore longtemps résister à la mode occidentale du chacun pour soi?

Partenaire ou adversaire la Chine ? Probablement les deux. On préfère bien connaître l’adversaire en étant son partenaire au lieu de s’isoler et de ne pas voir venir les coups. La Chine a l’avantage d’être une autocratie où l’état mène le bal et ce pays immense fonctionne comme une unité, contrairement aux démocraties occidentales qui sont fondées sur le libéralisme et où les composantes sont en compétition entre elles. Les démocraties sont fameuses pour leur gestion du genre « suck and blow » en même temps et où les politiciens sont à la solde des oligarques de la finance et de l’industrie dont les intérêts ne sont pas toujours convergents, voire même souvent divergents.

Pour naviguer dans ce monde relativement nouveau, les démocraties occidentales vont devoir être plus cohérentes dans leurs actions et l’UE est un exemple de voie à suivre, une voie difficile pour les souverainetés comme on l’a vu avec le Brexit mais pour être compétitifs avec la Chine il faut un maximum de cohérence. Trump en isolant les ÉU a fait exactement le contraire et c’est l’exemple type à ne pas suivre.

LA CHINE…UNE PARTENAIRE ou ADVERSAIRE…?

Je dis que la Chine ne saurait être une partenaire, ni du Canada, ni du Monde. Car, en tout temps, elle a témoigné et continue encore de le faire…en dehors des règles, témoignant ainsi de SA FONCIERE DIFFÉRENCE du monde. Des exemples? En politique, elle ne peut adhérer à la posture démocratique, ni à l’égalité sociale et, particulièrement, aux droits individuels ou collectifs. Ses politiques envers Hong-Kong, les emprisonnements brutaux de ses propres citoyens comme des ressortissant étrangers; on est présentement témoin des traitements injustes, voire inhumains qu’elle sert aux prisonniers canadiens, les 2 Michael.

Plus encore. Sa posture et ses comportements, singuliers et par trop individualistes dans l’économie mondiale, sont fondés sur les exportations trop libres et, souvent de qualité douteuses, -en dehors des marchés mondiaux!- sans respect des autres pays exportateurs, généralement barrés à ses propres frontières… Une attitude carrément effrontée et irrecevable, d’autant plus que ces autres pays ne sauraient rivaliser avec les prix bas et incomparables quant aux prix de fabrication et de main d’œuvre locale chinoise, ridiculement bas et injustes.

Alors, à notre avis, avec de tels comportements marginaux, nous ne serions voir dans la Chine, un un partenaire ni fiable, ni avantageux, au final. Mais, en partie un adversaire, à plusieurs égards.

Sans nous tromper, disons qu’elle se fait, surtout, un MAUVAIS JOUEUR INTERNATIONAL, incapable de respecter des règles du jeu, pourtant convenues entre les parties et joueurs d’équipes internationales.
En conséquence, l’ONU, l’OMC et autres devraient bannir la Chine de leurs missions respectives, un peu comme le fait le Comité Olympique (C.O.) avec des pays tricheurs comme la Russie bannie pour plusieurs années.

Le monde du Commerce international se fait faible, hélas, voire lâche, devant la Chine frondeuse. Parce que l’appât du profit est plus attractif que l’équité et les droits humains…pour les gens d’affaires du commerce international…on sait bien!
Au diable la justice, l’équité pour ces gourmands et avaleurs de dollars…!

Yvon Côté,
Ancien Député fédéral (1988-93)
Sherbrooke

Le probleme ce n’est pas »la Chine » mais son regime totalitaire avec le »credit social » qu’on peut traduire par »controle social total »
Les Chinois de Hongkong vivaient tres bien en democratie,comme les Taiwanais… tres bien, le probleme c’est le regime, pas le peuple

Monsieur Coulon, vous êtes « mon homme » parmi les chroniqueurs québécois, quand il s’agit de la Chine. Votre sous-titre réfère à nos « lunettes occidentales » ; peu de gens ici admettront que l’on vit dans une soupe idéologique fortement teintée quant à la Chine. C’est particulièrement vrai dans les pays anglo-saxons, pas par le fait de leur langue, mais par le fait qu’au coeur de chacun de ces pays ronronne un service de renseignement qui contribue –via les « think tanks » , mais pas seulement– à la dissémination d’informations très biaisées sur la Chine.

Le commentaire d’un ancien député , ci-dessus, montre ce que ça donne quand on se limite à croire tout ce que l’on lit dans les journaux.

On affirme parfois que la Chine a volé la technologie aux Occidentaux, pour devenir la maîtresse incontestée en 5G. C’est plutôt faux.

Reculons de six, sept ou huit ans; je lisais dans la revue Bloomberg un assez long dossier sur la compagnie Huawei. Le texte était entièrement exempt de la paranoïa anti-Chine que l’on connaît aujourd’hui. J’y lisais l’anecdote suivante: un groupe d’ingénieurs occident »aux s’était trouvé à Shenzhen –ville jouxtant Hong Kong– en compagnie d’homologues chinois, employés de Huawei. Ces derniers étaient tout enthousiasmés de leur nouvelle maîtrise de ce qui deviendrait la 5G, et ont, tout excités, proposé aux Occidentaux (de Ericsson et/ou Nokia) de visiter leur labo pour voir leurs derniers trucs. Une belle camaraderie semble avoir régné lors de la visite. Mais les Occidentaux ont été à 100% estomaqués par ce qu’ils y ont vu comme technologie. Qualité élevée, rapidité extrême. Et l’on pouvait deviner que lorsque ces produits atterriront sur le marché, ce sera à un prix… imbattable.

À la sortie de l’immeuble, quand les Occidentaux se retrouvèrent entre eux, l’un d’eux regarda les autres, médusé, et dit simplement : « Nous sommes cuits » (« We are toast » , ou « We are dead » , quelque chose comme ça).

En lisant cela, ma première question fut : Mais que diable feront Nokia, Ericsson et AT&T, face à cela? Une maîtrise chinoise en 5G leur permettra d’établir les standards mondialement !

Ce qui fut fait ? Le Pentagone et les services de renseignement américains ont pris en main le dossier : on va simplement bannir Huawei partout en Occident, les priver de l’accès aux semiconducteurs haut de gamme coréens, taiwanais et néerlandais grâce à une liste noire (la « Entity List ») Et avant tout, mentir, mentir et rementir sur les visées d’espionnage de la Chine.

À force de répéter, les gens finissent par y croire…

Le probleme de la Chine d’aujourd’hui est son orientation totalitaire: le » credit social » mis en place en 2019 est une folie digne de 1984, le pouvoir a desormais un controle total sur la population, on peut discretement cius ecarter de votre travail ou de votre famille pour la moindre crituque du regime.Mais il y a pire, la concentration d’un tel pouvoir genere une politique non pas tournee vers le bien du peuple mais vers un delire de toute puissance.La prosperite economiqie masque cet aspect visible a Hongkong . Toute concentration forte et militarisation d’un pouvour est un grand danger
pour la Chine et pour le monde.La democratie fait des erreurs mais se corrige vite.Une dictature s’enfonce dans les mensonges et dans les crimes
…durant des decennies….ce qui est tres grave.Ils recommence l’erreur de Mao en donnant trop de pouvoir au chef,avec un culte de la personnalite.
Il faut que l’Europe et les USA s’unissent pour aider les Chinois a sortir de la dictature.Les investissements s’orientent deja massivelent vers l’Inde et le Pakistan. Allez voir ce qu’est le »credit social » c’est l’horreur de l’horreur, pire que 1884 vous n’avez plus aucune liberte sauf celle d’obeir…., Bonjour chez vous….