La différence entre Malala et Nabila

«Les seules personnes dont la souffrance est reconnue, dans ce conflit, sont celles qui sont victimes de l’ennemi.»

Photo © JIM WATSON / AFP / Getty Images
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Nul n’ignore maintenant l’histoire de Malala Yousafzaï, lauréate du prix Nobel de la paix à seulement 17 ans. Mais connaissez-vous celle de Nabila Rehman ?

Le 24 octobre 2012, un drone survolait le Waziristan du Nord, au Pakistan, où Momina Bibi, une sage-femme de 67 ans, apprenait à ses petits-enfants comment cueillir les gombos, dans le champ attenant la maison de leur village. Toute la famille se préparait à célébrer la fête de l’Aïd. Soudain, la troupe a entendu un bruit familier : le bourdonnement distinctif des drones de la CIA, omniprésents dans le ciel des villages ruraux du pays. Puis, deux clics bruyants synonymes de chaos. Momina Bibi est morte devant les yeux de Nabila Rehman, 8 ans, qui a été blessée, tout comme six autres enfants.

L’an passé, Nabila, ainsi que son frère Zubair, 13 ans, et leur père, maître d’école, ont fait le voyage à Washington, la capitale fédérale américaine, afin de raconter leur histoire et trouver des réponses. Pour la première fois, le Congrès se réunissait pour écouter des victimes civiles d’une attaque supposée de drone. Mais la famille de Nabila a été vertement ignorée : seuls cinq représentants sur 430 se sont présentés à l’audience pour entendre Rafiq ur Rehman, dont le témoignage a été relayé par un traducteur en larmes.

Le père de famille, qui a dû réunir des fonds pour soigner ses deux enfants blessés dans l’attaque, a expliqué avoir appris des médias que le drone visait une voiture, ou peut-être une maison, mais il s’est étonné de constater que les missiles ont touché un champ avoisinant. Surtout, il s’est insurgé du fait que, selon les médias en question, « trois, quatre, cinq militants » avaient été tués.

« Ma fille n’a pas le visage d’une terroriste, pas plus que mère ne l’avait. […] Député Grayson, en tant que professeur, mon travail consiste à éduquer. Mais comment puis-je enseigner quelque chose comme ça ? Comment puis-je expliquer ce que je ne comprends pas moi-même ? Comment puis-je de bonne foi rassurer les enfants en leur disant que le drone ne reviendra pas pour les tuer eux aussi, si je ne comprends pas moi-même pourquoi il a tué ma mère et a blessé mes enfants ? »

« […] Je voudrais demander au public américain de nous traiter comme des égaux. Assurez-vous que votre gouvernement nous donne le même statut qu’à ses propres citoyens, soit celui d’être humain avec des droits fondamentaux. Nous ne tuons même pas notre bétail de la manière que les États-Unis tuent des humains avec des drones au Waziristan. Cette tuerie aveugle doit cesser et justice doit être rendue à ceux qui ont souffert aux mains des injustes. »

Dans un texte publié sur le site d’Al Jazeera, le journaliste torontois Murtaza Hussain n’a pas hésité à souligner le contraste entre le traitement politique et médiatique réservé à Malala Yousafzai et Nabila Rehman.

« La raison de cette différence est flagrante. Comme Malala a été la victime des talibans, elle a été considérée par les avocats de la guerre comme un outil potentiel de propagande politique, en dépit de ses protestations. Elle pourrait être utilisée comme le visage humain de leur effort, comme le symbole de la décence prétendue de leur cause… »

« […] Mais où Nabila s’inscrit-elle dans cette vision ? Si les exécutions sommaires, les frappes de drones et la torture font en fait partie d’une cause juste visant à la libération du peuple du Pakistan, de l’Afghanistan ou d’ailleurs, où est la sympathie ou même la simple reconnaissance de la dévastation que cette guerre a causée dans la vie de nombreuses petites filles comme elle ? La réponse est claire : les seules personnes dont la souffrance est reconnue, dans ce conflit, sont celles qui sont victimes de l’ennemi. De par son combat, Malala est devenu le visage de l’effort de guerre américain – même contre sa volonté – alors que d’innombrables petites filles comme Nabila continueront d’être terrorisées et assassinées dans le cadre de cette guerre sans fin. Aucune célébrité ne fera d’apparition lors de cérémonies de récompense pour Nabila. Lors de son témoignage, quasiment personne n’a même daigné participer. »

Durant l’audience, Nabila a accompagné son récit d’un dessin illustrant les événements du jour funeste où le drone a tué sa grand-mère. Avec toute l’innocence d’une enfant de son âge, elle a dit au Congrès américain :

« J’entends qu’ils pourchassent les gens qui ont fait du mal à l’Amérique, mais quel mal leur ai-je fait ? Quel mal ma grand-mère leur a-t-elle fait ? »

Selon une enquête du Bureau of Investigative Journalism, parmi les 2 379 victimes d’attaques de drone au Pakistan depuis 2004, seulement 84 étaient des membres d’al-Qaida et 295 se trouvaient être des militants.

