La Colombie : et maintenant?

Les négos avec les FARC reprennent de plus belle en Colombie. La paix est-elle encore possible?

BOGOTA, COLOMBIA - OCTOBER 02: 'No' supporters celebrate following their victory in the referendum on a peace accord to end the 52-year-old guerrilla war between the FARC and the state on October 2, 2016 in Bogota, Colombia. The guerrilla war is the longest-running armed conflict in the Americas and has left 220,000 dead. The plan called for a disarmament and re-integration of most of the estimated 7,000 FARC fighters. Colombians have voted to reject the peace deal in a very close vote. (Photo by Mario Tama/Getty Images)
Les partisans du «Non» célèbrent leur victoire dans les rues de Bogota, le 2 octobre 2016. (Photo : Mario Tama/Getty Images)

Le rejet par référendum des accords de La Havane, au début octobre, aurait pu faire basculer la Colombie dans une nouvelle guerre civile. Le gouvernement de Juan Manuel Santos et les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont toutefois réitéré leur volonté de parvenir à la paix et de mettre un terme à un conflit qui dure depuis plus de 50 ans et qui a fait 250 000 morts. Issus d’une révolte paysanne face à l’oppression militaire, les FARC compteraient aujourd’hui 7 000 combattants. Ils réclament une redistribution des terres aux plus pauvres.

La politologue colombienne Mónica Reyes, professeure à l’université Javeriana de Cali, explique ce qui attend ce pays de 48 millions d’habitants dans les semaines à venir. L’actualité l’a jointe à Brisbane, en Australie, où elle séjourne.

Pourquoi les Colombiens ont-ils rejeté les accords de paix?

Le fort taux d’absentéisme explique en grande partie la défaite du «Oui». Plus de 60% des électeurs sont restés chez eux le jour du référendum, du jamais vu depuis 22 ans. Aussi, le camp du «Non» [qui a trouvé de nombreux appuis au sein la droite conservatrice et dans le monde des affaires] a mené une campagne basée sur la peur et la désinformation. Par exemple, la rumeur voulait que si le «Oui» l’emportait, la théorie du genre, c’est-à-dire la banalisation de l’homosexualité et du changement de sexe, soit imposée à la société. Les Églises évangélistes, qui ont une forte influence sur la société colombienne très pratiquante, y ont vu une menace aux valeurs familiales et se sont mobilisées contre les accords.

Quelles options reste-t-il actuellement au gouvernement de Colombie pour parvenir à un accord de paix?

L’option la plus viable pour le gouvernement est de dialoguer avec le camp du «Non». Celui-ci voudra modifier le système de justice de transition qui serait instauré advenant la paix et durcir les peines pour les chefs de la guérilla. Selon l’entente rejetée par la population, ces derniers pouvaient échapper à l’emprisonnement à condition de confesser leurs crimes et d’offrir une compensation aux victimes. Durant la campagne référendaire, les opposants, menés par l’ancien président Álvaro Uribe, farouche adversaire des FARC, ont reproché au gouvernement de donner l’impunité à ces derniers.

La création d’une Assemblée nationale constituante, pendant laquelle des représentants élus écriraient une nouvelle constitution, pourrait servir de mécanisme pour ratifier les accords et dégager un consensus parmi la population. En revanche, si les FARC refusent toute modification aux accords de La Havane, les pourparlers arriveront vite à une nouvelle impasse. Une reprise des hostilités est peu probable, quoique possible. Le président Santos a averti que le cessez-le-feu bilatéral prendrait fin le 31 octobre prochain à défaut d’une nouvelle entente.


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Si les FARC acceptent une version corrigée des accords, devra-t-elle être aussi soumise à la population par référendum?

Étant donné les étonnants résultats du 2 octobre, il serait risqué pour le gouvernement d’organiser un deuxième scrutin. En Colombie, le référendum est un mécanisme consultatif employé pour appuyer une décision qui transcende la nation. Il n’a donc pas de valeur juridique pas plus qu’il n’a d’effet de loi. Le gouvernement avait privilégié cette option dans le but de légitimer la mise en application des accords. Le président Santos pourrait tout de même aller de l’avant et passer par le Congrès pour faire adopter les accords, morceau par morceau. Mais cette approche serait très difficile à appliquer considérant la lenteur du processus législatif et les nombreux amendements qui seraient proposés par l’opposition pour modifier les accords.

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Si on modifie le système de justice de transition pour durcir les peines pour les chefs de la guérilla, il faudra aussi durcir le système pour les crimes des paramilitaires, militaires et responsables gouvernementaux. Une escalade toxique pour la paix. Bonne chance!

Le taux d’abstention a été très haut surtout dans les grandes villes et on croit que c’est en partie en raison des sondages qui donnaient le oui en avance avec plus de 60% des voix – bien des gens qui penchaient pour le oui croyaient que c’était insurmontable et qu’ils n’avaient pas à aller voter alors que les tenants du non avaient une pente à remonter et se sont mobilisés pour aller voter. Il ne faut pas oublier non plus que la victoire du non est très courte, quelques dizaines de milliers de voix sur plusieurs millions. Ce qui est remarquable aussi c’est que les victimes du conflit qui se trouvaient dans les régions périphériques du pays ont voté massivement pour le oui alors que le non était plus fort dans les grandes villes du centre où on n’avait quand même pas trop souffert du conflit, du moins dans les dernières décennies.
Les ténors du non étaient surtout ceux qui profitent beaucoup de la guerre civile (grands propriétaires, marchands d’armes etc.) et qui n’ont pas d’intérêt à voir la paix s’installer. L’ex-président Uribe est notable dans ce groupe, lui qui a passé le même genre d’accord de justice transitionnelle avec les paramilitaires alors qu’il était président… Les paramilitaires sont responsables de la plupart des massacres de la guerre civile (allez voir Mapiripan dans Google) et travaillaient pour les grands propriétaires avec l’appui des forces publiques (police et armée) et ont obtenu une immunité virtuelle avec des peines légères. Uribe fait aussi l’objet de plaintes des défenseurs des droits humains pour crimes contre l’humanité et a mené une campagne de peur laissant croire aux gens que l’accord signifiait que les FARC gouverneraient le pays… ce qui est totalement faux et impossible dans l’état actuel des choses. Il est clair que la grande majorité des Colombiens veut la paix et surtout pas la résurgence de la « violencia » et le président Santos est en bonne compagnie pour sauver l’accord de paix.

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