La course du Népal pour arriver au 21e siècle

Le Népal vit d’espoir depuis la fin de la guerre civile, en 2006. Bien situé entre la Chine et l’Inde, les deux économies les plus fougueuses de la planète, il mise sur son fabuleux potentiel hydroélectrique pour se développer. Visite dans un pays en transition.

La course du Népal pour arriver au 21e siècle
Photo : Marco Fortier et Isabelle Ducas

Des turbines qui font du chemin
Les petites centrales hydroélectriques poussent comme des champignons sur les flancs de l’Himalaya. Chaque turbine apporte bien plus que de la lumière dans ces endroits isolés : les profits réinvestis dans les communautés permettent de construire des routes, des écoles, des cliniques médicales, et même des passerelles au-dessus des rivières, comme celle-ci, empruntée par un paysan à Khudi, dans le massif de l’Annapurna.

Pare-chocs contre pare-chocs
La circulation devient franchement pénible dans les ruelles médiévales de Katmandou, mal adaptées à l’explosion du nombre de véhicules. Même le boulevard périphérique de la capitale, que l’on voit ici un avant-midi de semaine, est le théâtre d’interminables bouchons. Un simple déplacement de 10 kilomètres entre le centre et la banlieue peut prendre une heure et demie. Tout un contraste avec nos deux précédentes visites au Népal, en 1999 et en 2000 : les vélos et les piétons occupaient presque toute la place !

Travailleurs en péril
Les inspecteurs en sécurité du travail auraient de quoi s’occuper : une trentaine d’ouvriers, en majorité des femmes, travaillent sur un chantier de construction de cinq étages, pieds nus ou en sandales, sans casque de protection ni harnais ou barrière de sécurité. Notez aussi les gants : des chaussettes enfilées sur les mains. On voit des femmes partout sur les chantiers népalais. « Elles travaillent bien et ne coûtent pas cher », nous a expliqué un ami journaliste. Cette scène se déroule à Pokhara, au centre du pays.

Dépotoirs à ciel ouvert
Les déchets s’accumulent durant de longues journées dans les rues de Katmandou avant que les éboueurs en fassent la collecte, à la pelle ou même à la main. Le Népal est un état en déroute : rongés par la corruption et l’incompétence, tous les niveaux de gouvernement sont incapables de prélever assez de taxes et d’impôts pour assurer correctement les services publics.

Et la lumière fut
Bien qu’il soit en plein développement hydroélectrique, le Népal manque cruellement d’électricité. Les pannes de courant font partie du quotidien. Les marchands de génératrices font fortune. Beaucoup de commerçants, hôteliers et restaurateurs, entre autres, comptent sur l’énergie solaire pour s’éclairer, comme en témoignent ces toits de Katmandou. Les gros réservoirs noirs accrochés aux toits, eux, servent à chauffer l’eau avec la lumière du soleil.

S.O.S. énergie
Une petite boîte pour les roupies et un appel à l’aide : les 223 familles de Syauli Bazar, dans les montagnes de l’Annapurna, en ont assez de s’éclairer à la chandelle. Ils sollicitent les dons des randonneurs dans l’espoir de construire une microcentrale hydroélectrique sur la rivière qui traverse le village. « On devra tout faire nous-mêmes : le financement, la construction et l’entretien de la centrale. Le gouvernement n’a aucune idée de ce qui se passe ici », déplore Narkaji Gurung, un leader de la communauté.

Les femmes font les foins
Cette photo illustre deux aspects de la vie rurale : le travail dans les champs se fait à bras, sans machine ni tracteur. Et les femmes triment dur, très dur, tout en s’occupant des enfants.

Métier à risques
La transition vers la démocratie ne se fait pas sans heurts dans cet ancien royaume où la monarchie a été abolie en 2006. Les médias sont sur la ligne de front. La journaliste Tika Bista, 22 ans, que l’on voit sur son lit d’hôpital à Katmandou, en décembre 2009, a été sauvagement battue après avoir publié un reportage critique envers le Parti maoïste. Les associations de journalistes ont dénoncé l’intimidation croissante envers les médias.

Ruée vers les pépites de poulet
Émoi et files d’attente à Katmandou : une première chaîne de restauration rapide occidentale, PFK, vient d’ouvrir ses portes au Népal. Chaque jour, les gens patientent de longues minutes avant d’entrer dans ce temple du fast food. Le Népal reste cependant l’un des rares pays où McDonald’s n’a pas pignon sur rue. Près de 80 % de la population pratique l’hindouisme, une religion qui interdit la consommation de viande de bœuf.

La bonne nouvelle verte
Le moine Sonam, qui dirige un monastère à Bouddhanath, en banlieue de Katmandou, est un pionnier : il prêche pour la protection de l’environnement, dans un pays où l’écologie reste un luxe à peu près inconnu. Il recycle lui-même tout le papier consommé dans son monastère, limite sévèrement la consommation de bois pour la cuisine et sermonne ses voisins qui jettent leurs déchets dans la rue !

Des orphelins choyés
Les enfants de l’orphelinat Child Haven International, fondé par les Ontariens Fred et Bonnie Cappuccino, ont de la chance : ils mangent à leur faim, portent des vêtements propres et vont à l’école. Une bénédiction dans ce pays où 50 000 enfants meurent chaque année, en majeure partie de malnutrition, selon l’UNICEF.

La cité des dieux
L’ancien royaume a beau se transformer en jeune république, la religion gouverne toujours la vie des Népalais. Katmandou abrite les deux plus importants lieux de pèlerinage au pays : Pashupatinath, où les hindouistes pratiquent la crémation sur les berges de la rivière Bagmati, et Bouddhanath, où convergent les bouddhistes de partout dans le monde, dont cette Tibétaine en pleine prière dans la lumière de fin de journée.