Le dessin de Nabila (Photo © JIM WATSON / AFP / Getty Images)
Le dessin de Nabila (Photo © JIM WATSON / AFP / Getty Images)

Pour en savoir plus, lisez le texte de Murtaza Hussain et rendez-vous sur le site du Guardian : «Drone strikes: tears in Congress as Pakistani family tells of mother’s death»

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Je dois dire que c’est toujours atterrant de voir des enfants ainsi victimes de conflits. Personnellement je ne m’y fais pas ! La seule bonne nouvelle ici, c’est que Malala et Nabila sont toujours en vie ; elles pourront porter témoignage de ce qu’elles ont vécu tant et aussi longtemps qu’elles le resteront.

Dans le même temps d’autres enfants n’ont pas eu la même chance. Ils meurent quel que soit le camp des belligérants. En plus, les médias d’informations rendent compte des faits de manière tout-à-fait arbitraire ou simplement parce qu’ils ne peuvent être présents partout en nombre sécuritairement.

Ainsi cet été on pointait du doigt les ripostes de missiles Israéliens sur la bande de Gaza, mais rien sur les bombardements de l’armée Ukrainienne sur Donetsk. Rares sont les médias occidentaux, hormis Paris-Match qui aient montré ces enfants du Donbass eux aussi tombés dans ces bombardements. Et encore fallut-il attendre le mois de septembre pour que cette information soit relayée par ces médias occidentaux.

Le plus terrible, c’est que les époques se succèdent et nous sommes pris d’une sorte d’amnésie collective. Tous les enfants en prennent pour leur rhume à toutes les époques. Aujourd’hui on parle d’enfants Pakistanais qui attirent notre curiosité parce que ce sont de beaux enfants ; quand il y eut en d’autres époques ces enfants du Biafra ou en d’autres époques encore ces enfants du Vietnam ou en d’autres temps toujours, ces enfants juifs exsangues parqués dans des camps de concentration.

Chaque nouveau conflit nous fait presque oublier qu’il y en eût d’autres précédemment.

Pourtant l’horreur est toujours la même. La seule chose qui diffère, c’est le visage, la nationalité et la position géographique des bourreaux qui changent au gré du temps et au gré des conflits. Tout cela se produit : qui dans l’indifférence, qui dans l’indignation ; si ce n’est que les indifférents tout comme les indignés eux-aussi changent de générations en générations.

Il n’y a jamais eu de monopole de l’horreur. Seulement des gens de bonne foi au départ, qui à un moment donné ont choisi de répudier les formes culturelles ou encore religieuses ou encore ethniques de l’autre au nom de l’avènement de toute forme sensée supérieure qui s’appelle habituellement le plus communément du monde : la civilisation.

À un moment où bien un autre chacun se trouve alors confronté à sa propre survie. L’opprimé devient l’oppresseur et vice-versa. Puisque l’oppression n’a pas plus de limites qu’elle n’a de frontières ; elle est infidèle et peut à tout moment se mettre à changer de camp au gré tour à tour du refoulement puis de l’exaltation de toutes les formes de pulsions.

La différence est que Malala était déjà une voix affirmée pour l’éducation des filles, et donc dangereuse personnellement pour le régime Taliban. C’est pourquoi elle a été appellée par son prénom avant d’être tirée dans la tête. De continuellement vouloir comparer son histoire a celle d’autres victimes de terrorisme n’est qu’une façon de plus de la faire taire, et par la même occasion, de faire disparaître toutes ces femmes et filles. Cessons ce jeu.

Les drones et le refus de condamner la torture hanteront la gouvernance d’Obama à jamais. Où sont les droits de l’homme quand un ti-coune à des millisers de kilomètres de là peut tuer n’importe qui, parce que cela lui tente? Et ce, impunément.

Je vois clair la différence, moi aussi… en outre que Malala a déclaré que son personnage favoris était le Président Barack Obama, détenteur du Prix Nobel de la Paix, lui aussi pour ne pas dire un collègue Personne ne va savoir l’histoire de Nabila, puisque sa vie n’apparaîtra pas dans les médias du monde, elle ne deviendra qu’une autre victime anonyme plus parmis de milliers d’elles… En lisant la décapitation d’un autre américain, je vois clair aussi, qu’ils vont p’tit à p’tit rester attrapés sans pouvoir sortir de leur pays, car ses drones qui tuent à leur goût dans la Planète, vont attirer la malédiction sur la tête des citoyens des États Unis, partout

Toute guerre est horrible lorsqu’elle tue des civils ou des innocents en plus des soldats engagés, la décapitation est aussi terrible que les dommages collatéraux faits par des drones ou des avions de chasse…Dire le contraire est de la propagande…